Couverture du journal du 25/09/2020 Consulter le journal

Réforme des retraites : les avocats de Nantes ne baissent pas la garde

En grève depuis plus d’un mois, vent debout contre la réforme des retraites les avocats du barreau de Nantes traduisent un malaise à plusieurs ramifications. Ils dénoncent le manque de moyens d’une juridication nantaise « en souffrance », selon Bruno Carriou, bâtonnier de l’Ordre des avocats de Nantes.

Bruno CARRIOU, Bâtonnier de l'Ordre des Avocats de Nantes. Copyright : I.J.

En colère. En mouvement depuis le 6 janvier 2020, les avocats du barreau de Nantes ont voté, lors d’une assemblée générale qui s’est tenue mardi 4 février, pour la poursuite d’une grève « dure » jusqu’au lundi suivant. À Nantes, la protestation s’exprime avec une vigueur exceptionnelle, selon Bruno Carriou, bâtonnier. « Jamais le barreau n’avait connu un mouvement aussi fort ni aussi long, avec l’arrêt de toute activité judiciaire et juridique, qui intègre le contentieux des libertés, donc sans participation aux gardes à vue et comparutions immédiates. » 450 avocats ont manifesté le 14 janvier, en marge de la rentrée solennelle du Tribunal judiciaire de Nantes, déposant leurs robes dans un geste symbolique. « 95% des présents à l’assemblée générale du 4 février se sont prononcés pour la reconduction de la grève », précise le bâtonnier. En attendant de nouvelles propositions du Premier ministre, qui a rencontré les représentants nationaux de la profession mardi 4 février pour écouter leurs doléances. 

« Cotiser plus pour gagner moins » 

En ligne de mire, la question de la réforme des retraites, bien entendu, qui mobilise l’ensemble de la profession. « Les avocats ont un régime de retraite autonome, et nous tenons à cette autonomie, exprime Bruno Carriou. Nous avons une caisse spécifique qui collecte les cotisations et qui règle les pensions. Avec la réforme, elle a vocation à basculer dans le régime universel, avec deux conséquences majeures. D’une part, l’augmentation de nos cotisations, qui vont passer de 14% à 28%. D’autre part, une diminution corrélative de notre retraite de base, qui passerait de 1 400 € à 1 000 €. Cotiser plus pour gagner moins, cela perturbe tout le monde… » Le barreau nantais est composé de 1 134 avocats, dont 60% est âgé de moins de 40 ans, et 60% de femmes. « Or, le doublement des cotisations concernera essentiellement les avocats les plus jeunes et les plus fragiles », souligne-t-il. 

Des délais à rallonge 

Mais l’ampleur du mouvement ne s’explique pas « seulement » par cette perspective. « Il cristallise la situation de la juridiction nantaise, en vraie souffrance, explique le bâtonnier. À la différence d’autres barreaux, comme celui de Rennes, ou le nombre de magistrats est à peu près cohérent, il manque à Nantes environ 30 personnes dans les services administratifs, et sans doute une bonne dizaine de magistrats. » En cause : une clef de répartition non réactualisée et qui ne tiendrait pas compte de l’évolution du nombre d’habitants de la ville. « Il faut compter un an pour obtenir une réponse sur une demande d’aide juridictionnelle quand on n’est pas en procédure d’urgence, trois ans et demi voire quatre ans pour le pôle social, entre dix et douze mois pour les affaires familiales… c’est surréaliste. » Pour que ces délais soient réduits, et obtenir de nouveaux moyens, le barreau de Nantes a « lancé une assignation de l’Etat il y a environ un an et demi. L’audience aura lieu le 3 mars 2020. » Après un premier courrier resté sans réponse, envoyé le 5 novembre 2019 à la Garde des sceaux, Nicole Belloubet, Bruno Carriou a réitéré une demande de rendez-vous le 24 janvier. En espérant cette fois être entendu spécifiquement sur la situation nantaise.