Déplacer le regard, élargir les horizons… c’est le propre du Festival des 3 Continents depuis sa création en 1979. Le septième art, longtemps considéré d’un point de vue ethnocentré, ne se résume pas seulement aux productions européennes et nord-américaines. Avant de nombreux festivals, qui aujourd’hui ont étendu leur couverture aux cinémas du monde ou qui en ont aussi fait leur créneau principal, le festival nantais incarnait déjà cette vision inédite d’une cinéphilie ouverte au monde. Cinéastes majeurs méconnus en France, films anciens restaurés redessinant l’histoire du cinéma, œuvres contemporaines venues des continents d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie… l’édition 2026 du festival apporte une illustration particulièrement riche de sa mission : braquer les projecteurs sur des cinématographies souvent insoupçonnées.
Des films oubliés aux nouvelles voix du cinéma mondial, le Festival des 3 Continentes continue ainsi de changer de focale. Pour sa 48e mouture, qui se tiendra du 20 au 28 novembre dans les salles de cinéma du Katorza, du Concorde et du Cinématographe, le festival met en avant deux monstres sacrés du septième art international, quasiment inconnus en France : le Turc Zeki Demirkubuz et l’Indien Kailasam Balachander.
Une autre histoire du cinéma
« Il se trouve que dans la cinéphilie turque, il y a le camp Bilge Ceylan et le camp Demirkubuz », explique Jérôme Baron, directeur artistique du festival. À l’international, c’est bien souvent le nom de Nuri Bilge Ceylan qui s’impose. Ce dernier a été Palme d’Or à Cannes avec Winter Sleep en 2014. « Or, quand je regarde les films de Demirkubuz, ce qui me frappe, c’est que c’est vraiment un cinéaste d’exception dont l’œuvre est largement aussi profonde, si ce n’est peut-être encore plus radicale que celle de Bilge Ceylan dans sa manière d’empoigner la question de la réalité et de sa complexité. » Zeki Demirkubuz est cette année l’invité d’honneur du festival. Il sera présent au festival pour accompagner une rétrospective couvrant pour la première fois en Europe l’intégralité de son œuvre, de C Blok (1994) à Hayat (2024).
Un autre cinéaste d’envergure sera mis en lumière cette année. Disparu en 2014, l’Indien Kailasam Balachander est le contemporain de réalisateurs indiens plus connus comme Satyajit Ray ou Ritwik Ghatak. Il a tourné plus de 90 films, a révélé de nombreux acteurs devenus de véritables stars et a connu de très grands succès commerciaux. « Balachander a tout pris du cinéma populaire », indique Jérôme Baron. Sans jamais se départir de cette forme de cinéma grand public, Balachander y a introduit « des éléments de réflexion sur l’évolution de la société tamoule comme la place des femmes, les relations de pouvoir et de domination, la corruption politique, le confit entre les transformations sociales et des valeurs traditionnelles comme la musique et la transmission ». « Balachander est presque un auteur qui s’ignore », affirme Jérôme Baron. Les festivaliers auront le privilège de pouvoir découvrir une rétrospective inédite par sa taille en France et en Europe, avec notamment certaines de ses œuvres récemment restaurées.
Un autre visage du présent
Aux côtés de ces deux façons d’habiter le cinéma, l’une explorant la complexité humaine, l’autre investissant le cinéma populaire pour sonder les mutations sociales, le Festival des 3 Continents dévoile la vitalité et la diversité des créations contemporaines. Plus de 1 300 films ont été reçus cette année. Avec une telle profusion de longs métrages à visionner, la question des critères de choix peut se poser. Pourtant, aucun quota ni règle à respecter ne sont obligatoires selon Jérôme Baron. Ce qui prévaut pour la sélection, c’est la singularité du film, « la manière dont il prend place à côté d’autres… dont il les prolonge en les renouvelant… », partage le directeur artistique. La sélection officielle, composée de la compétition et des séances spéciales, rassemble ces films qui donnent la mesure d’un autre présent. Les deux programmes donnent à voir des fictions et des documentaires sortis dans l’année et dont la plupart sont présentés en première française.
Le Festival des 3 Continents se fixe aussi pour objectif de redonner une actualité à des longs métrages restés longtemps absents des écrans. « Cette année, on a reçu énormément de films restaurés du monde entier », signale Jérôme Baron. « On a décidé de les mettre un peu à part dans un programme appelé « Le Passé au présent » qui va permettre de revisiter une dizaine d’œuvres éloignées des écrans français depuis très longtemps, pour certaines depuis au moins cinquante ans. » Le festival pose là encore la question de l’histoire du septième art. La restauration des œuvres ne relève pas uniquement de la préservation du patrimoine, elle constitue aussi une relecture de la mémoire cinématographique.
Nantes comme ancrage, le monde comme horizon
Le Festival des 3 Continents fait autorité à Nantes et au-delà. Il est une manifestation locale par son rayonnement et son ancrage très fort auprès de ses publics. « De plus en plus de jeunes viennent au festival, pas seulement des scolaires », précise Jérôme Barron. Près de 30 % du public a entre 18 et 25 ans. « On s’en réjouit, parce qu’on a beaucoup travaillé en ce sens-là. » Il rayonne aussi à l’international. « Avec la Folle Journée, c’est l’événement nantais le plus connu dans le monde. » Le festival est d’ailleurs plébiscité par plusieurs réalisateurs. « On reçoit des films de certains auteurs en priorité parce qu’ils veulent être à Nantes pour lancer leurs films en France », concède M. Baron. Une notoriété qui n’empêche pas le festival de réfléchir à « un repositionnement pour les 3-4 prochaines années dans un contexte très préoccupant pour les acteurs culturels ».
Festival des 3 Continents – 48e édition

Affiche du Festival des 3 Continents 2026 Festival des 3 Continents
Du 20 au 28 novembre
Au Katorza, au Cinématographe et au Concorde, Nantes