Couverture du journal du 25/09/2020 Consulter le journal

Insécurité : les professionnels montent au créneau

Face à une forte dégradation de la sécurité à Nantes, en particulier la nuit, patrons et salariés travaillant en centre-ville se mobilisent pour inciter les pouvoirs publics à l’action.

Ils veulent arrêter de subir et devenir acteurs face à la croissance « exponentielle » de l’insécurité dans le centre-ville de Nantes. Ils, ce sont des patrons, des salariés, de bars, de restaurants… confrontés directement ou témoins d’agressions multiples. « Cela ne touche pas que le milieu de la nuit. C’est aussi le boulanger qui arrive pour travailler à 4h du matin, ce sont les chauffeurs-livreurs qui viennent tôt dans le centre-ville et se font agresser et dépouiller », prévient Catherine Quérard, présidente du GNI (Groupement national des indépendants) grand Ouest. 

À bout, la semaine dernière trois professionnels de la nuit, un responsable de bar, un barman et un agent de sécurité, se mobilisent pour créer un mouvement citoyen, le S2N (Sécurité Nocturne Nantes) et appellent à un rassemblement contre l’insécurité en centre-ville. Un geste à la fois de « colère » et de « détresse », face à une situation qui semble échapper à tout contrôle. La présidente du GNI contextualise : « Il y a eu une hausse importante de la population à Nantes depuis dix ans. Sauf que les moyens mis en face en termes d’effectifs policiers n’ont pas suivis. Résultat, quand ça a bouillonné dans cette ville qui a longtemps été calme, ça a débordé et tout le monde a été pris de court. »

Une délégation reçue à la préfecture

Sur la place Royale ce mercredi-là, entre 300 et 350 personnes se mobilisent. « Jusqu’alors, on avait beau alerter, la ville et la préfecture se renvoyaient la balle », souligne Catherine Quérard. Cette fois, dans la foulée, la préfecture de Nantes annonce qu’elle recevra une délégation, en présence de la ville et de la métropole. « Pour la première fois, on a eu le sentiment d’être écoutés. »

Lundi 3 février, une délégation a ainsi été reçue par le directeur de cabinet de la préfecture, Johann Mougenot, en présence de Didier Fillion, DG adjoint de la Tranquillité et de la Sécurité publique de la ville, de Gilles Nicolas, adjoint à la Sécurité de la ville et de la métropole et Benoit Desferet, directeur départemental de la Sécurité publique. « Nous avons eu quasiment tous les acteurs concernés, sauf le procureur, regrette toutefois Thomas Leroy, directeur du GNI grand Ouest, présent lors de cette rencontre. Or, ce que l’on constate, c’est que les arrestations restent sans grandes suites. » 

« Une certaine prise de conscience »  

La délégation d’une dizaine de personnes était, elle, composée de « salariés, commerçants, propriétaires d’établissements et riverains », indique le S2N, qui a ouvert une page Facebook pour rendre compte publiquement de cet échange qui a duré plus de deux heures. À la sortie, les membres de la délégation ont eu le sentiment « d’une certaine prise de conscience » sur le caractère urgent de la situation, les pouvoirs publics reconnaissant que les dispositifs jusqu’alors « mis en place par la mairie, la préfecture et les forces de l’ordre, peinent à porter leurs fruits et n’empêchent pas l’aggravation de la situation. » « Selon les chiffres qui nous ont été communiqués, il y a eu plus de 200% d’augmentation des arrestations liées à la drogue et au port d’arme », précise Thomas Leroy. « Il faut se donner les moyens d’aller très vite pour casser cette escalade », interpelle Catherine Quérard, qui se dit convaincue que la solution passe par « une coordination de tous les acteurs. »

Reste à engager des actions. Et sur ce point, la délégation n’était pas venue les mains vides, s’appuyant sur des propositions émanant du terrain et notamment des patrons de bars et de leur personnel.

Vers un dispositif « Commerces vigilants »

Parmi les pistes mises sur la table, l’adaptation des dispositifs de sécurité publique, de leurs zones d’actions, avec une priorisation quartier par quartier, ainsi que la mise en commun des informations, « les commerçants étant les mieux placés pour rendre compte de la localisation des problèmes », estime Thomas Leroy. La création d’un dispositif Commerces vigilants, sur le principe des Voisins vigilants, une communauté de citoyens organisée dans un cadre défini et légal pour se protéger des cambriolages, a été évoquée. S’inspirant de ce modèle, des commerçants situés dans le quartier Feydeau, membres de l’association Le Village, se sont déjà regroupés.

Autre sujet à l’ordre du jour : la mutualisation d’agents de sécurité avec, à la clé, la clarification du cadre légal concernant leur champ d’action.

Une réunion de travail pour approfondir les pistes évoquées a d’ores et déjà été planifiée la semaine prochaine. « Le travail n’est pas terminé et nous n’avons pas l’intention de relâcher nos efforts », prévient Catherine Quérard.