Couverture du journal du 03/02/2023 Le magazine de la semaine

HBC Nantes : « La base de tout, c’est l’adhésion populaire »

Président du HBC Nantes depuis 2008, mais investi dans le club de handball depuis 1976, Gaël Pelletier est l’un des piliers de la réussite d’un club qui évolue au plus haut niveau national et européen. Dirigeant parallèlement Gamatlantic, un groupement de 20 Ehpad associatifs en Loire-Atlantique, il fait le point sur la stratégie du club et livre sa vision, forcément entrepreneuriale…

Gaël Pelletier, HBC Nantes, Rock Feliho, handball

Gaël Pelletier, président du HBC Nantes (à gauche) et Rock Feliho, directeur du développement du club nantais de handball - ©HBC Nantes

Quelle est la singularité du modèle économique du HBC Nantes ?

On a un outil, une salle de sport, dont on est gestionnaires et on essaie de le potentialiser en développant une économie qui nous est propre. En dehors de nos matchs il reste des créneaux, on cherche à voir de quelle manière les utiliser tout en intéressant les gens et en leur donnant du plaisir. C’est un modèle plutôt vertueux puisque l’on ne dépend que de la qualité de ce que l’on propose.

L’avantage de bénéficier d’un équipement comme la H Arena, c’est qu’il permet une certaine scénographie en matière de son et lumière. On peut proposer des spectacles qui vont au-delà du terrain et du spectacle sportif en lui-même. On organise aussi des séminaires dans les espaces Vip, ce qui répond au besoin d’entreprises, qu’elles soient partenaires ou pas.

Le club revendique aussi sa singularité sur le volet gouvernance…

On est peut-être le seul club, à ce niveau de professionnalisme et de résultats sportifs, à avoir pour actionnaire unique une association. Pour nous, c’est une manière de poursuivre le modèle initial du club afin que tout l’argent généré ne serve que l’objet. De cette manière, il n’y a pas de mouvement d’actionnaires, pas de philosophie qui change en fonction de la vision de l’actionnaire principal. On a estimé que c’était un très bon gage de stabilité et qu’ainsi on ne ferait pas du HBC Nantes une danseuse.

 Et ça se vérifie dans les faits ?

Oui. Et il y a non seulement une stabilité des actionnaires, mais aussi des dirigeants, des partenaires, des abonnés. On est un sport où l’on a un professionnalisme à taille humaine. Nos joueurs ont certes de beaux salaires, mais pas disproportionnés. Ils ne pourront pas vivre de leurs rentes une fois qu’ils auront arrêté de jouer, il faudra qu’ils aient une autre activité. C’est important, et ça aide à garder les pieds sur terre… Au HBC Nantes aussi les décisions sont prises de manière globalement collégiales et, considérant qu’il y a toujours plus d’idées dans plusieurs têtes que dans une, ce modèle de collégialité on y tient car on est persuadés qu’il amène de la réussite ! Ça fait 25 ans que je travaille au projet du club et même si les marches sont de plus en plus hautes, ça fait 25 ans que l’on progresse et c’est une grande satisfaction.

HBC Nantes, handball, Nantes, Pelletier, sport, business

La H Arena à Nantes – ©HBC Nantes

 Si le modèle économique du HBC Nantes est principalement tourné autour de l’organisation d’événements, il n’en demeure pas moins que les entreprises sont aussi sollicitées.

Nous comptons environ 280 partenaires, auxquels s’ajoutent de manière ponctuelle un certain nombre d’entreprises quand on organise de grands événements comme on le fait avec la XXL (1).

Pouvez-vous en dire plus sur ce format événementiel ?

Nous avons la volonté d’aller plus loin que notre salle et de montrer aussi l’engouement qu’il y a pour de grandes manifestations. D’ailleurs, quand on met les places en vente, en une semaine il n’y a pour ainsi dire plus rien. L’année dernière on a ainsi organisé trois matchs dans une période encore compliquée avec le Covid et on a fait 30 000 spectateurs.

Quelles sont les valeurs qui guident le club ?

Il y a les valeurs telles qu’on les a écrites, qui sont la solidarité, le respect, la combativité. Mais dans la réalité, le club s’est bâti sur quatre piliers. La base de tout, c’est l’adhésion populaire car si elle n’est pas là, ça veut dire qu’on se regarde juste le nombril. Si ça ne plaît pas aux gens, c’est que ça n’est pas intéressant, c’est aussi simple que ça ! Cela nécessite un gros travail sur le remplissage de la salle. Notre deuxième pilier, c’est d’être impliqués dans la cité. On est un club nantais et on veut œuvrer sur la ville via des actions en direction des quartiers, d’associations. Le troisième pilier, c’est la formation, notre objectif étant d’amener les jeunes à leur plus haut niveau de compétences, même si tous ne deviendront pas joueurs professionnels. C’est pour ça que l’on a développé un centre de formation qui compte aujourd’hui neuf joueurs et qui a le plus fort taux de professionnalisation en France, aux alentours de 80 % ! Enfin, notre dernier pilier c’est d’avoir une équipe première performante. On considère qu’elle est la vitrine du club, tout en disant que cette vitrine n’a de sens que s’il y a quelque chose derrière, ce quelque chose étant toute la vie associative du club, du baby hand jusqu’à notre équipe de Nationale 1.

HBC Nantes

©HBC Nantes

Vous qui êtes chef d’entreprise par ailleurs, quels parallèles faites-vous entre les mondes sportif et entrepreneurial ?

Il y a énormément de choses qui sont transposables, tout ce qui touche aux ressources humaines, au financier, à la gestion d’investissements, d’immobilier. Après, entre un Ehpad et un club de sport ce ne sont pas les mêmes leviers de motivation à actionner, mais à titre personnel je me nourris des deux. J’apprends des choses au HBC Nantes que j’apporte à ma vie professionnelle et inversement. À mon niveau, ça ne fait qu’un.

Vous êtes en train de mettre en place une stratégie RSE. Pourquoi en faire un axe stratégique pour le club ?

On a déjà une démarche citoyenne sur le territoire et la RSE est aussi une démarche citoyenne. On a mis en place beaucoup de choses, comme le covoiturage, le tri des déchets ou le souci de ne pas consommer trop de plastique. On est en train de terminer de formaliser tout ce que l’on fait déjà. À partir de là, on va voir ce qu’on peut faire pour aller plus loin. On voudrait notamment privilégier les entreprises locales qui elles-mêmes travaillent en local pour favoriser le territoire.

 

(1) Le HBC Nantes délocalise régulièrement ses matchs phares au Hall XXL du Parc des Expositions de la Beaujoire et organise aussi des spectacles sportifs comme la soirée boxe du 17 décembre.