Couverture du journal du 16/02/2024 Le magazine de la semaine

Ils ont créé leur entreprise sur les bancs de l’école

S’il n’y a pas d’âge idéal pour entreprendre, l’expérience et la maturité sont des avantages souvent liés à la réussite d’un projet. Pourtant, à chaque génération, des contre-exemples viennent chahuter l’idée d’un âge minimum pour se lancer. « La valeur n'attend point le nombre des années », écrivait Pierre Corneille. Un adage validé par ces trois Vendéens devenus entrepreneurs à moins de 25 ans alors qu’ils étaient encore étudiants.

Mathieu Stibler

Mathieu Stibler, Youcie. © Herbreteau

Valentin Ligner et Florian Amiand ont eu l’intuition de Poreva pendant leurs études d’ingénieur à l’Icam. C’est lors du concours les Entrep’ Pays de la Loire que l’idée de valoriser les chutes de cuir en matière dédiée à l’aménagement intérieur a germé. « À l’époque, nous avions 21 ans et pas de procédé viable, raconte Valentin Ligner. Néanmoins, nous étions certains du potentiel de notre idée : des tonnes de déchets de cuirs industriels sont perdues chaque année dans la mesure où il n’y a pas de filière de recyclage. Un gisement important pouvant répondre à l’éveil écologique du monde du design », assure le jeune entrepreneur. Lors de sa dernière année d’études, le duo travaille six mois à temps plein pour sortir un prototype, en lien avec l’école et le Centre de ressources en innovation de la Roche-sur-Yon (CRI). « Aujourd’hui, nous sommes capables de transformer les chutes de cuir en panneaux décoratifs applicables en revêtement mural ou en façade de mobiliers. Nos études terminées en septembre 2022, nous avons créé l’entreprise en décembre et emménagé dans notre local de production en mars 2023 », énumère-t-il. Entretemps, la start-up s’est distinguée dans des concours tels que le fonds Spécifik (l’appel à projet des innovations à impact porté par le CRI) et a intégré la promo 2023 du Réseau entreprendre Vendée. Elle observe depuis janvier les débuts d’une traction commerciale. « Notre objectif d’ici la fin de l’année est de valoriser une dizaine de tonnes de chutes et de conclure une première embauche avant janvier 2024. On maîtrise l’ensemble du process, de la vente jusqu’à la facturation, mais on va avoir besoin d’aide, notamment sur la production et sur des fonctions supports comme la communication. »

Jeunes mais pas inexpérimentés

Les deux associés n’ont pas encore 24 ans mais possèdent déjà une expérience professionnelle. « On a fait trois ans d’alternance, explique Valentin Ligner. Cela nous a permis d’avoir des revenus et de prétendre à l’aide au retour à l’emploi en attendant de nous verser un premier salaire. Des économies qu’on a pu mettre au capital et au compte courant d’associés au moment de la création de Poreva. »

C’est aussi cette expérience qui a convaincu un investisseur privé de rejoindre l’aventure en tant qu’associé minoritaire. « Il s’agit d’un fournisseur qui possède une connaissance fine du milieu du cuir. Une ressource précieuse, qui nous aide à prendre des décisions plus facilement », reconnaît le dirigeant. Pour autant, le choix de l’entrepreneuriat n’a pas été facile, admet-il. « J’ai reçu une proposition d’embauche de la part de l’entreprise dans laquelle j’effectuais mon alternance. Même si je me sentais bien dans la structure, j’ai vite compris que j’allais m’épanouir davantage dans la création d’entreprise. Ma famille a accueilli mon choix avec bienveillance et me soutient. »

Un accompagnement jugé essentiel par Mathieu Stibler, le jeune créateur de Youcie, une solution logicielle à destination du pharmacien et du patient pour optimiser le temps des deux parties. « Depuis trois ans, mon père est une valeur ajoutée pour le projet, tant sur le plan émotionnel que business, observe-t-il. Il se déplace avec moi sur tous les rendez-vous importants. On vit l’expérience de l’entrepreneuriat ensemble puisqu’il vient de créer lui aussi son activité de conseil. »

Quid de la vie sociale ?

