Couverture du journal du 12/08/2022 Consulter le journal

Quand les entreprises ouvrent grand leurs portes

Le tourisme économique offre la possibilité au grand public de découvrir les savoir-faire et métiers des entreprises de leur territoire. Fières de ce patrimoine, elles sont de plus en plus nombreuses à ouvrir leurs portes. Quels sont les bénéfices, mais aussi les freins ? Deux entreprises vendéennes témoignent : NVequipment et La Mie Câline.

Derrière les vitres, le public découvre les ateliers de la Mie Câline. Chaque été, l’entreprise organise neuf visites par semaine. entreprise

Derrière les vitres, le public découvre les ateliers de la Mie Câline. Chaque été, l’entreprise organise neuf visites par semaine. © La Mie Câline

Ni bob, ni tongs, ni short. Pour s’immerger dans les coulisses de la fabrication des produits de son quotidien, le look du touriste économique comprend le plus souvent charlotte, sur-chaussures et… masque, respect des normes sanitaires oblige.

« Le tourisme économique a pour vocation de permettre aux particuliers d’acquérir une culture du monde de l’entreprise à travers une visite sur site, indique Anne-Marie Vallée de l’association Visitez nos entreprises Pays de la Loire. C’est un tourisme différent, vivant et le plus souvent de proximité. C’est un public majoritairement familial l’été, mais on retrouve aussi des centres de loisirs, des associations et des scolaires. Ces visiteurs particuliers veulent en savoir plus sur l’histoire de l’entreprise, ses process, ses innovations. Ils peuvent enfin se représenter ses différents métiers, les exigences et compétences requises, mais aussi les conditions de travail. » En 2021, 250 entreprises ligériennes ont ainsi ouvert leurs portes aux particuliers lors des Journées régionales de la visite d’entreprise. Dont 63 % de TPE, 27 % de PME et 10 % de grandes entreprises. On comptait aussi 18 % d’entreprises vendéennes.

VALORISER LES SAVOIR-FAIRE ET LES SALARIÉS

« Le parcours à travers les ateliers permet effectivement de visualiser nos produits, les différentes étapes de fabrication, de la coupe des matières (toile, arceaux) jusqu’au produit final et à l’expédition. C’est très concret », témoigne Aurélie Belmont, responsable ressources humaines chez NVequipment à Saint-Gilles-Croix-de-Vie. Ce spécialiste de la protection outdoor des bateaux a toujours eu à cœur d’ouvrir ses portes, d’abord aux professionnels et aux scolaires, et, depuis trois ans, aux particuliers dans le cadre des Journées régionales de la visite d’entreprise. « C’est dans notre ADN et toutes les occasions sont bonnes pour expliquer nos métiers, valoriser nos savoir-faire et nos salariés », poursuit Aurélie Belmont.

Dans l’ombre de son prestigieux voisin, les chantiers Beneteau, NVequipment espère ainsi accroitre sa notoriété, et pourquoi pas, à l’occasion, susciter des vocations. « Les gens savent que l’on travaille dans le nautisme mais ignorent ce que l’on fait exactement ou que notre activité secondaire, c’est la construction de yourtes. »

« Montrer les coulisses en toute transparence », c’était aussi la volonté d’André Barreteau, le fondateur de la Mie Câline à Saint-Jean-de-Monts. L’entreprise agroalimentaire a accueilli ses premiers visiteurs extérieurs en 1994. « Il s’agissait de fournisseurs et c’était plutôt informel, raconte Anne Rampillon, responsable communication de la marque. En 2001, l’agrandissement du site de production a été pensé pour recevoir des visites. Les premières visites grand public ont eu lieu l’année suivante et depuis 20 ans, elles ont progressivement pris de l’ampleur. De septembre à juin, nous ciblons les scolaires. Pendant les vacances, c’est un public essentiellement familial. Nous accueillons environ 5 000 personnes l’été, à raison de neuf visites hebdomadaires, du mardi au jeudi. Le reste de l’année, c’est à la demande. »

En devenant acteur du tourisme économique vendéen, La Mie Câline souhaite aussi lutter « contre la mauvaise image des industriels » et montrer qu’elle n’a rien à cacher. « Très peu de sites agroalimentaires ouvrent leurs portes. Ces visites contribuent à améliorer notre image même si ce n’est pas leur raison d’être, reconnaît Anne Rampillon. Nous pouvons valoriser aussi bien le travail des salariés sur les lignes manuelles que la production sur nos lignes automatisées. Nous expliquons le pourquoi de cette automatisation et rappelons qu’elle ne détériore nullement le produit et que la qualité est préservée. Des salariés peuvent aussi témoigner sur leurs métiers. Cette transparence est importante et nous sommes fiers de ce que nous produisons. »

Pour les entreprises de l’agroalimentaire, ces visites sont aussi l’occasion de vendre leurs produits en direct dans une boutique d’usine, ce qui est une source de chiffre d’affaires additionnel. « Ce n’est pas le cas de la Mie Câline, commente Anne Rampillon car nous avons déjà une boutique à proximité, dans le centre-ville de Saint-Jean-Monts. Nous ne faisons pas ces visites dans un but commercial. »

UNE PRÉPARATION MINUTIEUSE

Le métier d’une entreprise, c’est en effet de produire et non d’accueillir des visiteurs. Or, rien ne doit être laissé au hasard quand il s’agit d’ouvrir les portes de son usine. Cela nécessite une préparation et une organisation minutieuses.

L’association Visitez nos entreprises en Pays de la Loire joue ce rôle d’accompagnement tout au long de l’année, tous secteurs confondus, de la TPE à la PME. Fondée en 2001, elle compte 62 entreprises adhérentes dans les Pays de la Loire.

« Nous les aidons à structurer leur offre de visite en fonction du public ciblé, souligne Anne-Marie Vallée. Pour cela, nous nous appuyons sur une charte qualité qui épouse le circuit de visite. Elle pointe la signalétique, l’information sur les modalités de la visite (accès, réservation, tarifs, période…). Elle prend en compte la sécurisation du parcours, tant pour le visiteur que pour le personnel. L’entreprise doit prévoir un parcours qui montre les différentes étapes de fabrication, mais aussi veiller au respect des normes sanitaires ainsi qu’à une bonne qualité d’écoute (bruit ambiant des machines, taille du groupe). La clé d’une visite réussie, c’est de bien calibrer son discours. Une fois que le format est mis en place, il peut être dupliqué et adapté en fonction des groupes. Si l’entreprise est convaincue et motivée par une telle démarche, les contraintes se limitent à trouver du temps pour organiser ces rendez-vous. » Reste juste à trouver les « personnes en interne pour mener ces visites », sourit Anne Rampillon de La Mie Câline.

7E JOURNÉES RÉGIONALES de la visite d’entreprise en octobre 2022

Cette année, l’événement aura lieu du 27 au 29 octobre en région Pays de la Loire. Programme et liste des entreprises participantes à découvrir sur le site Visiteznosentreprises.com.