Couverture du journal du 30/07/2021 Consulter le journal

L’écosystème nantais des start-up atteint l’âge de raison

L’Auran (agence d’urbanisme de La région nantaise) suit de près les start-up. Après avoir noté l’accélération du phénomène en 2017, un nouveau cap pour l’écosystème nantais en 2018 et la problématique du recrutement en 2019, l’agence a enquêté auprès d’entrepreneurs de l’écosystème nantais* pour mesurer sa maturité et souligner l’enjeu de l’innovation pour les périodes à venir.

L’accélérateur MIAM, porté par le Startup Palace est l’unique nouveau venu dans l’écosystème nantais cette année, relève l’Auran.

L’accélérateur MIAM, porté par le Startup Palace est l’unique nouveau venu dans l’écosystème nantais cette année, relève l’Auran © Start-up Palace

Nantes, comme Bordeaux ou Toulouse, verront à n’en pas douter toujours plus de projets et d’entrepreneurs issus de la capitale venir s’installer », note l’Auran. Malgré tout, l’agence estime que la maturité est atteinte, les créations de start-up se stabilisant autour de 20 projets par an depuis 2018, alors qu’on en comptait plus de 30 sur les trois années précédentes. Les projets portés vont de la réalité virtuelle à la mode, en passant par la commercialisation de lunettes de seconde main ou encore le compostage, précise l’Auran qui cite comme exemple, parmi les 18 projets créés depuis un an, La Bille Bleue qui ambitionne de renouveler la filière laitière et Sorewards qui propose aux entreprises des cartes cadeaux éthiques et solidaires pour fidéliser leurs collaborateurs.

Alors que la métropole nantaise continue à attirer beaucoup, le recrutement reste la problématique majeure des entrepreneurs, même si elle n’est pas spécifique à Nantes. Plusieurs solutions s’offrent à eux pour pallier cet obstacle à leur développement, de l’embauche de jeunes diplômés tout juste sortis de l’école, aux professionnels venus d’ailleurs, en passant par la formation d’actifs éloignés du métier des start-up, voire au débauchage des salariés d’autres entreprises. « Une surenchère sur les salaires s’est installée et on évoque même un phénomène de cannibalisation entre sociétés qui risque de fragiliser ce qu’il reste de l’esprit du ‘‘jeu à la nantaise’’, si cher à l’écosystème local du numérique et de l’innovation », prévient l’Auran.

NOUVEAUX DÉFIS DANS LE CONTEXTE ACTUEL

« Les jeunes entreprises innovantes font face à deux défis. À court terme, elles doivent trouver des solutions aux problèmes amenés par la crise sanitaire. À plus long terme et dans une situation économique qui va s’aggraver, elles s’efforcent de trouver les moyens de poursuivre leurs objectifs de développement », note l’étude. Et pour relever ces défis l’innovation reste l’une des bases : « L’accélérateur MIAM, porté par le Startup Palace, et unique nouveau venu dans l’écosystème nantais cette année, se concentre sur le secteur de l’alimentation. Les bases de l’accompagnement à l’innovation et à l’entrepreneuriat demeurent ».

Près de 300 jeunes entreprises innovantes sont dénombrées en Loire-Atlantique. « Plus de 25 d’entre elles dépassent la barre des 20 salariés aujourd’hui et nombreuses sont celles qui portent l’espoir d’un développement rapide. Shopopop, et son service de livraison à domicile et à la demande, a connu une forte hausse d’activité liée au contexte sanitaire et compte aujourd’hui 40 salariés ». À l’opposé, 21 entreprises ont cessé leur activité en un an selon l’Auran : « Parmi elles, cinq avaient moins de trois ans d’existence et les seize restantes n’ont pas dépassé les cinq années. Les motifs de fin d’activité pour ces entreprises sont variables : abandon du projet faute d’avoir fait ses premières preuves, difficultés financières après une première phase de développement ou encore rachat de l’entreprise et de ses actifs par une autre société. »

