Couverture du journal du 09/04/2021 Consulter le journal

Une plateforme de La Cantine dédiée aux start-up

French tech central a lancé en 2017 un projet pour faciliter l’accès des start-up aux services publics avec une plateforme de prise de rendez-vous. À Nantes, l’une des treize capitales de la french tech, La Cantine est chargée de la mise en œuvre.

La Cantine

Adrien POGGETTI, directeur de La Cantine numérique, Vickie PAJON-DELEMAZURE, correspondante Start-up à la Banque de France Pays de la Loire et Amandine DUGRAIN, coordinatrice de La Cantine © I.J

Décloisonner les mondes, rendre les services publics plus accessibles aux start-up au fonctionnement plus agile qu’une entreprise classique… C’est le pari lancé par French Tech Central, dispositif dans lequel se regroupent tous les acteurs liés aux start-up, investisseurs, chercheurs, services publics… En 2017, French Tech Central lance un projet pilote en Île-de-France : une plateforme de prise de rendez-vous pour les start-up auprès de différentes institutions œuvrant pour les entreprises. « L’État s’est rendu compte que les services publics n’étaient pas toujours adaptés au modèle des start-up au fonctionnement différent des autres entreprises », expose Adrien Poggetti, directeur délégué de French Tech Nantes et de La Cantine. L’incubateur parisien créé par Xavier Neil en 2013, Station F, a été chargé d’une phase expérimentale pour mettre en relation les différents acteurs, ministères, Banque de France, CCI et les dirigeants et mieux comprendre leurs problématiques. « Les échanges ont été intéressants et French Tech Central a décidé de le généraliser. C’est aussi une façon pour l’État de poursuivre sa transformation numérique de l’intérieur. Les services sont obligés de remettre en question leurs pratiques. »

DES CRÉNEAUX TROP LIMITÉS

Un appel à manifestation d’intérêt a été lancé fin 2019 auprès des capitales de la French Tech*. Rennes et Bordeaux ont rapidement répondu. Nantes a donné sa réponse à l’été 2020 et le projet a démarré en novembre. La Cantine numérique est chargée du pilotage avec, pour partenaires, la CCI Nantes St-Nazaire, Bpifrance, la Banque de France, la Direccte, l’Urssaf et l’Inpi. « La plateforme de rendez-vous est opérationnelle mais ça n’a pas été simple. Il a fallu que chaque institution développe sa propre interface. Et puis créer de nouveaux réflexes. On touche aux process et cela prend du temps de faire bouger les choses. Cela fonctionne plus ou moins bien selon les services », admet Adrien Poggetti. De fait, seuls une vingtaine de rendez-vous ont été pris par les startuppers via cette plateforme. Les habitudes ont la vie dure. « Les créneaux proposés sont limités. Parfois sur une seule journée par mois… Cela n’est pas très pratique mais c’est déjà ça. Car prendre un rendez-vous avec l’Urssaf, à la base, ça ne se fait pas facilement… L’ambition pour les prochains mois est que cela tourne mieux. Nous sommes en discussion avec des accélérateurs, des incubateurs. Ils connaissent notre existence mais n’ont pas encore pris le réflexe de passer par la plateforme. » Vickie Pajon-Delemazure, correspondante pour les start-up à l’agence régionale de la Banque de France ajoute : « Il y a une vraie volonté politique de poursuivre la numérisation de l’administration. Ces rendez-vous en ligne permettent de prendre la température de ce qui se passe entre les services publics et les usagers, en l’occurrence les start-up. C’est une démarche d’amélioration du service public. »

Mais quid des autres entreprises ? Pourquoi chercher à faciliter les démarches seulement pour les start-up ? Pour Adrien Poggetti, « effectivement, cela devrait être mis en place pour tout le monde, rien que pour respecter le principe d’égalité. Je pense que l’État teste et que ces changements ont vocation à être déployés plus largement pour une égalité de traitement. »

Autre volet du projet : des rencontres en direct entre ces différents acteurs. Démarrées en pleine crise sanitaire, elles se sont tenues lors de webinaires. « Finalement, avec le confinement, on a devancé ce qui allait nous être demandés ensuite. Avec des webinaires de gestion de crise. » Une réflexion est en cours avec les autres capitales de la French Tech pour mutualiser ces webinaires, disposer d’une programmation plus dense et plus régulière, « ce qui permettrait de mieux répartir l’implication des intervenants, sans nous empêcher d’organiser des activités locales ».

Pour Nantes, une réunion entre partenaires est prévue d’ici un mois pour un premier bilan. La Cantine a reçu une subvention de 20 000€ pour ce projet. Un nouvel appel à manifestation d’intérêt devrait paraître en 2021.

 

* Il existe treize capitales de la French Tech : Brest, Rennes, Aix-Marseille, Côte d’Azur, Méditerranée, Est, Bordeaux, Lyon, Toulouse, Lille, Alpes, Paris et Nantes.

 

QUEL RÔLE POUR LA BANQUE DE FRANCE ?

Un poste de Correspondant start-up a été créé en février 2020 dans chaque agence régionale de la Banque de France. En Pays de la Loire, c’est Vickie Pajon-Delemazure qui l’occupe. « Cette mission est jeune chez nous et je trouvais intéressant de voir deux mondes se rapprocher, avec un côté un peu antinomique d’une banque centrale vue en général comme ‘‘hypercenseure’’ qui s’intéresse aux entreprises en hypercroissance et renforce son approche d’accompagnement des structures », explique-t-elle. Le message est clair : la Banque de France fait sa mue et s’attaque aux idées reçues. Les start-up peuvent donc prendre rendez-vous avec Vickie Pajon-Delemazure sur la plateforme de la French Tech. « Nous voulons nous adosser pleinement à l’écosystème local sans concurrence avec les autres organismes puisque nous arrivons à un moment donné aux limites de nos champs d’expertises spécifiques. Ça joue le jeu, on est plutôt dans la transmission de dossiers. »

Déverrouiller les financements

Côté Banque de France, l’un des enjeux principaux est la cotation. « Les start-up passent souvent mal l’analyse avec une grille classique de cotation. Même si on ne peut pas faire n’importe quoi car on reste surveillés par la Banque centrale européenne, on cherche à avoir une approche différentiante, qui prenne en compte des informations plus larges telles que la constitution de l’équipe, l’intégration dans l’écosystème… Pour les start-up, on regarde plutôt ce qu’il va se passer pour l’avenir et non le passé car on sait les modes de croissance différents qu’elles peuvent connaître. C’est aussi une façon de déverrouiller ensuite les financements auprès de Bpifrance car une mauvaise cotation est rédhibitoire. » Mais comment reconnaître les start-up parmi la masse d’informations reçues ? « Quand les analystes tombent sur un bilan particulier, tel que croissance globale forte, activité de R&D, pas de rentabilité mais des levées de fonds, en général ils se doutent que c’est une start-up et je peux intervenir. »