Couverture du journal du 20/11/2020 Consulter le journal

Experts-comptables, notaires, avocats : des conseils en ordre de bataille

Face au choc économique que génère l’épidémie de covid, notre rédaction a choisi de prendre le pouls de plusieurs secteurs clés. Cette semaine, les métiers du droit et des chiffres témoignent. Experts-comptables débordés, avocats fragilisés, notaires peu sollicités, tous désireux de donner le maximum pour soutenir Les entreprises… ces professions, non épargnées, gardent un optimisme réaliste.

Jean-Paul MÉNAGER, président du conseil régional de l’ordre des experts-comptables, Frédérick DUVERT, président de la chambre des notaires de Loire-Atlantique, Bruno CARRIOU, bâtonnier du barreau de Nantes. © Louis Brunet

Ils assurent les arrières des chefs d’entreprise. Avocats, experts-comptables et notaires vérifient, conseillent, défendent les intérêts de l’entrepreneur. La crise du Covid les touche, bien sûr, à des degrés divers.

Au cœur de la bataille : les experts-comptables, très engagés auprès des dirigeants depuis le premier confinement. Tous ont travaillé intensément pour clôturer les comptes de l’exercice précédent, dont l’échéance, pour ceux de décembre 2019 a été repoussée à fin juin 2020 et au 31 juillet pour ceux de mars. « Le mot d’ordre, c’était de garder le contact avec les clients », soutient l’expert-comptable Lydie Marchais-Renoux du cabinet EFI-Sciences (2 experts-comptables et 27 collaborateurs, 400 clients).

« Dans l’industrie, ils se demandaient quand ils allaient rouvrir, produire à nouveau. Les questions qu’on nous posait dépassaient largement la comptabilité pure », témoigne de son côté Laurent Guilbaud, PDG d’In Extenso. « Nous apportions une sorte d’aide psychologique face à la solitude, surtout pour les secteurs les plus touchés », renchérit Alexandra Brasset-Sabin, expert-comptable associée au cabinet BAC audit conseil (5 associés sur trois sites, 60 collaborateurs, environ 3 000 clients).

« Aujourd’hui, notre credo consiste à rassurer les financeurs avec des prévisionnels et des cotations pas trop dégradées pour que les encours se maintiennent auprès des fournisseurs », explique Jean-Paul Ménager. Chez In Extenso, qui compte 8000 clients, on a créé un dispositif Rebond, un diagnostic gratuit pour leurs clients afin de travailler leur stratégie : « Quelle est ma vision de l’entreprise vis-à-vis de cette crise ? Qui sont mes clients ? Mes RH ? On refait tout ce que balaie un créateur », précise Laurent Guilbaud.

Une des questions centrales est le remboursement du PGE qui devrait démarrer, sauf contre-ordre, au deuxième trimestre 2021 pour les premières à l’avoir contracté. « Certaines entreprises ne l’ont pas utilisé. Il y a des hésitations pour le rembourser ou pas. Ils ont besoin de nous pour trancher », témoigne encore le PDG. Pour Alexandra Brasset-Sabin, « il faut trouver le bon équilibre entre le maintien de la trésorerie et le taux d’endettement soutenable pour maintenir les capacités d’investissement à l’avenir. Le souci principal est la visibilité. Aujourd’hui, faire un prévisionnel sur un ou deux ans n’a pas de sens. Cela dépend des secteurs mais ce serait plutôt sur six mois. La crise nous oblige à repenser les modèles économiques. » Lydie-Marchais Renoux évoque aussi des projets de reprise d’entreprises : « Nous avons des dossiers, mais les demandes sont plus complexes car les banques sont frileuses aujourd’hui à accompagner les repreneurs de fonds de commerce ou les créateurs. »

INÉGAUX FACE AU TRAVAIL À DISTANCE

Quant aux nouvelles modalités de travail, « nous ne sommes pas tous égaux chez les experts-comptables, rapporte Jean-Paul Ménager, également co-gérant du cabinet TGS France. Tous n’ont pas la même facilité à travailler à distance quand d’autres étaient déjà avancés dans la dématérialisation, que ce soit les experts-comptables ou les clients. On a pu voir certains se déplacer pour récupérer des pièces… » Ainsi, son cabinet a enregistré deux à trois semaines de retard pour des questions de réorganisation de clients qui ne savaient plus comment transmettre les documents. « Certaines zones n’avaient pas non plus suffisamment de bande passante au départ, constate encore le président de l’ordre régional. Mais les opérateurs ont réorienté les débits et, globalement, cela s’est bien passé. »

