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Patrimoine historique : la Vendée épinglée par la Chambre régionale des comptes

Malgré un fort potentiel touristique, les sites patrimoniaux gérés par le Département de la Vendée accusent un déficit structurel record de 8,4 millions d’euros en 2024. La Chambre régionale des comptes Pays de la Loire pointe l’absence d’un plan pluriannuel d’investissements et de stratégie spécifique de valorisation.

L'abbaye de Maillezais (Vendée).

L'abbaye de Maillezais (Vendée). Alexandre LAMOUREUX

Un fort potentiel touristique, mais des comptes dans le rouge. Dans un rapport publié le 15 décembre dernier, la Chambre régionale des comptes (CRC) Pays de la Loire livre un diagnostic critique de la gestion patrimoniale du Département de la Vendée.

Porté par une politique volontariste d’acquisitions et de restaurations initiée à la fin des années quatre-vingt, dans un double objectif de développement de territoire et de valorisation de l’histoire vendéenne, ce patrimoine se compose actuellement de six sites classés : le haras de la Vendée, le logis de La Chabotterie, l’abbaye de Nieul-sur-l’Autise, le château de Tiffauges, le prieuré de Grammont et l’abbaye de Maillezais.

Sur la période 2020-2024, la Vendée est le département ligérien consacrant le plus de dépenses par habitant à la culture et au patrimoine. Toutefois, cette politique ne s’inscrit pas dans une stratégie globale formalisée. « Si des réflexions sont en cours sur certains sites, elles ne sont pas rattachées à une stratégie d’ensemble », relève la CRC. À ce titre, elle recommande au département de « formaliser une stratégie globale en matière de patrimoine historique intégrant les enjeux actuels en termes d’évolution de population et de ses usages ».

Valorisation du patrimoine : peut mieux faire

Les sites historiques sont globalement en bon état, à l’exception du site de Maillezais. En 2024, le Département de la Vendée a réalisé des constats d’état mettant en évidence des besoins de restauration et de conservation. « Ces constats doivent encore être complétés par des diagnostics techniques et des éléments de chiffrage et de prospective », note la chambre régionale. Si les enjeux de conservation semblent donc relativement modérés, la CRC s’inquiète pourtant de l’absence de programmation de travaux, un « défaut » qui présente, selon elle, des « risques pour l’avenir ». C’est pourquoi elle préconise la mise en place d’un plan pluriannuel d’investissement et de maintenance sur ce patrimoine.

Le rapport de la CRC s’intéresse aussi à la politique d’exploitation touristique des sites tournée vers l’animation et les spectacles avec « une offre riche et diversifiée », et une médiation scolaire « particulièrement développée ». Si les tarifs proposés sont « attractifs », l’offre est essentiellement tournée vers les familles, « au risque de négliger d’autres publics adeptes des visites lors des vacances scolaires ou en quête de contenus plus approfondis » prévient l’instance régionale.

Ainsi, malgré un fort potentiel touristique porté par ses atouts naturels, la présence du Puy du Fou (2,8 millions de visiteurs en 2024) et l’organisation de grands événements comme le Vendée Globe (2 millions de visiteurs en 2024), le Département ne dispose pas de stratégie spécifique pour la valorisation de son patrimoine qui a attiré 151 000 visiteurs en 2024 (hors événementiels et événements gratuits, comme les marchés de Noël). La juridiction préconise de formaliser un projet pour chaque site historique. Chacun devra définir précisément l’identité et l’orientation d’exploitation et y ajouter un volet conservation.

Un modèle économique structurellement déficitaire

Pour le gendarme régional des finances publiques, la valorisation des monuments historiques appartenant au département de la Vendée présente « un modèle économique structurellement déficitaire ». Dans un contexte où les recettes des exercices 2020 et 2021 ont été affectées par la crise sanitaire, l’exploitation des sites accuse en effet un déficit croissant. Entre 2020 et 2024, son montant a plus que doublé, passant de 4 millions d’euros à 8,4 millions d’euros sur le seul budget principal. La chambre régionale alerte sur le niveau atteint par ce déficit d’exploitation, alors que la perspective de nouveaux travaux de conservation nécessite de dégager des marges de manœuvre.

« Ces marges de manœuvre sont de deux ordres », détaille la CRC. D’un côté, « l’accroissement des recettes grâce au réagencement des boutiques, le développement du tourisme d’affaires et des autorisations d’occupation temporaires ». De l’autre, « la maîtrise des dépenses de prestations artistiques d’animations et de spectacles ». En 2023, celles-ci représentaient 34 % du déficit d’exploitation.

Un soutien conséquent aux communes, concentré sur les édifices religieux

En marge de son rapport, la chambre régionale des comptes note que le Département apporte un soutien technique et financier important aux communes et aux propriétaires privés pour leur restauration de leurs édifices patrimoniaux, protégés ou non. « Cette politique volontariste apporte, selon la Direction régionale des affaires culturelles, une réelle plus-value sur le patrimoine protégé », observe la CRC, sans apporter, cette fois-ci, de recommandation.

Sur la période 2020-2024, plus de 10 millions d’euros ont ainsi été versés pour un montant de 44 millions d’euros de travaux. « Les subventions attribuées sont donc supérieures aux moyens que le département a consacrés à la conservation de son propre patrimoine », relève la chambre. Les communes représentent 73 % des bénéficiaires et ont reçu 93 % des subventions. 86 % des subventions attribuées l’ont été au profit d’édifices religieux : abbayes, églises, prieuré, chapelle.