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Industrie : l’emploi toujours en tension

En amont de la Semaine de l’industrie qui s’est ouverte du 21 au 27 novembre, l’Orci (Observatoire régional des compétences industrielles) a fait le point sur les besoins en main-d’œuvre de l’industrie ligérienne, dans les locaux de l’entreprise Kelvion, à Nantes.

Soudeur kelvion recrutement industrie

Sur la cinquantaine de postes ouverts cette année par Kelvion Thermal Solutions à Nantes, 18 restent à pourvoir. © Kelvion

Comme chaque année depuis 2017, l’Orci a livré les résultats de son enquête sur les besoins en recrutement des entreprises ligériennes de l’industrie, hors agro-alimentaire. Interrogées au mois de juin, les sociétés ont été questionnées[1] sur leurs besoins pour le second semestre 2022. « Depuis la crise de 2010, la Loire-Atlantique connaît une hausse des effectifs salariés hors intérimaires, introduit Damien Le Mancq, chargé de mission à l’Orci. Depuis 2015, on est passé de 59 000 à 66 000 salariés, soit une hausse de 12 %. » Toujours selon l’Orci, la région Pays de la Loire affiche, elle, une hausse de 6 %, alors que la France métropolitaine connaît une diminution de 5 %. « Forcément, cette hausse importante dans la région engendre des besoins en emploi et en recrutement », confirme Damien Le Mancq.

Sept établissements sur dix envisagent de recruter

Parmi les principaux résultats de l’enquête de l’Orci, ce sont d’abord sept établissements sur dix qui envisagent de recruter au cours du second semestre 2022, soit une part en hausse de 12 points sur un an. En Loire-Atlantique, ce sont ainsi 73 % des entreprises qui prévoient d’embaucher, et 69 % en Vendée. La hausse concerne l’ensemble des bassins d’emploi et l’ensemble des secteurs industriels, à l’exception de celui de l’industrie des matériaux.

Du côté des projets de recrutement, 15 650 d’entre eux ont été recensés au second semestre dans la région, soit une hausse de 40 % par rapport à 2021. Les secteurs les plus concernés sont d’abord la métallurgie (67 %), première branche industrielle régionale, loin devant la plasturgie (10 %), les industries créatives (8 %), l’ameublement et bois, papier-carton (6 %) ou les industries chimique et pharmaceutique (4 %). « La Loire-Atlantique enregistre 6 080 projets de recrutement avec deux projets sur trois sur des postes d’opérateur de production, mais également près de 1 200 postes de techniciens supérieurs et agents de maîtrise et environ 400 projets de recrutement d’ingénieur » détaille Damien Le Mancq. Ce sont effectivement les opérateurs qui sont le plus recherchés : ils concernent aujourd’hui 70 % des projets de recrutement (+ 51 % par rapport à 2021). Dans le détail, parmi l’ensemble des métiers en tension, voire en forte tension, on trouve notamment les monteurs ajusteurs, assembleurs mécaniques, électriciens, usineurs, contrôle qualité, soudage ou encore techniciens supérieurs et opérateurs en maintenance industrielle. Autre enseignement de l’enquête : en matière de contrats de travail, plus de la moitié des projets de recrutement sont des CDI.

Des difficultés persistantes

Sur l’ensemble des Pays de la Loire, l’étude de l’Orci fait apparaître que 62 % des 6 080 projets de recrutement sont jugés difficiles à réaliser. Une part en hausse particulièrement marquée en Loire-Atlantique : +19 points sur un an, « avec une forte hausse sur Saint-Nazaire : +23 points et également sur le bassin nantais : +39 points », précise Damien Le Mancq. Des difficultés de recrutement qui ne sont pas étrangères à Kelvion Thermal Solutions à Nantes, groupe industriel international dont le siège est basé en Allemagne, et spécialiste d’échangeurs thermiques (site nantais : CA 70 – 90 M€, 210 collaborateurs). Cette année, l’entreprise a ouvert 25 postes dans les bureaux et 26 en production. Aujourd’hui, 18 postes restent ouverts : 15 dans les bureaux (chargés d’affaires, dessinateurs…) et 3 pour la partie atelier (soudeurs et ajusteurs). « Nous sommes confrontés à des difficultés pour attirer, se faire connaître et donner envie aux gens de travailler pour nous, explique Krystiane Lacroze, RRH. Il a fallu qu’on fasse preuve de créativité et que l’on sorte des sentiers battus. » En plus d’avoir dû élargir son territoire de prospection d’agences de travail temporaire au-delà de Nantes et son agglomération jusqu’à Vallet, Nort-sur-Erdre ou Saint-Philbert-de-Grand-Lieu, Kelvion fait aussi appel aux dispositifs d’insertion comme le Geiq industrie 44, groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification, « ce qui nous permet d’avoir une main-d’œuvre disponible et motivée ». L’entreprise a également recours à la cooptation, avec prime versée aux salariés qui cooptent, dès que la période d’essai est validée, et elle entend également communiquer sur sa marque employeur, à travers notamment la participation à la Semaine de l’industrie (Lire aussi l’encadré). Autres pistes évoquées par Krystiane Lacroze : « recruter sans CV, revoir nos exigences, créer une école interne… »

Une Semaine de l’industrie pour susciter des vocations

C’est dans ce contexte de tensions de recrutement que s’est tenue du 21 au 27 novembre la 11e édition de la Semaine de l’industrie, événement national visant à valoriser ce secteur, ses acteurs et faire découvrir ses métiers. Objectifs : répondre aux besoins de l’industrie en matière d’emploi, dans des métiers variés et à tous les niveaux de formation. Selon l’UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie) de Loire-Atlantique, en France, ces besoins sont estimés à entre 120 000 et 150 000 personnes par an dans les prochaines années, et 15 000 postes devraient être proposés dans l’industrie ligérienne dans les six prochains mois. Durant cette semaine de l’industrie, l’UIMM et l’association Ajir[2], créée début 2021, qui regroupe le syndicat patronal de la métallurgie et plusieurs autres représentants d’autres branches de l’industrie[3] se sont donc mobilisés pour proposer des événements pédagogiques et de découverte des métiers, entre job dating, forums des métiers, webconférences, interventions en classe, expositions et, bien sûr, visites d’entreprises. Pour ces dernières, 130 entreprises ligériennes s’étaient portées volontaires pour ouvrir leurs portes. « Nos métiers sont souvent peu ou mal connus, connotés, avec une image qui ne correspond pas à la réalité, estime Florence André, secrétaire générale adjointe de l’UIMM Loire-Atlantique. Il est nécessaire de vulgariser nos métiers et nos environnements de travail pour amener le plus grand nombre à les découvrir, à s’y intéresser et à s’y projeter. Quand on ne connaît pas, on ne se projette pas. »

[1] 3 416 établissements interrogés, 48,3 % de répondants. Étude à retrouver sur Orci-pdl.fr/enquete-annuelle-projets-recrutement.

[2] Association jeunes industries région.

[3] Polyvia Pays de la Loire (plasturgie), Mode Grand Ouest (textile, mode, luxe), France Chimie Ouest Atlantique (chimie), Unicem Pays de la Loire (carrières et matériaux), Fibois Pays de la Loire (bois), EDF et Enedis.