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IA et entreprise : révolution en vue

Quels sont les atouts de l’intelligence artificielle et comment l’intégrer à son entreprise ? Des questions au cœur de l’intervention de Mick Levy, directeur de l’innovation business chez Business & Decision (groupe Orange) lors du dernier Forum open innovation.

Mick Levy

Pour Mick Levy, les premières entreprises qui s’empareront de l’IA créeront un avantage concurrentiel. © GP - IJ

Il y a un peu plus d’un an, l’arrivée fracassante de la première version de ChatGPT familiarisait le grand public avec l’intelligence artificielle. L’adoption de l’outil était massive et rapide : 1 million d’utilisateurs en cinq jours. Alors pour essayer de comprendre les enjeux de l’IA, et comment, au-delà de son utilisation par le grand public, elle peut être intégrée au monde de l’entreprise, Mick Levy tenait le 4 décembre dernier une conférence dans le cadre du Forum open innovation, un événement dédié à la transformation de l’industrie organisé par le Pôle EMC2, au Campus by CA de Nantes.

Prendre un avantage concurrentiel

« Ce qui est sûr, c’est que l’IA va transformer le monde du travail et celui de l’industrie, a attaqué Mick Levy. Elle va amener énormément d’opportunités pour toutes les entreprises qui voudront s’en saisir. » Citant des chiffres du cabinet d’études américain Gartner[1], il observe que si 70 % des décideurs estiment que l’IA présente plus de bénéfices que d’opportunités, seules 19 % des entreprises ont réellement initié des projets. « Le nombre d’entreprises qui ont vraiment lancé des initiatives est encore faible, donc il y a une véritable opportunité pour les premiers entrants sur cette technologie à prendre un avantage concurrentiel, analyse Mick Levy. Toutes les autres entreprises vont suivre. Cela va prendre des mois, des années peut-être, des décennies pour les plus lentes, mais cela arrivera dans toutes les entreprises. »

Mais alors que ChatGPT occupe aujourd’hui le devant de la scène, l’expert rappelle que cette IA, dite générative, succède à d’autres types d’algorithmes qui recèlent tout autant d’opportunités. Ainsi, après le “machine learning“, qui a permis de réaliser, à partir de données dites structurées, des tâches descriptives, prédictives et prescriptives, il est possible avec le “deep learning“ de traiter les données non structurées comme des images, vidéos ou sons, « des informations qu’on exploitait jusque-là très peu dans l’entreprise », affirme Mick Levy.

La révolution “transformers“

En 2022, l’arrivée de ChatGPT a signé l’avènement des algorithmes dits “transformers“, capables de traiter des centaines de milliards de paramètres. Leurs usages : « Générer du contenu (texte, code, image, son, vidéo), d’où de nombreux usages notamment pour le marketing, souligne Mick Levy. Deuxième domaine, l’intelligence documentaire : on peut donner de très gros documents à une IA et lui demander d’en faire un résumé, de le traduire en 60 langues… » Une compétence particulièrement utile dans des entreprises qui disposent d’importantes bases de connaissances. Enfin, dernière grande famille d’usage des IA transformers : l’interaction, que l’on connaît particulièrement avec ChatGPT. « On a enfin un chatbot qui nous donne le change avec des réponses plausibles. Et on peut interagir avec lui en multilingue ou lui donner un document avec lequel il va interagir », résume-t-il. Génération de contenus, intelligence documentaire, interaction : pour l’expert, « c’est le croisement de ces trois grandes familles d’usages qui crée de la valeur et un nombre d’usages faramineux. » Sans oublier un autre des points forts de l’outil : il ne part pas de zéro, ayant accumulé une somme colossale de connaissances.

Gare aux hallucinations

Si les avantages d’un outil comme ChatGPT sont indéniables, attention aux sorties de piste ! « Il faut avoir en tête que ces algorithmes ne sont absolument pas conçus pour être fiables, mais pour répondre tout le temps, de manière extrêmement plausible. Et quand ils ne savent pas, ils inventent », rappelle Mick Levy. D’où des « hallucinations », ces réponses erronées, approximatives ou trompeuses générées par les IA. « Il faut vraiment être prudent lorsqu’on utilise ces IA génératives dans le cadre de l’entreprise. Il faut les réentraîner pour les rendre beaucoup plus étroites en leur fournissant des éléments propres à l’entreprise et en demandant à l’IA de répondre uniquement dans le cadre des documents qu’on lui a transmis, et non dans le cadre de ses connaissances générales acquises en aspirant tout Internet ou en inventant quand elle ne sait pas. C’est le défi numéro 1 pour le déploiement des IA génératives. »

La donnée, véritable matière première

Alors, par où commencer pour intégrer l’IA dans son entreprise ? Pour Mick Levy, l’un des points de départ réside dans la data elle-même, véritable matière première. Celle-ci peut concerner les données liées à la gestion de l’entreprise. « C’est comme cela que les banques, les entreprises de distribution ou les assurances ont les premières bénéficié de cette révolution des données de l’IA », illustre Mick Levy. Mais les données peuvent aussi être issues des machines, via des capteurs. Enfin, troisième catégorie de données : celles dites synthétiques, générées par IA. Si le spécialiste reconnaît des « opportunités très fortes », il avertit toutefois : « Parfois, on va créer des algorithmes qui vont générer des données sur un cas très précis, et dans des cas industriels très complexes, cela sera utile. Mais avec l’IA généSupprimer l’image mise en avantrative, il existe un autre phénomène qui fait qu’il y a de plus en plus de contenus sur Internet générés par des IA, et qui sont ensuite remangées par d’autres IA génératives, ce qui, avec les biais et hallucinations, peut créer à la fin des situations complètement ingérables, avec des erreurs et même des risques liés à la connaissance humaine générale sur Internet. » L’optimisme est de mise, donc, mais la prudence de rigueur.

Intégrer l’IA en quatre étapes

Mick Levy identifie quatre étapes pour intégrer l’IA à l’entreprise. L’acculturation d’abord, à travers par exemple des conférences, formations ou ateliers. « Il faut faire comprendre dans l’entreprise ce que fait l’IA et ce qu’elle ne fait pas, ses risques, qu’elle va permettre de créer de la valeur, les opportunités », égrène-t-il. Puis, pour faire émerger les cas d’usage de l’IA à l’échelle de l’entreprise, place à l’idéation, avec notamment les retours de personnes qui rencontrent des problématiques sur le terrain. Alors, des projets peuvent être lancés, de façon itérative. « La marche de départ n’est pas si haute que ça compte tenu de la valeur que cela va amener », estime Mick Levy. Sans oublier, enfin, d’accompagner la transition : « La conduite du changement n’est pas à négliger, puisque bien souvent cela va transformer les manières de travailler dans l’entreprise. »

 

[1] Source : Executive Pulse: AI Investment Gets a Boost From ChatGPT Hype. 27 avril 2023.