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La Roche-sur-Yon : l’aéroport veut devenir une référence de l’aviation d’affaires (1/2)

Implanté au nord-est de la préfecture vendéenne, à 30 minutes des plages et 45 minutes de Nantes, l’aéroport des Ajoncs dispose d’une situation géographique privilégiée. Pilotée par la CCI Vendée, l’infrastructure appartient à l’agglomération de La Roche-sur-Yon qui affiche aujourd’hui sa volonté d’en faire un outil majeur au service de l’attractivité du territoire, en misant tout particulièrement sur l’aviation d’affaires. Pour favoriser ce développement, la collectivité souhaite embarquer de nouveaux acteurs dans la gouvernance de l'équipement. 

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L'aéroport de La Roche-sur-Yon a recensé près de 20 000 mouvements en 2023 © Alexandrine DOUET - IJ

Créé il y a près de 90 ans, l’aéroport de La Roche-sur-Yon (sept salariés) s’étale sur 127 ha au cœur de la zone d’activités économique des Ajoncs, qui réunit une cinquantaine d’entreprises (Atlantic Industrie, Sepro Robotique, SD Aviation…). L’an dernier, près de 20 000 mouvements y ont été recensés[1], en recul de 12 % par rapport à 2022. « Cette baisse s’explique essentiellement par la crise énergétique, souligne Bruno Soullard, directeur général de la CCI Vendée, qui gère l’aéroport de La Roche-sur-Yon ainsi que celui de l’Île d’Yeu. Mais cela reste un très bon bilan permettant de garantir la bonne santé financière de notre équipement. Le fait de gérer nous-mêmes notre base de distribution de carburant, sans passer par un opérateur, est aussi un véritable atout. En 2023, nous avons distribué 960 000 litres de carburant, en hausse de 1 % par rapport aux trois dernières années. » La distribution de carburant représentait ainsi 1,4 M€ sur un chiffre d’affaires total de 2 M€ pour l’aéroport l’an passé. Les taxes aéroportuaires[2].En 2023, le « forfait mensuel atterrissage » à l’aéroport des Ajoncs oscillait entre 51,05 € pour un avion privé hors association et entreprise de moins de 1,5 tonne, et 2 019,64 € pour un avion de plus de 21 tonnes.

Délester Nantes Atlantique

Huit ans après l’important programme d’investissement (1,5 M€), qui a notamment permis d’agrandir la piste principale[3] et d’améliorer les services aux usagers, La Roche-sur-Yon Agglomération affiche son ambition d’accélérer le développement de l’aéroport en misant sur l’aviation d’affaires. Cette activité représente à ce jour 14 % du trafic de l’infrastructure yonnaise, qui comprend également le travail aérien (lutte contre les incendies, épandage agricole…) les vols militaires et sanitaires, ainsi que les vols loisirs et touristiques. « Alors que l’aéroport Nantes Atlantique, aujourd’hui saturé, est contraint de réduire l’accueil des vols d’affaires, nous voyons l’opportunité de renforcer ici cette activité et d’en faire un véritable levier de développement économique, résume Yannick David, vice-président de la collectivité en charge du développement économique et commercial, emploi et tourisme. Financièrement, un tel équipement devient de plus en plus lourd à porter pour la seule agglomération de La Roche-sur-Yon. Il nous semble aujourd’hui logique d’ouvrir notre gouvernance à d’autres territoires, les entreprises utilisatrices de l’aéroport étant implantées un peu partout dans le département. » Une cinquantaine d’entreprises vendéennes utilisent régulièrement l’équipement. Parmi elles : Sodebo, La Mie Câline, ou encore le groupe Dubreuil.

Un modèle juridique à définir

Des discussions sont en cours actuellement avec les territoires des Sables-d’Olonne, des Herbiers, Challans, Pouzauges ou encore Fontenay-le-Comte. Pour l’heure, le modèle juridique reste à définir. « Nous n’avons pas encore fait notre choix, mais nous pourrions nous orienter vers la création d’une société d’économie mixte (SEM) qui permettrait de faire travailler ensemble les collectivités et les professionnels usagers de l’aéroport, poursuit l’élu. Le volet opérationnel restera bien sûr aux mains de la CCI. » L’agglomération de La Roche-sur-Yon espère finaliser le dossier d’ici à 2026, c’est-à-dire avant la fin du mandat du président, Luc Bouard.

Un aéroport à la campagne

Quant à la question environnementale, Yannick David et Bruno Soullard s’accordent à dire qu’il n’est pas question d’éluder le sujet. « En juillet dernier, avec le préfet et le président du Département, nous avons définitivement acté le fait de ne pas ouvrir l’aéroport à l’aviation commerciale afin de ne pas créer de nuisances supplémentaires pour l’environnement et les riverains. Notre volonté est de garder cette image d’aéroport à la campagne, souligne Yannick David. Dans le même temps, nous devons faire preuve de pédagogie pour expliquer à quoi sert l’aviation d’affaires. On est en effet loin de l’image du milliardaire qui parcourt le monde avec son jet privé. » Parmi les solutions envisagées pour limiter l’empreinte carbone figure l’usage de carburants verts. « Notre aéroport doit devenir un porte-étendard de ces carburants décarbonés que nous devrions proposer prochainement dans notre station d’avitaillement. Nous travaillons sur ce projet en lien notamment avec le groupe Dubreuil », ajoute l’élu.

« Trouver un équilibre entre attractivité et transition écologique »

« Prendre l’avion reste indispensable à tous nos industriels disposant de plusieurs sites en France, ou à l’international, complète Bruno Soullard. Nous avons la chance d’avoir un outil qui permet à nos entreprises de ne pas perdre de temps dans leurs déplacements et de gagner en performance. Toutefois, la problématique environnementale est bien évidemment au cœur de nos préoccupations. L’aéroport de La Roche-sur-Yon est inscrit au sein du schéma régional d’aménagement et de développement durable, avec l’objectif de trouver un équilibre entre attractivité et transition écologique. Il est important de réfléchir de façon globale. »

 

[1] Un mouvement correspond à un décollage ou à un atterrissage d’aéronef sur un aéroport.

[2] En 2023, le « forfait mensuel atterrissage » à l’aéroport des Ajoncs oscillait entre 51,05 € pour un avion privé hors association et entreprise de moins de 1,5 tonne, et 2 019,64 € pour un avion de plus de 21 tonnes.

[3] L’aéroport est doté de deux pistes, une en bitume de 1 520 m de long et une autre en herbe longue de 900 m dédiée aux planeurs et ULM.