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Fanny Reyre Ménard : Une nouvelle voix pour les entreprises de proximité

En cette période complexe, le syndicat U2P pays de la Loire, qui représente les TPE de proximité, entend, sous l’impulsion de Fanny Reyre Ménard, sa nouvelle présidente, faire entendre la voix de ses adhérents.

Parmi la diversité des métiers que représente l’U2P, l’un a été très pénalisé par la crise du Covid (les dentistes) quand l’autre connaît à l’inverse une bonne année (les bouchers) © iStock

Fanny REYRE MÉNARD

Fanny REYRE MÉNARD © Fabrice RAULT

En cette période complexe, le syndicat U2P pays de la Loire, qui représente les TPE de proximité, entend, sous l’impulsion de Fanny Reyre Ménard, Sa nouvelle présidente, faire entendre la voix de ses adhérents.

Moins visible que ses deux consœurs Medef et CPME, l’U2P (Union des entreprises de proximité), anciennement connue sous le nom d’UPA, a la particularité de représenter et promouvoir l’économie de proximité. Aujourd’hui, en Pays de la Loire, l’U2P représente 125 000 TPE qui emploient 180 000 salariés. Organisé en différentes instances, nationale, régionales et départementales, ce syndicat est constitué de quatre composantes : le bâtiment via la Capeb, l’artisanat de la fabrication et des services (CNAMS), l’alimentation de détail (CGAD) et les professions libérales (UNAPL). Si les activités de ces quatre familles diffèrent, les entreprises artisanales, commerciales et libérales ont en réalité de nombreuses caractéristiques et problématiques communes.

L’U2P Pays de Loire vient de désigner une femme à sa tête : Fanny Reyre Ménard. À 56 ans, elle arrive dans un contexte des plus complexes, pour un mandat de quatre ans. De nombreux chantiers, tant internes qu’externes, l’attendent, avec des enjeux immédiats et d’autres à plus long terme.

Fanny Reyre Ménard : UNE MISSION DE PORTE-PAROLE ET DE PORTE-VOIX

L’actualité immédiate, c’est bien entendu la gestion de la crise du Covid, « qui frappe nos métiers de façon très hétérogène », souligne la nouvelle présidente, entre des métiers empêchés d’exercer comme les dentistes, les esthéticiennes ou les traiteurs et d’autres, comme les bouchers, pour lesquels 2020 s’avère, à l’inverse, une bonne année.

« Nous avons notamment une mission de porte-parole et de porte-voix. Nous sommes très attentifs à cette diversité de situations et à cette immense détresse doublée d’une intense colère, ou fatigue, ou stress, ou tout cela confondu, qui frappent nos chefs d’entreprise en ce moment, qu’ils soient perçus comme essentiels ou non essentiels. L’enjeu est d’arriver au bout de cette crise sanitaire en prenant en compte cette détresse humaine. »

Autre enjeu d’actualité pour la nouvelle présidente de l’U2P régionale : aider les TPE qu’elle représente à profiter au mieux de la future relance économique. « Le plan de relance tel qu’il est présenté par l’État s’adresse aux moyennes et grandes entreprises, regrette-t-elle. On ne va pas faire des dossiers de demande de financement pour des projets qui présentent des seuils plus gros que nos chiffres d’affaire. » Le dossier est actuellement sur la table des négociations.

LES DEUX CHALLENGES DU 21e SIÈCLE

À plus long terme, Fanny Reyre Ménard souhaite, durant son mandat, accompagner les entreprises afin de les rendre visibles et audibles face aux deux challenges du 21e siècle que sont la révolution numérique et la transition écologique. Sur le premier point, en particulier sur le volet e-commerce, la présidente alerte face à l’injonction faite aux très petites entreprises de se mobiliser. « Bien sûr qu’il faut se digitaliser, mais le monde du e-commerce n’est pas le nôtre. Pour ne citer qu’Amazon, leur spécialité c’est la logistique. Ils n’en font pas supporter le coût aux clients parce qu’ils ont un autre modèle économique. Nous, ce n’est pas notre cœur de métier et ça ne le sera jamais. Attention à ne pas nous jeter dans des activités sur lesquelles on ne serait pas capables d’assurer un service client digne de ce nom. » Et la représentante patronale de rappeler que ce qui fait la force des métiers de proximité c’est leur savoir-faire, leurs services et leur contact client. « Basculons intelligemment : si on est amenés à faire de la livraison mais qu’on a fermé tous les bureaux de poste dans un rayon de 20 km autour et que l’artisan doive faire des kilomètres pour porter ses colis, qui va supporter ce coût ? Parce que le client, lui, va nous dire que ce n’est pas à lui de le porter et que si on n’est pas réactifs, c’est parce qu’on n’est pas bons. Cela demande une vraie réflexion collective. »

Sur la transition écologique, la nouvelle présidente dresse un premier état des lieux encourageant. « La plupart d’entre nous, même ceux qui ne le savent pas et ne l’affichent pas, sont déjà dans des démarches durables. Il est bien connu que l’artisan n’est pas un gaspilleur, c’est quelqu’un qui a le respect des matériaux, de la matière première », rappelle-t-elle. Et de prendre l’exemple de son métier de luthier, rappelant que les violons qu’elle fabrique ou répare durent plusieurs centaines d’années… Elle constate en revanche qu’un vrai travail est à mener pour rendre les professionnels conscients de ce qu’ils font déjà afin de poursuivre dans la voie des mutations et « transformer l’essai ».

Dernier combat, celui de la mixité, notamment dans les représentations, à l’heure où les élections dans les chambres consulaires sont programmées pour l’automne 2021. « Il ne suffit pas que je sois là pour dire qu’on a réglé le problème, souligne-t-elle, ajoutant cependant : je ne le mets pas en tête de gondole car ce n’est pas comme ça qu’on fait avancer ces dossiers. Je pense que dans quatre ans il y aura plein de femmes pour prendre le relai », estime-t-elle.