UN PIED À PARIS

Pour lever des fonds ou trouver de nouveaux clients, Paris est incontournable. Plusieurs start-up nantaises ont des bureaux à Paris pour être au plus proche de leurs partenaires, notamment financiers, note l’Auran qui cite Vel’co, Horoma, Beekast ou encore Ose Immunotherapeutics. Ainsi, 43 entreprises du département ont des établissements secondaires en France, et notamment en région parisienne. Toutefois, « l’expérience de la mise en place du travail à domicile par les entreprises pendant le confinement, comme le maintien du télétravail par la suite, amène les entrepreneurs à revoir leurs stratégies d’implantation et leurs besoins immobiliers ».

D’après l’enquête de l’Auran, 61 entreprises actives dans l’écosystème local ont leur siège en dehors du département. Des start-up parisiennes ont récemment ouvert des antennes nantaises. « L’objectif est bien plus souvent de délocaliser une partie des activités (production et R&D), voire toute l’activité, plutôt que de se rapprocher du marché géographique du grand Ouest. C’est par exemple le cas de l’installation à Nantes de la société Doctolib, annoncée en avril 2020, qui prévoit 500 emplois à trois ans sur le territoire ». Le risque étant, selon Julien Hervouët d’iAdvize de « voir s’installer des usines de développeurs, dont le management et la direction n’est pas à Nantes. Elles ont peu d’intérêt à participer à la vie de l’écosystème local. Ce sont des centres de production en recherche de main-d’œuvre ».

QUEL IMPACT DU COVID 19 ?

Les investisseurs restent quant à eux attirés par les projets hautement technologiques. Naoden, Mr Suricate ou encore Xenothera ont pu bénéficier de levées de fonds importantes cette année. La crise sanitaire n’a pas remis en question les financements, mais a compliqué le fonctionnement des laboratoires au début du confinement du printemps. « Plus problématique, certains projets commerciaux ont dû subir l’inertie des financeurs dans leur prise de décision durant les premières semaines de la crise sanitaire », note l’Auran. Les biotechs comme Xenothera, sont en première ligne pour sortir le traitement qui permettra de contenir le virus.

Début octobre, 306 Prêts garantis par l’État (PGE) avaient été accordés aux entreprises de l’information et de la communication de Loire-Atlantique pour un montant total de près de 82 M€. Le secteur représente 5% du montant total des prêts dans le département et 3% au niveau national.

Certaines entreprises se sont stratégiquement repositionnées à l’occasion de la crise sanitaire, comme la société E-Cobot qui s’est associée à l’électronicien vendéen Tronico pour proposer des robots de désinfection. Et, « Simply Move a développé un comparateur de fournisseur d’énergie en ligne lui permettant de générer du chiffre d’affaires à court terme ».

L’Auran note au passage que les entrepreneurs, « bidouilleurs » ou « makers », « ont aussi mis la main à la pâte en fabriquant masques et visières dans les Fab Labs. Le projet de respirateur artificiel MakAir, auquel ont pris part de nombreux acteurs nantais, est un autre exemple de réponse rapide apportée aux difficultés créées par la crise sanitaire ». Mais dans d’autres domaines, attention à l’effet domino de la dépendance économique lié aux difficultés des secteurs de l’hôtellerie, de la restauration ou de la culture…

Par ailleurs, l’Auran relève encore des barrières au développement international, à franchir pour le moyen et long terme et la nécessité d’une capacité constante à fournir des solutions et à coller au besoin du client. Un aspect qui ne concerne pas que les start-up…

Enfin, l’agence aborde la question environnementale, avec la notion « d’innovation frugale ». L’Auran estime que la recherche de « solutions innovantes efficaces et qui recourent à un minimum de moyens sera privilégiée, tant pour des motifs écologiques que financiers ». Et de conclure : « La crise économique sera peut-être plus persuasive que la crise environnementale pour convaincre de la pertinence de l’économie collaborative, de la primauté de l’usage sur la propriété. »

 

* Un dossier piloté par Thomas Biancu (chef de projet) avec l’appui de l’équipe de l’Auran.