Reprendre confiance avant de choisir un métier. Lors de leur conférence de presse fin septembre, les stagiaires de l’École de la deuxième chance (E2C) Nantes Saint-Nazaire ont décrit une même progression. Retrouver confiance en soi, découvrir les codes de l’entreprise, puis éprouver ses envies au cours de visites et de stages courts. Pour ces jeunes, éloignés du système scolaire, sans emploi ni formation depuis au moins un an, le parcours commence souvent avant qu’une orientation professionnelle se dessine. Encore faut-il disposer des moyens nécessaires pour s’y engager.
C’est cette condition que Khadija Nemri, directrice de l’E2C, estime menacée dès janvier 2027. La rémunération régionale des stagiaires n’est plus garantie au-delà du 31 décembre 2026. Les 250 à 450 euros mensuels perçus par les jeunes comptent dans leurs ressources et celles de leur famille, s’inquiète-t-elle. Sans ce soutien financier, elle redoute des renoncements à la formation, susceptibles de compromettre la pérennité de l’école.
L’établissement pourrait ainsi disposer des moyens de fonctionner sans que les jeunes aient ceux de le fréquenter. La directrice indique avoir compensé la suppression de la subvention régionale de 260 000 euros en 2024, exceptionnellement reconduite en 2025 et 2026, pour équilibrer son budget de fonctionnement de 1,4 million d’euros. Elle mobilise en particulier les entreprises autour du fléchage de leur taxe d’apprentissage. Nantes Métropole a également proposé de renouveler un soutien additionnel de 105 000 euros, portant sa contribution pour 2026 à 395 000 euros. Ce budget assuré, la rémunération des stagiaires reste à financer pour écarter la menace de fermeture.
Construire un projet ou préparer un métier
La Région conditionne toutefois la poursuite de cette prise en charge à l’obtention d’un marché public. À partir de 2027, l’école doit candidater dans le cadre du dispositif « Un emploi, une formation ». Jean-Luc Catanzaro, vice-président chargé de la formation et de l’emploi, explique que les jeunes retenus bénéficieront du financement pédagogique et de la rémunération. Mais Khadija Nemri estime que seuls 12 stagiaires pourraient être concernés, dans une école qui a accompagné 250 jeunes par an.
L’élu insiste pourtant sur la place réservée à ceux qui ne peuvent pas accéder directement à une qualification. « Dans ce dispositif, il y a une phase préparatoire », fait-il valoir. Elle doit permettre d’acquérir les compétences de base avant de poursuivre en formation qualifiante ou en alternance. Les E2C « ont toute leur place » dans cette étape, défend Jean-Luc Catanzaro.
C’est pile sur son contenu que porte la crainte de Khadija Nemri. « Le cahier des charges répond aux besoins de recrutement du territoire. C’est une très bonne chose, mais ce n’est pas adapté aux jeunes que nous accueillons », observe la directrice. Elle décrit des formations fléchées sur des métiers en tension, surtout dans les services à la personne et l’industrie. Les jeunes de l’E2C doivent, eux, pouvoir explorer plusieurs pistes, comparer leurs expériences et parfois changer d’orientation. La difficulté tient ainsi au moment où intervient le choix du métier. Se former aux gestes professionnels dans un secteur suppose un projet déjà défini. Pour une partie du public de l’E2C, ce choix n’est pas encore arrêté. Le parcours doit précisément permettre de le construire. La directrice craint donc que le marché ne couvre qu’une fraction des besoins. La présence d’une phase préparatoire ne suffit pas, à ses yeux, à garantir la continuité de l’accompagnement.
L’association négocie avec France Travail la prise en charge de la rémunération, sans entente à ce stade. Khadija Nemri cherche aussi à maintenir une participation régionale pour partager la dépense. « Nous demandons que le soutien de 2025 et 2026 soit prolongé au moins en partie », plaide-t-elle. Le vice-président régional réaffirme toutefois sa condition : sans obtention du marché, aucun financement ne pourra être accordé.
Les conditions pour tenir dans la durée
Pour ces jeunes, confrontés à des obstacles souvent cumulés, entrer en formation ne suffit pas, encore faut-il pouvoir la suivre jusqu’au bout. Parmi les 250 stagiaires de l’E2C Nantes Saint-Nazaire en 2025, 87 % avaient un niveau inférieur au baccalauréat et 97 % se déclaraient sans expérience professionnelle. Aux apprentissages et à la découverte de l’entreprise s’ajoute un accompagnement sur la mobilité, le logement et la santé. La rémunération participe de ces conditions matérielles qui permettent de rester engagé dans le parcours.
Or, ces difficultés persistent pendant la formation. Une enquête du Cariforef des Pays de la Loire, publiée en juin 2026 auprès de bénéficiaires entrés en formation régionale en 2024, montre qu’un quart des répondants en ont rencontré durant leur cursus. Parmi eux, un tiers cite des problèmes financiers. Les sorties anticipées sont plus fréquentes chez les personnes confrontées à ces problèmes. Sans isoler l’effet de la rémunération, l’étude éclaire le risque soulevé par Mme Nemri, obtenir une place en formation ne garantit pas les moyens de la poursuivre.
Permettre aux jeunes d’aller au terme de cet accompagnement suppose aussi d’en apprécier les résultats au-delà de l’accès immédiat à l’emploi. À l’E2C Nantes Saint-Nazaire, 51 % des sorties en 2025 ont débouché sur un emploi, une alternance ou une formation qualifiante. Cette proportion atteint 63 % en intégrant le suivi après parcours. La poursuite vers une qualification constitue donc elle aussi une avancée, préparée par la remise à niveau, la construction d’un projet et les premières expériences en entreprise.
Ces résultats n’écartent pourtant pas les fragilités financières. Le réseau national des écoles de la deuxième chance a accueilli 17 917 stagiaires en 2025, en hausse de 4,4 %, avec un taux de sorties positives stable à 61 %. Dans un entretien à La Gazette des communes, son président, Alexandre Schajer, alerte sur une fragilisation financière croissante. Il pointe le désengagement de certaines régions, qui menace le développement du réseau et la qualité de l’accompagnement.
À l’E2C Nantes Saint-Nazaire, l’échéance de janvier 2027 laisse donc deux questions ouvertes : combien de jeunes pourront encore être accueillis, et avec quel revenu pourront-ils suivre leur parcours ? Le budget de l’école ne suffira pas, à lui seul, à assurer leur seconde chance.
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