Couverture du journal du 23/02/2024 Le magazine de la semaine

Le premier cargo à voile naviguera en 2025

Jean Zanuttini, président de Neoline Développement, a annoncé le 18 janvier à Nantes la mise en chantier du premier Neoliner, cargo roulier de 136 mètres à propulsion principale à la voile. Sa réalisation est confiée au chantier naval turc RMK Marine.

Neoliner Neoline cargo à voile solid sail

Les voiles permettront au Neoliner de réduire sa consommation de combustible de 80 %. © Mauric-Neoline

Le premier voyage du cargo à voile de Neoline prévu mi-2025 entre Saint-Nazaire et Baltimore (États-Unis), avec escale à Saint-Pierre-et-Miquelon et Halifax (Canada), va être scruté de près par tous les acteurs du monde maritime et les entreprises exportatrices, en attente de solutions de transports décarbonées, conformes aux attentes environnementales. La filière vélique constituée en France est à la pointe dans le domaine. Et ce n’est pas un hasard si le projet de Neoline est soutenu et cofinancé par CMA CGM, Ademe Investissement, Corsica Ferries, Louis Hardy SAS, la Banque des Territoires et la Région.

Vers des navires 100 % décarbonés

Vincent Seguin, CEO du cabinet d’architecture Mauric, en charge des études de conception de la gamme de navires Neoline, est conscient de l’enjeu : « Pour Neoline, Mauric, Chantiers de l’Atlantique, c’est l’occasion de démontrer la viabilité de ce modèle, d’améliorer nos solutions. En 2025, on aura un navire qui va pouvoir opérer dans l’Atlantique Nord. On va tous pouvoir convaincre nos clients d’aller dans cette direction, que c’est fiable, que les performances sont atteintes, que les navires sont ponctuels et que l’on peut mettre en place des lignes régulières. Et surtout, qu’ils sont performants sur le plan environnemental. Une fois que cela sera fait, nous irons vers de futurs navires zéro émission, cargos ou autres. Nous avions tous besoin, armateurs, industriels, bureaux d’études, de cette première étape. » Ce que confirme Jean Zanuttini, président de Neoline Développement : « L’objectif de cette première ligne est de démontrer que le vent peut à nouveau être utilisé comme énergie principale de propulsion tout en permettant de réaliser un service de transport industriel ponctuel et compétitif. Combiné à une vitesse commerciale plus réduite, de onze nœuds, nous visons une réduction de la consommation de combustible et donc des émissions associées de plus de 80 %. » « Nous sommes déjà à travailler sur les 20 % restants, précise Vincent Seguin, car c’est bien le challenge des prochaines années. Nous comptons capitaliser sur ce retour d’expérience pour proposer des solutions de navires 100 % décarbonés ».

Mauric, qui renoue ainsi avec une longue histoire de design de voiliers, a consacré plus de 5 000 heures d’études au Neoliner.

Jean Zanuttini Neoline Développement

Jean Zanuttini, président de Neoline Développement et Neoline Armateur (à d.)
a commandé le premier cargo à voile au
chantier naval RMK Marine représenté par son PDG Adnan Nefesoğlu (à g.), ici devant Laurent
Castaing, PDG des Chantiers de l’Atlantique. © Éric Cabanas

Une technologie révolutionnaire

Le projet du cargo à voile a démarré sous forme associative en 2011, rappelle Jean Zanuttini (en société depuis 2015), « pour démontrer ce que pouvait être un navire du futur vu par des marins, c’est-à-dire un navire raisonnable dans les technologies envisagées, qui les combine avec une gestion opérationnelle adaptée. Cette dualité technologie/opérationnel est au cœur de notre ADN et permet de mettre en place des solutions à la fois réalistes et très ambitieuses en termes de performance environnementale », soutient le dirigeant.

L’arrivée de la solution « Solid Sail », pensée et développée par les Chantiers de l’Atlantique, a permis de sécuriser le projet, techniquement, avec l’intégration du gréement, mais aussi avec des performances et une solution viable. Composé d’une voilure de 3 000 m2, 100 % composite, performante et pliable et de deux mâts de 76 mètres chacun, ce gréement révolutionnaire sera le système de propulsion principal de ce navire de charge de 136 mètres de long. Les mâts pourront s’abaisser pour permettre au navire de passer sous un pont. « Il s’agit d’un premier jalon majeur de cette évolution de l’activité, qui peut laisser présager d’une utilisation élargie des gréements « Solid Sail » au-delà du secteur de la croisière », souligne Laurent Castaing, PDG des Chantiers de l’Atlantique.

La réalisation de ce premier cargo à voile a été finalement confiée au chantier naval turc RMK Marine, arrivé deuxième de l’appel d’offres. Les conditions économiques évoluant, elles n’ont en effet pas permis de poursuivre avec l’offre du groupement Neopolia.

D’ici trois mois, Mauric va mener avec le chantier naval RMK Marine, les premiers essais en bassin, les plans de structures d’ici l’été et l’intégration du gréement Solid Sail. L‘objectif pour le chantier est de découper la première tôle en septembre 2023.

L’annonce du lancement du chantier est une étape majeure pour Jean Zanuttini, président de Neoline Développement, « engagé avec de nombreux partenaires et 46 associés qui ont permis d’assumer cette longue gestation ». 1 000 personnes ont investi dans le projet Neoline à travers une plateforme participative.

Une filière vélique française forte

« Nous avons décidé de créer un lien direct qui permettra d’importer et d’exporter directement entre Saint-Nazaire et Saint-Pierre-et-Miquelon, avec une durée de trajet de huit jours contre une vingtaine actuellement », explique encore le président de Neoline Développement et Neoline Armateur.

Les premiers clients « chargeurs » se sont déjà engagés à utiliser le Neoliner pour transporter leurs produits vers les États-Unis, comme Manitou (qui réalise 80 % de son CA à l’exportation), Bénéteau, Hennessy (99 % du CA à l’export), Renault, Longchamp, Michelin, Clarins ou Rémy Cointreau…

« Les volontés sont là pour aller plus loin, de nombreux acteurs s’intéressent aux travaux menés et sont prêts à envisager des projets extrêmement ambitieux dans les prochaines années. Notre rôle va être de monter en compétences et capacités et d’être capables de répondre à toutes ces attentes. Une véritable filière s’est montée, particulièrement forte en France, nous sommes leaders mondiaux dans le domaine. Notre second objectif est de renouveler ce succès le plus rapidement possible, en suscitant la création d’une véritable flotte à propulsion principale par le vent. Il s’agit là de l’opportunité inédite de faire notre part de la transition énergétique et de reprendre le fil de l’histoire du transport maritime à la voile », prévient Jean Zanuttini.

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