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TPE et transitions : l’U2P mise sur le dialogue social

Engager les TPE dans les transitions économiques, écologiques et sociales et les accompagner dans les changements que cela implique pour elles, c’est l’objectif du projet Fact mis en œuvre par l’U2P Pays de la Loire. Avec un angle d’attaque original : le dialogue social.

Élisabeth Fessart, déléguée générale, et Fanny Reyre-Ménard, présidente de l'U2P Pays de la Loire. TPE

Élisabeth Fessart, déléguée générale, et Fanny Reyre-Ménard, présidente de l'U2P Pays de la Loire. © D.R.

L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact) a lancé il y a quelques mois un appel à projet national baptisé Fact pour accompagner les transitions écologiques, économiques et sociales de structures privées ou publiques. Sur les Pays de la Loire, trois projets ont été retenus dont celui de l’U2P (Union des entreprises de proximité) Pays de la Loire qui représente plus de 123000 activités artisanales, commerces de proximité et professions libérales. « On sort d’une phase exceptionnelle où l’État n’a pas arrêté de nous aider pendant deux ans, pointe sa présidente, Fanny Reyre-Ménard. Mais d’habitude, jamais on ne nous prend par la main. On ne cherche pas forcément le prémâché à tout prix. En revanche, on a besoin d’avoir des exemples pour se les approprier collectivement et individuellement. Il faut avoir à l’esprit que de nombreuses petites entreprises ignorent ce que veulent dire les lettres RSE 1 ! »
« Une entreprise qui aura besoin de se faire accompagner pour mesurer sa consommation électrique par exemple n’aura pas trop de mal à trouver quelqu’un sur le marché, que ce soit via les réseaux consulaires ou les opérateurs privés. En revanche, savoir comment embarquer ses équipes pour que les transitions mises en œuvre soient pérennisées, ça, c’est un sujet qui n’est pas abordé aujourd’hui», avance de son côté Élisabeth Fessart, déléguée générale.

DE MULTIPLES AVANTAGES

Partant de ce constat, Fanny Reyre-Ménard explique la démarche de l’U2P. « On s’est engagés avec l’idée que ces questions de transitions sociales, sociétales et environnementales dont il faut que nos TPE s’emparent, sont un excellent vecteur pour nourrir le dialogue social, un enjeu que nos entreprises s’approprient plus ou moins bien. »

La présidente de l’organisation patronale régionale n’y voit que des avantages. « Tout l’enjeu du fonctionnement d’une petite entreprise, c’est que le dirigeant fasse adhérer ses salariés à son projet, qu’ils en deviennent partie prenante, pour en faire quelque chose de dynamisant et valorisant, tant pour l’entreprise que pour les salariés qui ont besoin de sens », explique-t-elle. D’autant qu’en impliquant les salariés, le temps d’appropriation des projets est beaucoup plus rapide, de même que l’adaptation au changement…

LES TRANSITIONS, ON EST TOUS DEDANS. LE TOUT EST D’EN ÊTRE ACTEURS.

Fanny Reyre-Ménard y voit encore un autre avantage face aux enjeux de recrutement et de fidélisation des collaborateurs : « Quand on est une petite structure, on n’a pas de comité d’entreprise. Notre qualité de vie au travail se joue donc sur d’autres facteurs», estime-t-elle. D’autant que cela rejaillit aussi à l’extérieur de l’entreprise. « Nos TPE ne vont jamais gagner la bataille du low cost. On ne fera jamais des baguettes à 28 centimes! Il faut donc que l’on valorise toutes les raisons pour lesquelles il faut aller les acheter chez le boulanger. Sachant qu’en fait, il y a déjà beaucoup de choses qui sont faites en matière de RSE, comme l’usage raisonné de la matière, le fait de favoriser les circuits courts… une grande partie du savoir-faire artisanal se base là-dessus depuis longtemps! On a besoin de révéler ce que l’on fait, déjà à nous-mêmes, mais aussi de le donner à voir à nos clients. »

DES FICHES MÉTHODOLOGIQUES

Concrètement, le projet est simple : cinq TPE qui ont déjà « franchi le pas» des transitions seront ambassadrices et permettront à cinq autres de mettre en place une démarche RSE qui permette aussi l’amélioration des conditions de travail. Le projet Fact n’a pas pour objectif à ce stade d’être ouvert largement. « On n’est pas dans une opération de massification. L’idée, c’est de pouvoir utiliser cette matière pour ensuite essaimer via les fédérations professionnelles, souligne Élisabeth Fessart. On a vocation à être un laboratoire d’expérimentation. »

« Ce projet vise à avoir un retour d’expérience et travailler dessus pour capitaliser car souvent les TPE font les choses dans leur coin», relève à son tour Élisabeth Fessart. À l’issue de cette première étape, l’objectif est de pouvoir élaborer des fiches méthodologiques qui faciliteront l’accompagnement du deuxième groupe d’entreprises.

Parmi les entreprises déjà identifiées comme ambassadrices, se trouve la boutique Fleurette à La Chapelle-sur-Erdre. À l’occasion de la Saint-Valentin, l’artisane fleuriste a développé une action de promotion des fleurs françaises, voire locales, pour remplacer la traditionnelle fleur reine qu’est la rose rouge, forcément importée en plein hiver. « Muriel Bouquin a eu l’idée de commencer à acculturer ses clients à l’idée d’un bouquet issu de la culture française. Et cette opération, qui a du sens, a fait l’objet d’une concertation entre l’artisane et ses deux salariées, qui ont notamment travaillé sur l’impact de l’approvisionnement, les nécessaires modifications de pratiques, ainsi que l’adaptation du discours commercial », explique Élisabeth Fessart.

« ON N’A PAS LE CHOIX ! »

Quant au second panel d’entreprises, en cours de repérage, il sera accompagné par l’établissement nantais d’un cabinet de conseil spécialisé en RSE, l’Agence Déclic. Celui-ci aura pour mission d’élaborer avec elles un diagnostic, puis de les accompagner sur un sujet de RSE en y associant les salariés.

Fanny Reyre-Ménard, par ailleurs luthière, fait partie des premiers volontaires de ce second groupe. « La RSE est un sujet qui me concerne depuis longtemps à titre personnel et pour mon activité. J’ai mené notamment des discussions au niveau national et international avec mon secteur sur ces sujets-là et on essaie de réfléchir à l’atelier, mais finalement, il y a plein de choses qui ne sont pas abouties. Je trouve donc là une opportunité de lancer des pistes d’amélioration dans ma petite entreprise où nous ne sommes que trois, en étant accompagnés par des professionnels. C’est l’occasion de formaliser et d’aller au fond des choses. Comme il y a des millions d’actions que l’on pourrait mettre en place, on va en choisir une qui sera significative pour nous trois. Ça pourrait être la gestion des déchets, l’approvisionnement… »

Et la présidente de l’U2P Pays de la Loire de conclure avec ce cri du cœur : « Les transitions, on est tous dedans. Le tout est d’en être acteurs. C’est difficile pour nous TPE, mais on n’a pas le choix! On subit très fortement les contraintes réglementaires et plus on s’appropriera ces questions de façon efficace pour nous et plus on pourra être force de propositions vis-à-vis des pouvoirs publics pour obtenir que l’on ne nous impose pas des réglementations inadaptées qui peuvent aller jusqu’à mettre en danger notre existence ! »

1.Responsabilité sociétale des entreprises