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Le « jeu à la nantaise », clé des défis de la transition

Dans le cadre de l’Université Jules Verne organisée le 27 juin dernier à Nantes par le Medef, la table ronde « De la terre à la Lune » a été l’occasion d’échanges sur les capacités du territoire à s’entendre pour relever les défis de la transition. Parmi les pistes évoquées par les témoins : renforcer le collectif, accélérer le financement de l’innovation et s’attaquer à l’épineux sujet du foncier.

Yann Trichard, Richard Thiriet,Yuna Josse et Anne-Sophie Alsif

De g. à d. : Yann Trichard, Richard Thiriet, Yuna Josse et Anne-Sophie Alsif. Photo NLP-IJ

Animée par Jean-Charles Verdalle, speaker du FC Nantes, dans un stade de la Beaujoire privatisé pour l’occasion, cette table ronde a d’abord été l’occasion d’établir un diagnostic du territoire. « Notre particularité territoriale est d’avoir un socle industriel solide, qui fait qu’on a un équilibre économique et social puissant », a attaqué Yann Trichard, président de la CCI Nantes St-Nazaire. Des propos validés et complétés par Richard Thiriet, secrétaire du Conseil régional et conseiller de Nantes métropole : « L’industrie est effectivement forte dans la région : le secteur représente 17 % des emplois alors que la moyenne française est de 11 %. » Autre indicatif au vert : « Le territoire n’est pas loin du plein-emploi. On affiche également une belle performance en termes de créations d’entreprises et l’attractivité du territoire est là comme le montrent les soixante mille emplois portés par les investissements d’entreprises étrangères. »


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« Ce qui fait aussi la typicité de notre territoire, c’est sa capacité plurielle », a poursuivi le président la CCI. « Nous travaillons depuis très longtemps à maintenir une industrie territoriale, qui a servi de socle à la construction collective de dynamiques nouvelles dans les domaines où l’on n’était pas fort. » Rebondissant sur cette notion de coopération, Richard Thiriet s’est félicité d’être dans une « une région où l’on sait travailler ensemble grâce aux clusters et pôles de compétitivité. Néanmoins, il va falloir continuer à apprendre à collaborer parce que les entreprises n’ont pas du tout les mêmes armes face aux enjeux de la transition écologique ».

« La transition constituera une opportunité incroyable »

Un point sur lequel l’a rejoint Yann Trichard : « À partir du moment où l’on travaille ensemble, on a la capacité d’être plus résilient, fort, efficace et réaliser plus de croissance positive dans une logique de transition. En s’appuyant sur la coopération, la transition constituera une opportunité incroyable pour transformer notre manière de faire et prendre un avantage concurrentiel dans notre développement économique. »

À la tête de Saunier-Duval, entreprise nantaise qui fabrique des chaudières et pompes à chaleur, Yuna Josse a illustré comment cet esprit collaboratif est source de résilience pour les entreprises du territoire : « Saunier-Duval a entrepris sa transition écologique en passant de la chaudière à la pompe à chaleur. Nous sommes actuellement en difficulté, car on vit un creux d’activité depuis l’été 2023. Ce qui fait qu’on a été amenés à “prêter” près de cent collaborateurs à Airbus, ACB, Vorwerk… La vraie force du territoire, c’est la capacité de la collectivité à nous mettre en relation les uns les autres pour arriver à traverser les épreuves. »

Malgré un jeu « à la nantaise » déjà bien ancré sur le territoire, le président de la CCI reste convaincu qu’il reste une marge de progrès : « On va chercher systématiquement loin des solutions qui existent la plupart du temps près de chez nous. En réalité, on s’entraide mais on ne bosse pas encore assez ensemble comme peut le faire la Vendée. Il faut qu’on commence par se faire confiance nous-mêmes pour que nos PME deviennent des ETI, et que nos TPE deviennent des PME. »

« Accepter le fait qu’on ne puisse pas accueillir tout le monde »

Interrogé sur les freins à lever pour aller plus loin dans cette coopération, Yann Trichard a évoqué l’épineuse question du foncier : « Il faut qu’on traite le sujet du zéro artificialisation nette (ZAN), car c’est probablement celui qui peut le plus nous contraindre dans notre développement économique territorial. Notamment dans nos capacités à accompagner les entreprises industrielles à changer d’échelle comme Airbus ou les Chantiers de l’Atlantique. Le territoire a besoin d’espaces pour accueillir de nouveaux acteurs et le ZAN va impliquer une nouvelle façon de travailler dans l’industrie. Néanmoins, il faut accepter le fait qu’on ne puisse pas accueillir tout le monde et permettre d’abord aux industries qui sont là de pérenniser leur place. »

« On voit effectivement énormément d’entreprises qui ont des projets d’installation sur le territoire mais on a un problème de foncier pour les accueillir », a abondé l’élu, avant que Yuna Josse ne partage le même constat : « Le principal frein à notre développement chez Saunier-Duval, c’est également le foncier. Aujourd’hui, nous avons besoin d’entrepôts logistiques à proximité du centre-ville et de notre usine, mais il est impossible d’en trouver. On est plusieurs dirigeants dans ce cas, et c’est un sujet qu’on doit traiter collectivement. »

Priorité à la réindustrialisation des villes

Évoquant les priorités stratégiques et défis à relever pour le territoire, l’élu Richard Thiriet a d’abord évoqué l’innovation : « Actuellement, on ne la finance pas assez alors qu’il s’agit d’un axe fort de développement pour la région. Par rapport à d’autres régions de France, on la finance quasiment deux fois moins. » Concernant l’enjeu de la transition numérique, l’élu a rappelé qu’il fallait « continuer à accompagner acteurs et entreprises. Notamment autour de la question de la cybercriminalité. Il va falloir qu’on soit à la fois dans le préventif, mais aussi dans le curatif. Il y a enfin la question de l’IA et la façon dont elle va entrer dans notre façon de travailler et dans les métiers de demain ».

Pour Yuna Josse, la priorité est de « réindustrialiser l’intérieur des villes pour réussir notre transition écologique. Car ce sera en s’appuyant sur le collectif qu’on arrivera à être réactifs. Pour que le collectif fonctionne, il faut qu’une diversité de secteurs soit représentée ». « Si l’un d’eux rencontre des difficultés, les autres seront là pour prendre le relais », a confirmé en guise de conclusion Yann Trichard.