Couverture du journal du 25/11/2022 Consulter le journal

Pour fabriquer sa pâte à porcelaine, Alegina organise la filière de collecte des coquilles d’huître

La start-up vendéenne débute la commercialisation de ses porcelaines en coquille d'huîtres. Pour sécuriser l'approvisionnement en matière première, Alegina organise une filière de collecte pérenne, auprès des professionnels mais aussi auprès des particuliers.

Alegina

La pâte à porcelaine élaborée à partir de coquille d'huître donne une porcelaine très blanche et très transparente © Alegina

Lancée en 2018, Alegina a été fondée pour offrir un débouché à la coquille d’huître, ressource aujourd’hui considérée comme un déchet. Après trois ans de recherche et développement et forte d’un atelier pilote de pré-industrialisation au Poiré-sur-Vie, la start-up débute la commercialisation de deux gammes de produits pour utiliser l’intégralité de l’huître. La partie nacrée et blanche du coquillage rentre dans la composition d’une pâte à céramique dont la recette est bien gardée et la partie externe de la coquille est utilisée pour produire des pavés drainants et des substrats bas carbone destinés à végétaliser des toitures et des murs.

Un process de transformation innovant

Alegina a mis au point un process de broyage et de criblage spécifique pour chacun de ces usages. La poudre blanche réduite à 30 microns compose la recette d’une pâte à porcelaine dont Philippe Gaboriau, initiateur de la start-up, affirme qu’elle permet de produire « la porcelaine la plus blanche et la plus transparente du marché ».

Philippe Gaboriau dans l’atelier de pré-industrialisation d’Alegina ©vIJ

Testée avec succès avec des céramistes de Limoges, cette pâte, baptisée Kaomer, donne une porcelaine haut de gamme sans changer les procédés de fabrication des porcelainiers. Des chefs étoilés, l’industrie du luxe, des plasticiens, des créateurs sollicitent la société pour des assiettes et autres produits de décoration qu’elle pourra produire à la demande en série.

Des produits pour l’aménagement urbain

Allié à trois associés Thierry Didelon, dirigeant de Didelon machines outils au Poiré-sur-Vie et son fils Alexandre et Dominique Girardeau, céramiste, Philippe Gaboriau et son équipe (quatre salariés) ont étendu leur champ d’application et conçu deux autres matériaux innovants et écologiques : un pavé drainant pour les chaussées baptisé Vivaway, un substrat thermorégulateur et drainant pour les toitures végétalisées, baptisé Vivaroof et les murs, baptisé Vivawall. Le premier a été testé sur des pistes cyclables de l’agglomération de la Roche-sur-Yon et le second équipe des abribus parisiens.

Alegina a conçu avec Novaflore, Alatacc et Premier Tech un substrat thermorégulateur et drainant pour les toitures végétalisées, baptisé Vivaroof ©vAlegina

S’approvisionner chez les professionnels et auprès des particuliers

Les associés ont déjà investi plusieurs centaines de milliers d’euros sur fonds propres pour s’équiper de four de cuisson et de process de broyage ainsi que d’un laboratoire de recherche et développement. Et poursuivent les investissements pour être en capacité de préindustrialiser leurs produits au printemps 2022. Pour sécuriser son approvisionnement en coquilles d’huîtres, Alegina organise une filière pérenne de collecte. Elle a déjà débuté avec la mise en place chez les ostréiculteurs vendéens et normands de bacs de récupération. Elle se poursuit avec la mise à disposition des collectivités et les grandes surfaces de colonnes de récupération destinées à collecter les huîtres auprès des consommateurs (particuliers, restaurateurs).

Bacs de collecte pour les professionnels © IJ

Une première colonne de tri en test

Colonne de tri pour les particuliers © IJ

Si le marché de l’aménagement urbain décolle avec le pavé drainant, il devrait avaler plusieurs milliers de tonnes de coquilles d’huîtres par an. « Trouver une ressource propre, exempte d’autres déchets mélangés est un vrai challenge, affirme Philippe Gaboriau. Il faut à la fois faire changer les mentalités pour que les gens respectent le tri sélectif et trouver un modèle économique pérenne pour que la collecte et le traitement des huîtres ne coûte pas plus cher que leur transformation. Il ne suffit pas de concasser de la matière. »

Alegina teste actuellement un premier modèle de colonne réalisé par le girondin Quadria. Une dizaine d’exemplaires ont été fabriqués. Ils sont en cours de déploiement sur le territoire vendéen. La Communauté de communes Grand Littoral (sud Vendée) a disposé les premiers conteneurs à la Guittière où se succèdent une dizaine de parcs ostréicoles, sur le parking du camping des dunes et dans les déchèteries du territoire. À terme, ce circuit de collecte sera étendu à toute la façade atlantique.

Un projet d’usine 4.0

Alegina projette aussi de construire dès que possible une usine 4.0. « Une usine zéro déchet, robotisée pour éviter les accidents et au confort de travail maximum pour la quinzaine de salariés prévue », indique Philippe Gaboriau. Imaginé sur 2 000 à 3 000 mètres carrés, le chantier est estimé à plusieurs millions d’euros. Les dirigeants prévoient une levée de fonds de 3 M€ pour financer ce projet. Pour l’heure, soutenus par la Région des Pays de la Loire, Atlanpole, la technopole régionale, et le pôle de compétitivité Mer Bretagne Atlantique, ils veulent réussir leurs premières commercialisations et rester le plus agiles possibles pour « capter les opportunités ».