Couverture du journal du 26/11/2021 Consulter le journal

La Vendée séduit les internes pour enrayer la désertification médicale

Le Conseil départemental de Vendée vient de signer une charte pour proposer des colocations semestrielles meublées de qualité et à loyer modéré aux internes en médecine. Objectif : les attirer lors de leurs stages d'internat pour qu'ils aient envie de s'installer ensuite sur le territoire.

signature charte internes medecine

De gauche à droite Docteur Detavernier, représentant des médecins généralistes, Alain Leboeuf, président du conseil départemental de Vendée et Nicolas Chénéchaud, conseiller départemental délégué à la démographie médicale et adjoint au maire des Sables d’Olonne en charge du développement de l’offre de soins ©IJ

D’un côté, une centaine d’internes en médecine qui effectuent leur stage en Vendée chaque année. De l’autre, un département où 10% de ses habitants n’ont pas de médecin traitant. La Vendée compte en effet 7 médecins généralistes pour 10 000 habitants contre 9 en moyenne française. Et alors même que la population s’accroît (+0,7% par an) et vieillit : les 75 ans et plus représentent 10,9% des habitants contre 9,3% en France.

Pour lutter contre la désertification médicale, et faute d’une réponse rapide de l’Etat, Alain Leboeuf, président du Conseil départemental de Vendée, a pris le taureau par les cornes : « Même si la santé n’est pas une compétence qui relève du département, nous avons élaboré et signé avec les deux syndicats nationaux des étudiants en santé (ANEMF et IMG) et deux syndicats régionaux une charte des hébergements territoriaux ». Une première en France.

Des colocations de qualité pour inciter à s’établir

Il s’agit de mettre à leur disposition des colocations meublées de qualité, répondant à leurs besoins et à leur portefeuille. En effet, dépendant de la faculté de Nantes pour leurs cours, les internes en poste en Vendée pendant leur six mois de stage annuels sont contraints de jongler entre deux logements pendant la durée de leur internat (entre trois et cinq ans). « L’hébergement est un vrai enjeu pour leur qualité de vie, certains préférant faire la route tous les jours faute d’un logement adapté sur leur lieu de stage », indique le docteur Detavernier, installé depuis trois ans à Luçon. Et s’ils ont pu apprécier la vie locale et nouer des contacts amicaux et professionnels pendant leur internat, il y a fort à parier qu’ils reviendront en terre connue pour s’installer. C’est le pari que fait le département de Vendée.

10 000 euros pour l’achat de mobilier

Pour ancrer durablement les internes, le Département va aider financièrement les communes – en adéquation avec les endroits où se trouvent les maîtres de stage en ambulatoire agréés (médecins généralistes) – à créer ou à rénover des colocations en leur apportant une subvention de 10 000 € pour l’achat du mobilier et de l’électro-ménager. Selon la charte, les logements, meublés, doivent pouvoir accueillir trois internes au minimum, disposer d’une chambre individuelle, d’une cuisine équipée, d’un espace de travail, d’un espace commun et d’une place de stationnement. Ils doivent en outre être situés à proximité des services et accessibles aux personnes à mobilité réduite. Le tout pour 200€ par mois environ par étudiant.

LSO habitat interne en médecine

Aux Sables d’Olonne, les internes disposent de deux maisons individuelles de trois chambres, de quatre appartements T3 et d’un studio ©LSO

La Vendée veut créer un catalogue d’hébergements

Le modèle a déjà été déployé avec succès aux Sables d’Olonne où sept colocations sont dédiées aux futurs médecins. Les communautés de communes qui disposent déjà d’un internat lié à leur hôpital (Les Herbiers, Fontenay-le-Comte ou Challans), se disent intéressées par la démarche. À la Roche-sur-Yon, 60 logements étudiants sont même en construction. À terme, le Département espère pouvoir proposer un catalogue d’hébergements à même de susciter les vœux des internes de la faculté de Nantes. « Cette démarche aura aussi pour vertu à l’avenir de remplir plus facilement les maisons médicales ou de santé », argue Alain Leboeuf.

Un arsenal de mesures en Vendée

La signature de cette charte complète un arsenal de mesures pour rééquilibrer l’offre de soins en Vendée. Dès l’installation de la nouvelle assemblée départementale en juillet dernier, un conseiller départemental en charge de la démographie médicale a été nommé.
Une ligne dédiée à l’aide à l’installation des médecins généralistes en Vendée sera annoncée le 17 novembre. « Allo installation » proposera une aide personnalisée pour mettre le médecin en relation avec les collectivités afin de trouver un logement, un emploi pour le conjoint, une école ou une crèche pour les enfants…
Les étudiants en médecine bénéficient également d’une bourse de 900€ par semestre pour compléter leur revenu de stage chez un médecin généraliste ou en milieu hospitalier et d’une prime de transport.

Les chiffres clés

  • 10% des Vendéens n’ont pas de médecin traitant
  • Le département compte 7 généralistes pour 10 000 habitants (9 pour 10 000 hab en moyenne France)
  • 1 urgentiste pour 5 933 interventions (1 pour 2 619 interventions en moyenne France)
  • 10,9% de la population a plus de 75 ans (9,3% en moyenne France)
  • la Vendée reçoit 5 millions de touristes par an et sa population progresse de 0,7% par an (deux fois plus qu’au national)