Couverture du journal du 18/06/2021 Consulter le journal

Hydroptère 2.0 : Un nouveau défi pour le bateau volant

Défi de recherche et de développement technologique, l’aventure de l’hydroptère redémarre à Nantes avec le lancement d’une plateforme collaborative qui veut réunir entreprises, laboratoires, écoles et université.

Hydroptere

L’Hydroptère, un bateau qui a marqué l’histoire de l’évolution de la voile, au cœur d’un nouveau projet de R&D © Airbus-Nantes Métropole

L’hydroptère n’a pas fini sa vie après l’échec de la tentative de record entre Los Angeles et Hawaï en 2015. Mais cela n’est pas passé loin. Le fameux trimaran, imaginé par Éric Tabarly et construit en 1994 aux Chantiers de l’Atlantique grâce à la détermination d’Alain Thébault qui a réussi, avec les ingénieurs d’Airbus à lui faire atteindre les 50 nœuds 1, a failli terminer à la casse.

Gabriel Terrasse

Gabriel TERRASSE au lancement du projet L’Hydroptère 2.0, le 11 mars © Airbus-Nantes Métropole

Le Lyonnais, et désormais Nantais, Gabriel Terrasse a eu le coup de cœur pour ce bateau volant blessé, long de 18,24 m sur 24 m de large, pour un poids de 7 t. « C’est un bateau mi-avion qui représente beaucoup de choses. Il y a un aspect patrimonial, nautique et aéronautique, mais c’est aussi un projet qui embarque énormément de technologies, qui peut servir de base à l’évolution du monde de l’aérien, du transport en général et de la course au large », explique-t-il. Avec l’Américain Chris Welsh, il l’a racheté à l’État de Hawaï en 2019.

Mais Gabriel Terrasse a déjà beaucoup investi dans ce projet. Il s’agit désormais de trouver de nouveaux partenaires pour assurer un budget estimé à 2,4 M€. « L’idée est de reconstituer un consortium pour remettre le bateau à son niveau d’antan et pourquoi pas aller plus loin en termes de technologies et développement », détaille-t-il. Il ne souhaite pas en faire un bateau de course, mais plutôt le remettre en état de voler au-dessus de l’eau et continuer à mener des expérimentations afin d’en faire « une véritable plateforme de recherches et d’innovations collaborative ».

Pour cela, il a lancé officiellement le projet Hydroptère 2.0, le 11 mars dernier, en présence du skipper Michel Desjoyeaux, de l’architecte naval Vincent Lauriot-Prevost et du directeur d’Airbus Nantes, François Paynot.

Nantes métropole avec le Nantes City Lab Maritime et Airbus sont déjà engagés dans la démarche. Le site nantais vient d’ailleurs de recevoir les premiers éléments ramenés depuis Hawaï : le plan porteur arrière, les écrêteurs (amortisseurs dérivés du Rafale) et les deux bras de liaisons de douze mètres de longs qui avaient été réalisés chez Airbus dans les années 2000. L’avionneur a d’ailleurs mis à sa disposition un espace dans son technocentre de Bouguenais.

RETOUR AU TECHNOCENTRE D’AIRBUS

Il s’agit d’entamer une première étape de rénovation de ces pièces dont les éléments en aluminium ont été abimés durant leur séjour dans le Pacifique. Dans un deuxième temps, la coque, les flotteurs, le gréement, vont être rapatriés à Saint-Nazaire, depuis la Californie où ils ont déjà été acheminés.

Hydroptère

Arrivée des pièces aéronautiques de l’Hydroptère chez Airbus le 8 mars © Airbus-Nantes Métropole

« Nous avions accompagné Alain Thébault et son projet depuis la première version jusqu’à la cinquième version d’optimisation. C’est un projet qu’on a toujours eu à cœur, car grâce à lui nous avons pu rencontrer des ingénieurs de très grande qualité, chez Dassault, à l’Aérospatiale, chez Airbus, aux Chantiers de l’Atlantique. Et cela a formé l’ADN de notre équipe VPLP, explique l’architecte naval Vincent Lauriot-Prevost. Sur ce bateau il n’y avait que de l’innovation, puisque c’était du transfert de technologie de l’aéronautique, voire du spatial, au nautisme. À l’époque, c’était une première et c’est resté une spécificité de ce projet durant toute sa vie. »

UNE PLATEFORME COLLABORATIVE

« À Saint-Nazaire, nous allons réassembler l’hydroptère, l’objectif étant de le refaire voler à l’identique. En parallèle, nous redémarrons le projet 2.0 d’optimisation du bateau : c’est là que nous aborderons les questions d’hydrodynamisme, aérodynamisme, matériaux, système de commandes, contrôle de stabilité en vol, etc. Pour le réussir, nous comptons sur la mobilisation des entreprises, de mécènes, de l’Université, des IUT, des écoles d’ingénieurs pour des partenariats techniques et financiers. Technologiquement, c’est une plateforme de R&D qui va permettre de faire beaucoup de choses. L’idée est de faire les recherches sur l’hydroptère plutôt qu’en laboratoire et de bénéficier de la visibilité du projet et de sa dynamique dans le cadre de projets collaboratifs, précise Gabriel Terrasse. L’objectif n’est pas de battre un record de vitesse, mais de l’utiliser comme une plateforme technologique qui vise à faire progresser les connaissances et les performances. Si, dans ce cadre, on peut arriver à rendre le bateau plus performant, tant mieux. Mais ce n’est pas l’objectif premier. La barre est très haute. Nous allons modestement travailler sur la partie technique, essayer de pousser les limites et nous verrons où cela nous mène », ajoute-t-il.

 

  1. L’Hydroptère se hisse au-dessus de l’eau grâce à ses foils. En 2008, il est le premier voilier à passer la barre des 50 nœuds. En 2009, il établit le record absolu de vitesse à la voile sur 500 mètres à 51,36 nœuds (plus de 95 km/h).