Couverture du journal du 25/09/2020 Consulter le journal

Le territoire se mobilise pour l’apprentissage

Alors que le gouvernement table sur une baisse de 30% des contrats d’apprentissage à la rentrée 2020, les acteurs du territoire se mobilisent pour sauver ce mode de formation. Et approuvent en partie les mesures annoncées la semaine dernière.

Carpenter Training Female Apprentice To Use Plane

Avec 11 000 apprentis, « la Loire-Atlantique est un département très actif, précurseur, témoigne Laurence Vernay, vice-présidente de la CCI Nantes St-Nazaire en charge de la formation. Nous avons très vite été inquiets au début du confinement avec quelques ruptures de contrats d’apprentissage pour des entreprises en difficulté. Et la perspective d’une rentrée catastrophique car les inscriptions se font en avril, mai et juin. Nos CFA ont heureusement pu assurer une continuité pédagogique. »

Avec la crise, le gouvernement estime à 30% la baisse de contrats pour ce type de formation. La ministre du Travail Muriel Pénicaud a annoncé le 4 juin une série de mesures pour encourager les entreprises à maintenir leur niveau de contrats en apprentissage. Augmentation de l’aide à l’embauche pour les entreprises avec 5000€ pour un mineur et 8000€ pour les plus de 18 ans jusqu’à la licence professionnelle. Et un allongement de la durée de recherche d’un contrat, qui passe de trois à six mois et permet à l’étudiant de rester en formation le temps de décrocher une embauche en apprentissage.

Des problèmes de recrutement

Des mesures saluées par les acteurs du territoire. « Ce plan nous va bien puisque l’aide financière est conséquente et revient pour l’entreprise à ne rien avoir à payer pour la première année », estime Laurence Vernay. « Et il est rassurant pour un apprenti d’avoir six mois, donc jusqu’à février, pour trouver un contrat au lieu de trois. » 

Même satisfaction pour le GNI Grand Ouest, syndicat professionnel des CHR : « Ce sont des mesures excellentes. Le gouvernement a bien compris nos attentes », souligne Catherine Quérard, sa présidente.

Dans ce concert de louanges, quelques bémols néanmoins. « Pour l’instant, ce ne sont que des annonces, il n’y a pas de texte. Ce sont des orientations intéressantes, mais nous attendons confirmation, explique Bruno Leclerc, délégué régional de la Capeb Pays de la Loire, syndicat de l’artisanat du bâtiment. Les entreprises sont conscientes que le fait de ne pas former aujourd’hui génèrera un manque de main-d’œuvre demain mais quand on ne sait pas comment évoluera le carnet de commandes, c’est difficile de se projeter.»

Bruno Leclerc, délégué régional de la Capeb Pays de la Loire

Outre ces difficultés économiques, conséquentes dans des secteurs qui recrutent en apprentissage (bâtiment, CHR, artisanat, industrie…), le confinement a provoqué une certaine frilosité du recrutement du fait des distances sociales imposées. « Il est difficile pour une entreprise de recruter sans avoir rencontré les jeunes. Et, de leur côté, les jeunes ont été perturbés dans leur orientation car ils n’ont pas pu réaliser de stage, de visites en CFA ou en entreprise pour vérifier ce qui leur convenait », explique encore Bruno Leclerc.

Une difficulté relayée également par le GNI Grand Ouest, syndicat des industries du CHR. « Nous avons du mal à trouver des candidats, déplore sa présidente Catherine Quérard. C’est une catastrophe car ce sont les forces vives de demain. Je milite pour plus d’apprentissage jusqu’à bac+5 et tout au long de la vie. Aujourd’hui, beaucoup d’apprentis dans notre secteur sont en reconversion, certains à la trentaine, ils veulent faire des métiers qui ont du sens, des valeurs et plus de contacts humains. Ça n’est pas le moment de lâcher l’apprentissage après des années d’effort pour le valoriser. »

À la CCI, Laurence Vernay estime ainsi que sept apprentis sur dix sont embauchés à l’issue de leur apprentissage. « Nous avions même réussi à montrer la valeur de cette formation à tous les niveaux de diplômes, même auprès des grandes écoles qui pouvaient regarder un peu de haut ce type de formation moins académique. »

C’est d’ailleurs là que le bât blesse dans le plan annoncé : les aides économiques à l’embauche ne concernent pas les formations au-delà de bac+3. « On peut le déplorer. L’apprentissage fonctionne aussi très bien pour les bac+4 et bac+5, ajoute Laurence Vernay. On verra si le plan évolue.»

Fédérer les acteurs

Laurence Vernay, vice-présidente de la CCI Nantes-St Nazaire en charge de la formation.

Audencia propose justement de l’apprentissage pour les bac+3 et bac +5, soit près de 200 apprentis. « Avec les mesures annoncées, on peut estimer qu’au-delà de la licence les centres de formation, les apprentis et les entreprises sont un peu livrés à eux-mêmes, considère Claude Lombard, directrice pour la Vie étudiante et les Admissions. C’est pénalisant pour ceux qui veulent choisir l’apprentissage. En même temps, cette décision est en partie compréhensible puisqu’on peut estimer qu’à bac+5 les étudiants bénéficient déjà d’expériences, à travers différents stages et ont peut-être même déjà trouvé un contrat d’apprentissage. Le contexte économique aujourd’hui remet un peu tous les étudiants sur un même pied. Ce n’est plus seulement l’expérience acquise qui sera déterminante, mais aussi l’environnement économique qui rend les entreprises frileuses à engager un jeune en apprentissage. C’est là qu’on peut s’étonner car le contexte économique touche tout le monde. » Audencia ne relève pas de souci particulier pour trouver un contrat d’apprentissage pour les élèves engagés dans le programme Grande école pour les filières de conseil, cabinet d’audit et banque. Même si Claude Lombard constate que la mise en place des contrats prend plus de temps que d’habitude. En revanche, le programme dédié à la communication est affecté : « Le secteur est touché par la crise et on sent que les étudiants ont du mal à trouver des offres, à entrer en contact avec des entreprises. » Un groupe de travail sur le sujet a été mis en place au niveau de la conférence des grandes écoles.

La CCI reste quant à elle optimiste. « Nous poursuivons notre action au niveau national et au niveau du territoire pour encourager l’apprentissage, explique Laurence Vernay. Notre département est soudé sur ce sujet avec les syndicats patronaux. Tout le monde est conscient qu’il est de la responsabilité des entreprises de conserver au maximum l’apprentissage. » Des opérations de communication à destination des entreprises mais aussi des acteurs politiques et institutionnels vont être lancées. Du côté du bâtiment, la Capeb Pays de la Loire entend se mobiliser fin juin. 


En chiffres

La Loire-Atlantique compte 2200 apprentis pour l’année 2019-2020 dans le BTP, 800 dans le CHR.