Couverture du journal du 16/10/2020 Consulter le journal

La Carene au chevet des entreprises

En complément des mesures mises en place par l’état et la région pour aider au rebond économique, la Carene propose de son côté un nouveau dispositif pour soutenir les entreprises fragilisées par la crise.

(De g. à dr.) Hugues KIEFFER (HK Conseil), Audrey PERDEREAU (CIL), Jean-Claude PELLETEUR (Carene), Antoine DELMAS (ADDRN), David SAMZUN (Carene), Jean-Jacques LUMEAU (Carene), Guillaume GRALEPOIS (In Extenso), Philippe MARTIN (Tribunal de commerce de Saint-Nazaire). © I.J

« A court terme, l’urgence, c’est cette crise économique qui nous frappe et le coup d’arrêt qu’il provoque. Dans notre bassin d’emploi, l’aéronautique est touchée brutalement. La navale, au moment où l’on se parle, l’est peut-être un peu moins, mais avec quand même une incertitude si le marché de la croisière ne reprend pas. On sait que, dans tous les cas, les travailleurs précaires ont été la variable d’ajustement et paient déjà le prix fort en termes d’emploi. » C’est par ces propos que David Samzun, président de la Carene et maire de Saint-Nazaire, a introduit, le 23 septembre 2020, un état des lieux de la situation économique sur le territoire.

La vulnérabilité du territoire

Pourtant, Antoine Delmas, chargé d’études à l’Agence d’urbanisme de la région de Saint-Nazaire (ADDRN), souligne qu’à la fin août, l’économie du territoire fonctionnait à 93% et que d’ici la fin de l’année, ce taux devrait atteindre 95%. Si pendant les premiers mois de la crise sanitaire le territoire a enregistré un décrochage plus important du fait de sa spécialisation économique, il se situe désormais en zone médiane au niveau national.

Reste que, première conséquence de cette vulnérabilité, le marché du travail a connu un véritable décrochage, avec une hausse de 37% du nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A entre juin 2019 et juin 2020, avec un impact particulièrement fort s’agissant des jeunes (+ 66%).

Autre signal d’alarme : l’affaissement vertigineux des créations d’entreprise en mars et avril, qui n’a pas été suivie d’un rattrapage depuis. Une chute à laquelle Philippe Martin, président du tribunal de commerce de Saint-Nazaire, apporte un éclairage : « Bon nombre de créateurs d’entreprise pensaient que le tribunal était fermé. »

Ajouté à cela un sondage sur l’état d’esprit des dirigeants qui met en avant de nombreuses inquiétudes, le territoire souhaite prendre le taureau par les cornes et éviter de rééditer les erreurs du passé. Vice-président de la Carene en charge de l’emploi, Jean-Jacques Lumeau, rappelle que « ce qui a fait défaut lors de la crise de 2008, c’est que, quand il y a eu une reprise, les compétences n’étaient plus sur le territoire et la reprise a été encore plus difficile. » La Carene souhaite aussi éviter le basculement des demandeurs d’emploi vers les catégories D et E les plus éloignées de l’emploi car ils nécessitent alors des efforts publics très importants.

Le territoire a donc choisi d’agir le plus en amont possible, en apportant son soutien aux entreprises en difficulté. Les acteurs économiques du territoire anticipent en effet un durcissement de la situation des entreprises, correspondant à la fin des reports d’échéance de prêts ainsi que du gel des cotisations Urssaf et des impôts. « On sort d’un espace-temps de six mois où tout a été gelé et où l’on a même injecté de la trésorerie via les PGE pour remplacer du chiffre d’affaires. On va vraiment rentrer dans le dur maintenant », prévient ainsi Guillaume Gralepois, expert-comptable au cabinet In Extenso.

Un nouveau dispositif d’écoute et de conseil

À l’initiative de Hugues Kieffer, mandataire judiciaire, conciliateur et expert auprès des tribunaux, un nouveau dispositif d’écoute et de conseil pour les TPE et PME, vient donc d’être mis en place sur l’agglomération de Saint-Nazaire. Avec un point d’entrée unique : le CIL (Centre d’initiatives locales).

Le dispositif vise avant tout la simplicité. Ainsi, un premier échange téléphonique (au 02 49 92 92 01) permet d’apporter écoute et premiers conseils, avant orientation, selon les cas, vers un comité d’experts (avocat, expert-comptable, mandataire judiciaire, développeur économique…). « Le premier rendez-vous d’identification des problèmes est gratuit », souligne Hugues Kieffer. « Une fois qu’on a identifié la problématique, qui peut être très différente selon la taille et la situation de l’entreprise, précise Audrey Perdereau, directrice du CIL, il peut être apporté un niveau d’information immédiat et, en fonction des besoins, un accueil plus personnalisé » via une prestation de conseil. Afin que l’aspect financier ne soit pas un frein, la Carene annonce qu’elle prendra en charge le coût de cette prestation de conseil, à hauteur de 80% pour les TPE et à hauteur de 50% pour les entreprises de plus de 50 salariés.

L’objectif de ce dispositif, qui s’appuie sur la coopération de nombreux acteurs* ? Intervenir le plus en amont possible, avant que les entreprises n’aillent dans le mur. « C’est un regard extérieur et bienveillant », souligne David Samzun. Et qui devrait satisfaire ceux qui, parmi les dirigeants, redoutent de se rendre au tribunal de commerce, expliquant le faible recours aux procédures amiables et pourtant confidentielles que sont le mandat ad hoc et la conciliation. « Malheureusement, les chefs d’entreprise n’interviennent pas suffisamment tôt, ce qui se traduit par des ouvertures de procédures collectives qui n’ont, elles, rien de confidentiel », regrette Philippe Martin, qui espère donc que ce nouveau dispositif incitera les entreprises à anticiper le plus possible leurs difficultés.

Seule ombre au tableau, « on ne pourra pas sauver tout le monde, prévient David Samzum. L’enjeu est de se concentrer sur les entreprises qui sont sauvables. »

 

*CIL, Carene, Association Experts-comptables Loire Océan (ECLO), Tribunal de commerce, CCI, CMA, Solutions&Co, Barreau de Saint-Nazaire, Direccte, Fédération bancaire française