Couverture du journal du 26/11/2021 Consulter le journal

Un nouveau capitaine à la barre du chantier Delavergne

Jean-Marie Coudé succède à Patrick Delavergne à la tête du chantier naval d'Avrillé (Vendée). Il a pour projet de poursuivre la diversification amorcée par son prédécesseur et d'établir un site d'armement à proximité de la mer pour les grandes unités.

bateau delavergne

Le chantier Delavergne produit notamment des bateaux de fret pour les liaisons inter-îles affrétés par la compagnie bretonne Seaway © Delavergne

Jean-Marie Coudé Delavergne

Jean-Marie Coudé succède à Patrick Delavergne au chantier Delavergne © Chantier Delavergne

Jean-Marie Coudé, 43 ans, a repris le chantier Delavergne et ses dix salariés à son fondateur Patrick Delavergne qui, à 60 ans, souhaitait passer la main. Une succession presque naturelle née de leur (re)connaissance professionnelle mutuelle. « Je connaissais la qualité du travail de chaudronnerie du chantier vendéen, ayant déjà fait appel à ses services en sous-traitance », indique Jean-Marie Coudé. Officier de marine marchande, ce dernier est apparu légitime au patron vendéen. Ce Breton d’origine a en effet fait toute sa carrière dans la construction navale et l’offshore. Chez Bourbon offshore Greenmar et Océa, puis à la direction de Maris (conseil et expertise) et des chantiers navals Merré et Cib (groupe BMA). La reprise a été conclue le 1er septembre sur fonds propres et concours bancaires, le nouveau patron détenant la majorité du capital à l’issue de l’opération. La famille fondatrice en la personne de Franck Delavergne, fils de Patrick, participe également au tour de table.

Une équipe renforcée

Le nouveau PDG entend donner un nouvel élan au chantier en renforçant l’équipe en place. Un responsable administratif et financier le seconde désormais à la direction et deux jeunes soudeurs sont entrés en formation pour renforcer l’équipe des neuf compagnons de l’atelier. Né en 1983 d’une activité de chaudronnerie pour les mytiliculteurs de la région, le chantier Delavergne, situé à Avrillé, à 30 km des Sables d’Olonne, s’est spécialisé dans la fabrication de navires professionnels en aluminium. Historiquement dédié aux bateaux destinés à la conchyliculture (culture des coquillages), son savoir-faire en construction de bateaux aluminium lui a permis de se diversifier vers tous types de bateaux professionnels sur mesure jusqu’à 35 mètres : navires de servitude (offshore, plongée, baliseur, sauvetage en mer) et navires à passagers, maritimes et fluviaux.

De l’étude à la livraison clé en main

Le chantier naval produit notamment pour l’armement français Thomas Services Maritimes les coques des navires de type Crew Transport Vessel (CTV), spécialement conçu pour l’éolien offshore, des baliseurs pour les Phares et Balises et des bateaux de fret pour les liaisons inter-îles affrétés par la compagnie bretonne Seaway. Le dernier né du chantier à pris la direction de la Hollande pour y être assemblé. Il s’agit d’un catamaran de 26 m, le troisième commandé par la société TSM Windcat spécialement conçu pour le transfert de personnel pour l’éolien en mer. La société intervient comme maître d’oeuvre et réalise étude, conception et coordination de la construction jusqu’à la livraison clé en main. Maîtrisant le travail de l’aluminium de haute qualité marine et agréée par le bureau Veritas qui contrôle chaque étape clé de la construction (plans, calcul de structure, radiographie des tôles…), elle fait appel à des sous-traitants qui œuvrent sur place pour l’électronique, l’électricité, l’hydraulique, la menuiserie ou la motorisation. Le chantier peut compter jusqu’à 30 personnes simultanément pour équiper un gros navire.

Un accès à la mer

Le chantier fabrique également des bateaux plus petits, de 4,5 à 10 mètres, pour l’assistance portuaire, des vedettes de sécurité ou des bateaux de lamanage (aide à l’amarrage des cargos). Une activité que le nouveau dirigeant entend bien développer car « elle permet aussi de lisser l’activité du chantier et de stabiliser le chiffre d’affaires », explique Jean-Marie Coudé. Grâce à cela, le dirigeant ambitionne une croissance d’activité de 40% à court terme passant de 3,5 M€ à 5 M€ dans les trois ans. Reste à trouver des soudeurs, mécaniciens ou tuyauteurs lui permettant d’intégrer une partie de cette activité pour l’instant sous-traitée. Et à diversifier ses approvisionnements en acier, aujourd’hui essentiellement français. Le nouveau dirigeant cherche également des locaux proches d’un accès maritime pour l’assemblage et l’armement des grandes unités avant leur mise à l’eau : environ 1 000 mètres carrés avec une hauteur de 10 à 12 mètres. Pour l’heure, les bateaux doivent prendre la route sur une trentaine de kilomètres pour gagner la mer, parfois en plusieurs morceaux. Une contrainte logistique qui oblige le bureau d’études à penser le transport des grands navires dès leur conception.