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Aux Sables-d’Olonne, un réseau de thalassothermie XXL à horizon 2025

Dans les tuyaux depuis plusieurs années, le projet de thalassothermie de l’agglomération des Sables-d’Olonne sera bientôt une réalité. Baptisé Enerplage, le système de chauffage autonome alimentera dans un premier temps 17 bâtiments publics et privés, en utilisant les calories de l’eau de mer. Cofinancé par l’Ademe, le chantier vient tout juste de démarrer dans la station balnéaire vendéenne.

La baie des Sables d'Olonne © Les Sables d'Olonne Agglomération

Pour développer la technologie Enerplage, la société Ecoplage (cinq salariés, Sainte-Luce-sur-Loire) s’est appuyée sur le procédé qu’elle a mis en oeuvre il y a quelques années pour lutter contre l’érosion des plages. Installé à ce jour sur une dizaine de plages en France[1], et à l’étranger (à Dubaï notamment), il s’agit d’un système de drainage qui permet d’assécher l’estran (partie du littoral périodiquement recouverte par la marée) et de faciliter le réensablement à la fin de l’hiver. La Grande Plage des Sables-d’Olonne a été la première à tester le dispositif il y a 25 ans. L’objectif  aujourd’hui est de passer à la vitesse supérieure, en déployant la thalassothermie qui consiste à utiliser l’eau drainée pour alimenter des systèmes de chauffage, d’eau chaude, de refroidissement ou de climatisation. L’eau de mer devient ainsi une source d’énergie propre et 100 % renouvelable.

Un projet financé à 45 % par l’Ademe

Le futur réseau de thalassothermie sablais est présenté comme l’un des plus importants en France. « Au départ, nous avions prévu de déployer le procédé Enerplage pour trois bâtiments uniquement : la piscine du Remblai[2], le Centre des Congrès et la future nouvelle base de mer[3] dont la mise en service est prévue au printemps 2026, détaille Laurent Gest, directeur général d’Ecoplage. Mais au fil de l’étude réalisée en lien avec Les Sables-d’Olonne Agglomération, nous avons mis en évidence tout le potentiel de notre dispositif, capable d’alimenter une surface quatre à cinq fois plus importante. » Au total, 17 bâtiments seront alimentés à 80 % via la thalassothermie dans les trois prochaines années, soit 50 000 m² chauffés par an. D’un coût total estimé à 8,42 M€, les travaux seront réalisés en deux temps. Jusqu’en septembre 2025, place à l’installation de la pompe à chaleur dans le sous-sol du Palais des Congrès, ainsi qu’à la construction du réseau et du raccordement pour les dix premiers bâtiments. Les sept autres seront reliés au système via une extension réalisée entre mai 2026 et fin 2027. À l’avenir, l’agglomération des Sables-d’Olonne envisage d’étendre le dispositif à d’autres bâtiments.

Pour ce projet, la communauté d’agglomération bénéficie du soutien de l’Ademe, qui le finance à hauteur de 45 % (soit 3,78 M€) via le fonds Chaleur, destiné à l’habitat collectif, aux collectivités et aux entreprises. « C’est un signal fort de la part de l’État. La preuve qu’il croit fortement en ce projet qui doit servir d’exemple », ajoute le dirigeant d’Ecoplage.

Selon l’évolution du prix du gaz, le dispositif sera rentable en seulement 8 à 12 ans. Cet investissement permettra à la collectivité de s’éloigner des énergies fossiles comme le prévoit le Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET) et de maîtriser sa production localement. La thalassothermie vise à réduire de 60 % les gaz à effet de serre rejetés par les bâtiments, soit 1 000 tonnes de CO2 en moins chaque année.

[1] Le système Ecoplage est notamment installé à La Baule-Escoublac depuis 2019. Il alimente en eau de mer filtrée la Thalasso Rivage et le centre aquatique Aquabaule.

[2] En plus de chauffer l’eau de la piscine du Remblai, le dispositif Enerplage va permettre de l’alimenter en eau de mer filtrée et ainsi remplacer l’actuelle canalisation de pompage en mauvais état.

[3] Situés entre la Grande Plage et le port, les locaux de la base nautique des Sables-d’Olonne datant de 1987 et devenus vétustes, vont être démolis puis reconstruits.

En chiffres

1 chaufferie centrale installée au Centre des Congrès des Atlantes

4 pompes à chaleur

17 bâtiments alimentés à 80 % par thalassothermie (les Atlantes, l’hôtel de ville des Sables-d’Olonne, la sous-préfecture, base de mer, piscine du remblai, immeubles, écoles…)

50 000 m² chauffés par an (sur la base de 100 kWh par m² et par an)

Coût total du projet : 8,42 M€ (financés à 45 % par l’Ademe)

La thalassothermie : comment ça marche ?

Étape 1 : Prise d’eau de mer, pompage via les drains.

Étape 2 : Transfert des calories de l’eau de mer vers une boucle d’eau douce.

Étape 3 : Pompe à chaleur, production d’énergie.

Étape 4 : Le réseau de chaleur. L’eau chaude est acheminée vers les bâtiments reliés au réseau.

L’eau de mer captée sur la plage passe dans un échangeur thermique qui permet de transférer ses calories dans de l’eau douce, sans les mélanger. L’eau de mer peut être rejetée en milieu naturel, sans aucune pollution. L’eau douce, reliée à des pompes à chaleur, permet de produire l’énergie qui chauffe un fluide caloporteur, servant par exemple au chauffage du bâtiment. Avec 1 kW d’électricité, on produit 4,5 kW de chaleur. À titre de comparaison, un chauffage électrique produit 1 kW de chaleur avec 1 kW d’électricité.