Couverture du journal du 23/09/2022 Consulter le journal

Freinée en 2021, la filière bio reste porteuse

Après une forte croissance en 2020, la filière bio des Pays de la Loire a subi un coup de frein en 2021. Pas de quoi inquiéter pour autant les acteurs de ce secteur dynamique, pour qui les perspectives de croissance restent nombreuses dans un contexte de transition globale.

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La première édition du salon Pro Bio Ouest a rassemblé à Carquefou près de 70 exposants, le 5 avril dernier. © I.J

Premiers producteurs de lait bio en France, les Pays de la Loire sont la 4e région française en termes de production biologique, toutes filières confondues. C’est Camille Cleuziou, chargée de mission chez Interbio Pays de la Loire, une association régionale interprofessionnelle rassemblant les acteurs de la filière bio, qui a dévoilé cette information le 5 avril dernier, dans le cadre du premier salon Pro Bio Ouest, organisé à Carquefou. « Dans la région, 13,4 % des exploitations sont en bio ou en conversion, soit 3977 exploitations en 2020, et 11,3 % de la surface utile agricole régionale est cultivée en bio, soit 234 613 hectares», a poursuivi la spécialiste dans son panorama de la filière bio régionale. Pour ce qui est de la transformation bio, elle rassemblait 330 opérateurs dans la région en 2020, avec comme filières dominantes les grandes cultures (23 %), les viandes (14 %), les fruits et légumes (6 %). Pour écouler ces produits, la région s’appuie sur 1 411 points de vente (grandes surfaces alimentaires et généralistes), 327 artisans-commerçants (4 % des artisans de la région) et 59 commerces de vrac. De plus, elle compte 143 magasins spécialisés bio et 47 % des exploitations bio réalisent de la vente directe.

LA SURFACE DES CULTURES BIO A DOUBLÉ ENTRE 2015 ET 2020

Concernant les filières végétales bio, toutes sont en nette augmentation dans la région ces dernières années : + 226 % d’évolution pour les grandes cultures (céréales) entre 2009 et 2020), 1 300 % sur la même période pour les exploitations de légumes secs, + 262 % pour les fruits et légumes frais, et + 272 % pour les exploitations viticoles. Même constat pour les filières animales : les exploitations bio de poules pondeuses ont été multipliées par 4 entre 2010 et 2020 (289 exploitations), celles de volailles ont augmenté de 171 % (279 exploitations), celles de lait de 155 % (871 exploitations, 1e région de France en termes de production de lait bio) et celles de porcs de 178 % (137 exploitations en bio). Seule la filière viande bovine affiche une hausse plus contenue : + 113 % d’exploitations en 10 ans (801 exploitations). Un chiffre plus récent illustre parfaitement ce dynamisme : la surface des cultures bio a doublé entre 2015 et 2020 (en moyenne 377 exploitations bio en plus par an), soit 23550 hectares en plus chaque année.

UN RALENTISSEMENT DES CONVERSIONS DEPUIS 2020

« Cette évolution très marquée vers le bio s’explique par les nouveaux comportements des consommateurs, mais aussi par un dynamisme très marqué de chaque sous-filière, estime la spé- cialiste. On relève cependant un ralentissement des conversions au bio depuis 2020, un phénomène qui s’est nettement amplifié en 2021 », modère- t-elle. « De manière plus globale, après une année 2020 de progression du bio, 2021 a été marquée par un ralentissement du marché, notamment la production d’œufs bio (- 6,3 %), produits laitiers bio (- 8 %) et fruits et légumes (- 11 %). Un phénomène qui s’explique en partie par la réouverture des restaurants », complète Goulven Oillic, coordinateur à Initiatives Bio Bretagne.

LA VENTE DE BIO EN RECUL EN 2021

Cette tendance à la baisse concerne également, comme sur le plan national, la vente de produits bio en 2021 : – 2,4 % de chiffre d’affaires dans les grandes et moyennes surfaces, et – 3,1 % dans les magasins spécialisés.

Côté perspectives, la filière bio régionale semble néanmoins avoir de beaux jours devant elle, « notamment grâce à la dynamique territoriale qui développe l’alimentation durable, mais aussi grâce à la loi Egalim, poursuit le coordinateur. Depuis le 1er janvier 2022, cette dernière impose à la restauration collective publique de proposer au moins 50 % de produits durables et de qualité, dont au moins 20 % de produits bio. En réalité, on en est encore loin, actuellement au- tour de 5 à 6 %, ce qui laisse une forte marge de progression sur ce marché potentiel d’1,4 Md€ sur le plan national. Le point positif, c’est que l’entrée en vigueur de cette loi a fortement dynamisé la consommation des produits biologiques, y compris dans la région ».

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Camille Cleuziou, chargée de mission chez Interbio Pays de la Loire, a dressé un état des lieux de la filière bio régionale © I.J

COMMUNIQUER SUR LES FONDAMENTAUX

Au chapitre des moins bonnes nouvelles, certaines filières agricoles semblent avoir été fragilisées par les crises sanitaire et géopolitique. L’année 2022 est déjà marquée par la crise aviaire avec une forte mortalité dans les cheptels. De plus, la hausse des coûts de production pour les opérateurs va se répercuter sur les prix et donc impacter le pouvoir d’achat des consommateurs.

« Cela risque de renforcer la tendance “mieux consommer en consommant moins“. Pour reconquérir le terrain perdu face à l’agriculture conventionnelle, il paraît donc essentiel de continuer à communiquer sur les fondamentaux de l’agriculture biologique auprès des consommateurs, en insistant sur le fait qu’elle est favorable à la santé et à notre planète, sans oublier qu’elle favorise le commerce local », conclut Camille Cleuziou.

LE BIO, UN MARCHÉ DE 50 MDS€ EN EUROPE

En termes de production, la filière bio représente actuellement 1,6 % de l’agriculture mondiale. D’un poids d’environ 50 Mds€ en 2019, le marché bio européen représente 38,5 % du marché bio mondial (2e derrière celui de l’Amérique du nord). Ce marché est tiré par deux gros pôles, l’Allemagne et la France, qui représentent respectivement 27 % du marché européen. Sur le plan national, le marché du bio a généré en 2019 un chiffre d’affaires de 13,6 Mds€. Ces dix dernières années hormis 2021, ce marché a connu une progression à deux chiffres. « Cela s’explique d’une part par la volonté des consommateurs d’aller vers des produits meilleurs pour la santé et la planète, et d’autre part par la création du fonds d’avenir bio, d’un montant de 13 M€, qui a permis de structurer les filières de l’agriculture bio», analyse Camille Cleuziou, chargée de mission chez Interbio Pays de la Loire.