Patrick Poirier est né à Nantes en 1942 dans le quartier du Bouffay. L’année suivante, son père, jeune avocat de trente ans, est tué dans les bombardements qui détruisent le centre-ville. Son grand-père ira reconnaître le corps de son fils dans la chapelle ardente alors installée dans le Patio du Musée des beaux-arts. C’est dans ce même Patio, que le duo expose, jusqu’au 30 août, son impressionnante Odyssée de l’oubli constituée de 94 céramiques blanche posées sur un lit de plumes.
Ces céramiques, dont les formes pourraient rappeler les trulli, maisons du village d’Alberobello en Italie, sont nées d’un rêve réalisé par Anne Poirier dont elle est la protagoniste aux côtés de leur fils Alain-Guillaume, disparu en 2002 à l’âge de trente-trois ans, au moment même du retour de la guerre en Ukraine.
L’installation se présente comme une cité imaginaire dont le plan schématique réalisé en laine évoque la forme d’un cerveau, motif récurrent dans le travail du couple. Odyssée de l’oubli rappelle l’ancienne croyance grecque qui associait l’heure de midi au monde des spectres, lorsque le soleil efface les ombres et que ces dernières sont nommées « défunts ».
La violence de l’histoire
« Lors d’un voyage au Cambodge, qui entrait alors dans la guerre, nous nous sommes aperçus qu’un artiste pouvait parler des choses difficiles, de la violence et de la disparition des cultures », rappelle Patrick Poirier. « L’autre tragédie de notre existence est la perte de notre fils à l’âge de trente-trois ans d’une maladie orpheline incurable. Il était voyageur et musicien, c’était un jeune de son époque. Il faisait une thèse d’État sur le son dans l’art contemporain. J’ai rêvé que j’étais avec lui dans un paysage de collines très douces, très blanches, avec une lumière magnifique. J’étais tellement heureuse d’être avec lui… Nous voyons alors, en contrebas, un village elliptique avec des bâtiments à la base circulaire… Nous rentrons dans la ville, les rues sont labyrinthiques et, à un moment, mon fils disparaît. Je le cherche et m’aperçois que je suis dans une nécropole… Patrick m’a dit qu’il fallait en faire une œuvre ».
Après une tentative avortée, la proposition du Musée d’arts à permis de la réaliser. « Ce travail, la cité des ombres, est un hommage non seulement au père de Patrick et à notre fils, mais aussi à tous les disparus et victimes de la violence de l’histoire ». Le couple présente également d’autres œuvres, dont L’incendie de la grande bibliothèque et Danger Zone dans la chapelle de l’Oratoire.
« Odyssée de l’oubli », Anne et Patrick Poirier
Musée d’arts de Nantes
Jusqu’au 30 août 2026