Celui qui a encore une année d’études avant de valider son master en business développement enchaîne les semaines à un rythme intense. « Du lundi au mercredi, je suis en Vendée dans la pharmacie qui m’emploie. Puis direction l’école, à Paris, avant de rentrer le soir pour être en poste le lendemain. En parallèle, nous sommes en plein développement du logiciel avec une échéance : la sortie du prototype à la fin 2023. Heureusement, l’école m’a autorisé à aménager mon cycle d’alternance. » Il ajoute : « Je suis quelqu’un de pratique. Il était inconcevable de sortir de mon premier cycle d’études sans avoir une expérience professionnelle. Dans l’idéal, j’aimerais poursuivre avec un master en finance à distance ou en cours du soir. Cela ne peut que valoriser mon projet », estime-t-il.

Au moment de créer les statuts de Youcie, le jeune homme a cherché seul l’information avant de challenger ses choix par un cabinet juridique et comptable. C’est grâce à son associé, qui est aussi son tuteur d’alternance, qu’il a pu financer cet accompagnement expert. « Mes parents m’ont aidé à constituer le capital de l’entreprise. Et depuis plusieurs mois, nous avons entamé des discussions avec des business angels pour une première levée de fonds. À aucun moment mon âge n’a semblé problématique, précise-t-il. Ma passion et l’expertise métier de mon associé pharmacien rend notre duo crédible. Si la levée se passe comme prévu, j’aimerais basculer mon contrat d’alternance au sein de Youcie et recruter un profil expérimenté pour qu’il devienne mon tuteur l’année prochaine. » Une gymnastique juridique qui prête à sourire, plaçant le néo-entrepreneur sous la responsabilité directe de son futur salarié.

Mathieu Stibler a choisi de se dédier à 100 % à son projet. « C’est vrai que j’ai mis ma vie sociale de côté. Cela fait deux ans que je ne suis plus sorti avec mes amis. Pour autant, ils me soutiennent et me voient comme un vecteur de motivation ». Un son de cloche légèrement différent pour les fondateurs de Poreva. « Ce n’est pas parce que l’on porte un projet de création qu’on n’a pas le droit de se donner du bon temps, assure Valentin Ligner. Maintenir le lien est très important pour nous. Au sein de notre promo étudiante, nous étions quatre à vouloir créer une entreprise. Florian et moi ainsi que deux autres porteurs du projet Tract’moi qui sont restés des amis proches et que l’on côtoie régulièrement. »

Tract’moi

Clovis Richard et Baptiste Cormerais, Tract’Moi. ©Tract’moi

Nourrir les rencontres

L’idée de Tract’moi a suivi le même parcours de développement que celui de Poreva : lauréat du concours les Entrep’ Pays de la Loire, du fond Spécifik puis accompagné par le CRI et enfin lauréat du Réseau entreprendre Vendée cette année. Fils d’agriculteurs, Clovis Richard et Baptiste Cormerais ont cofondé l’entreprise pour améliorer la mobilité de leurs parents en plaçant à l’avant ou à l’arrière d’un tracteur un équipement pouvant transporter un véhicule d’appoint deux ou quatre roues. À bientôt 24 ans, ils font partie des 39 % de créateurs d’entreprises de moins de 30 ans que compte la France en 2022 (Source : Insee).

« L’avantage de créer son entreprise en étant étudiants, c’est que l’on peut bénéficier de subventions via une flopée de concours et d’aides spécifiques, explique Clovis Richard. En fin de compte, il s’agit d’échanger du temps et de l’énergie contre de l’argent. C’est ce qui nous a permis, en plus de l’alternance, de financer la création de l’entreprise. On fait beaucoup de choses par nous-même, reconnaît-il. L’information circulant librement sur Internet, on apprend le métier d’entrepreneur en autodidactes. Bien sûr, on commet des erreurs, mais on peut compter sur le soutien d’un réseau plus expérimenté. Nous prenons un soin particulier à nous entourer de parrains, officiels ou non, qui nous font profiter de leurs conseils et de leur carnet d’adresses. Rétrospectivement, notre jeunesse a pu nous desservir uniquement auprès de notre clientèle, regrette Clovis Richard. La moyenne d’âge des agriculteurs français est de 52 ans. C’est un milieu où les jeunes ont du mal à exister. Nous espérons recruter un commercial d’ici la fin de l’année, une personne plus âgée afin de pallier les objections de certains », conclut-il.

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