Couverture du journal du 27/11/2020 Consulter le journal

Medef 44 : Des réponses, mais, surtout, beaucoup de questions

En réunissant des chefs d'entreprise, managers et responsables RH autour de la problématique de la crise qu'ils traversent, le Medef 44 a pu faire passer des messages importants pour l'après.

Chaises espacées, masques pour tous… La dernière réunion du club RH du Medef 44, mardi 21 juillet, n’était de toute évidence pas comme les précédentes, avant le confinement. Les chefs d’entreprises, consultants ou responsables RH présents, avaient plus de questionnements que de réponses toutes faites face à une crise, ils sont unanimes, qui n’est pas derrière nous. La réunion, qui souhai-
tait évoquer ses conséquences sur les plans sanitaire, social et économique sur les entreprises, a été l’occasion d’échanges entre des participants qui avaient besoin d’exprimer leur vécu, et de prendre des informations sur la suite, dans un paysage bouleversé et mouvant, y compris sur un plan juridique. Mais aussi sur des aspects psychologiques, dont tous ne semblent pas mesurer l’importance pour eux-mêmes. « Le Medef a essayé d’être présent auprès des chefs d’entreprise, explique Anne-Marie Flament, administratrice du Medef 44. Mais à côté du besoin de soutien sur les questions opérationnelles et juri­diques, on doit être aussi attentif au fait de prendre soin de soi. Pour entraîner nos équipes, il faut qu’on soit en capacité de se poser, et de prendre du temps avant de devoir franchir des montagnes… En sachant qu’on en a passé une mais qu’il y en a des grandes qui se mettent devant nous, avec les crises économiques et sociales qui se profilent. »      

UNE PLUS GRANDE TRANSPARENCE DANS LA RELATION CLIENT

Pour introduire les problématiques, les organisateurs ont choisi de donner la parole à Yves Schwartz, directeur général adjoint du Crédit agricole Atlantique Vendée (2 200 salariés) qui explique comment la banque, considérée comme activité essentielle, a géré la crise pendant le confinement. « On a réussi à mobiliser toutes nos forces et à organiser les choses d’une manière que l’on n’imaginait pas, témoigne-t-il. On a été jusqu’à parvenir à délocaliser une partie des plateformes téléphoniques au domicile des collaborateurs… et à équiper tous les salariés en télétravail très rapidement. Mais nous avions l’obligation de maintenir également une présence physique, nous avons maintenu 100 sur 160 agences ouvertes. Et pour les chefs d’entreprise, on a mis rapidement en place une plateforme télé­phonique, composée de sept collaborateurs dédiés. » 

La soudaineté de la crise revient comme un leitmotiv, de même que son « universalité », ce qui, presque paradoxalement, aurait permis un dialogue d’une meilleure qualité avec les clients. « Il n’est jamais arrivé que l’économie s’arrête de manière aussi 
brutale, constate Yves Schwartz. Habituellement, lors d’une crise, elle se dégrade petit à petit, de manière continue. D’habi­tude, un client en difficulté a du mal à nous en parler parce que cela représente une forme d’échec personnel. Dans cette crise, brutale, externe, il n’y avait pas de barrière pour parler des diffi­cultés, plus de transparence, moins de rapports de force. On a tous vécu la même chose et il en ressort quelque chose de posi­tif aussi dans la manière dont on va avoir à gérer la suite. »  

« POURSUIVRE LE DIALOGUE »

Les conséquences humaines sont également mises en avant pour ce qui concerne les relations internes dans les entreprises. Cohésion, collectif, solidarité, dialogue social plus fluide sont des termes beaucoup utilisés par les participants pour définir, encore une fois, certains des aspects positifs de cette situation extrême. Le dialogue social s’est quelque peu réinventé pendant cette crise, avec des réunions de CSE très fréquentes comme au début du confinement au Crédit agricole Atlantique Vendée. Même si certains, constatent qu’aujourd’hui des mouvements sociaux se profilent, face aux pressions dans certains secteurs comme l’agroalimentaire ou aux risques de plans sociaux.  Un dialogue qui est, de plus, encore à l’ordre du jour, ne serait-ce que pour mettre en œuvre les dernières dispositions gouvernementales concernant l’organisation et le temps de travail. 
« Le dispositif ARME*, par exemple, récemment proposé, n’est possible que sur la base d’un accord d’entreprise, précise Yann Le Mitouard, responsable du service juridique du Medef 44.  Tous les derniers dispositifs nécessitent des accords collectifs, donc nous insistons sur la nécessité de discuter, quelle que soit la taille de l’entreprise, et d’aller vers ces accords, même si vous avez trois salariés… » Profiter de ce moment d’après confinement pour poursuivre les échanges « qu’ont beaucoup apprécié les salariés pendant cette période, qui ont constaté globalement qu’on était dans l’échange, et dans une vérité partagée », souligne Anne-Marie Flament. Je pense que ce sont des bonnes bases pour poursuivre ce dialogue. » 

NE PAS NÉGLIGER L’ASPECT PSYCHOLOGIQUE 

Pour clore la soirée, Ana-Sofia Leclerc, consultante psychologue senior chez Moreno Consulting, insiste sur la nécessité pour le chef d’entreprise de « prendre soin de soi ».  Droit à la déconnexion, équilibre vie privée/vie familiale, chacun recon­naît que pendant cette période de confinement, les managers ne se sont globalement pas épargnés. « Je me suis rendue compte qu’à un moment, mon ordinateur était allumé de 8 h le matin à plus de 20 h, que le midi je faisais à manger en continuant à travailler, que mon ordinateur était en surchauffe. Au bout de deux mois de sécurisation des équipes, de veille sur les tensions des collaborateurs, je me suis dit qu’il fallait que je fasse attention », explique une manager dans une mutuelle.  Ce à quoi la psychologue répond : « On sait que le temps de concentration moyen est d’une heure ou une heure trente. Il faut savoir faire des pauses. »  Profiter des vacances estivales pour recharger ses batteries et « affronter » la deuxième vague prévisible de septembre, tel est le prochain défi… * Activité réduite pour le maintien de l’emploi, destinée à assurer le maintien dans l’emploi dans les entreprises confrontées à une réduction d’activité durable qui n’est pas de nature à compromettre leur pérennité