Et d’évoquer également « le management de proximité, une nouveauté pour certains cabinets, avec la création de groupes Whatsapp… Il y a eu presque plus de proximité que lorsqu’on se voit tous les jours. Pour certains, cela a été difficile car il y avait beaucoup de choses à gérer en même temps, les enfants, une charge de travail accrue… On a constaté beaucoup d’implication des équipes. Mais aussi des burn-out à la fin du premier confinement… Certains se sont rendu compte que la centralisation des contacts pouvait être dangereuse. Il y aura forcément des conséquences à l’avenir sur la manière de gérer les cabinets ». Chez In Extenso, Laurent Guilbaud évoque une organisation difficile, avec des cas contacts recensés dans son cabinet (380 personnes en Loire-Atlantique et Vendée) et trois cas positifs avérés. « C’est pénible car c’est parfois un peu long de s’organiser dans ces conditions. Le télétravail avait déjà été mis en place avant le confinement, à raison d’un jour par semaine pour les volontaires. Donc, de ce côté-là, ça s’est bien passé. Nous étions outillés. Aujourd’hui, il y a des demandes pour le généraliser. Certains adorent, d’autres non. C’est en cours de réflexion avec le Comité social et économique de l’entreprise. »

La crise aura des conséquences sur la manière de gérer les cabinets. Jean-Paul MÉNAGER, président du Conseil régional de l’ordre des experts-comptables (CROEC)

Chez un autre cabinet Exco à Nantes (70 collaborateurs), l’associé Benjamin Poulard témoigne de l’épuisement des effectifs à la rentrée. « Le télétravail a du bon, mais on peut perdre en lien humain. Ça n’a pas été bien vécu par tout le monde et on ne s’en est pas forcément rendu compte sur le moment. C’est une préoccupation car la dimension sociale nous est très importante. »

Autre changement : de moindres déplacements chez les clients grâce aux outils de dématérialisation (scan, box en ligne…) « Désormais, on sélectionne les déplacements nécessaires ou ceux que l’on peut éviter, explique ainsi Benjamin Poulard. Certains clients le demandent pour diminuer les flux de personnes. Et c’est un gain de temps et d’argent. Mais on ne peut pas tout faire à distance, c’est un équilibre à trouver. »

Tous parlent de l’engagement très fort des équipes. « Elles ont été solidaires. Ceux qui avaient moins de travail, notamment les juristes, ont aidé les équipes de la paie pour mettre en place les déclarations de chômage partiel. C’était un défi, pour que les clients soient payés à l’heure », confie Laurent Guilbaud. « La crise a été un accélérateur de certains process. On ne reviendrait pas en arrière », estime Alexandra Brasset-Sabin.

Malgré ces difficultés, tous louent la place qu’a pu reprendre la profession. Jean-Paul Ménager affirmait ainsi dans nos colonnes du 22 mai que « les experts-comptables avaient repris leur rôle de relai ». « Nous sommes vus aussi comme du conseil. C’est une transformation qui nous plaît », affirme Laurent Guilbaud. Alexandra Brasset-Sabin insiste : « Nous sommes des couteaux suisses pour permettre aux entreprises de passer le cap dans des conditions optimales. » Lydie Marchais-Renoux souligne quant à elle la proximité développée avec les chefs d’entreprise. « Les liens ont été renforcés. Nous avons échangé sur des sujets nouveaux, comme la protection du dirigeant en cas de problème. Quelles sont les conséquences si l’entreprise échoue ? Sur les finances, le patrimoine… Ils n’y pensent pas au démarrage car il faut un minimum de folie pour créer une entreprise. » Le cabinet BAC conseil se positionne aussi sur la cybersécurité. « Les données que nous traitons sont sensibles, encore plus avec cette dématérialisation accélérée. C’est un vrai sujet. On a pu voir pendant le confinement une augmentation des cyberattaques. Nous y travaillons. »

DU CONSEIL NON-FACTURÉ PAR LES EXPERTS-COMPTABLES

Quant à l’avenir, il reste de nombreuses incertitudes. Le cabinet EFI-Sciences dit avoir enregistré de nouveaux clients à la rentrée. « Les dirigeants se sont beaucoup parlé pendant le confinement et se sont échangés des adresses… La crise bouscule aussi un peu le marché du conseil… », estime Lydie Marchais-Renoux.

Le cabinet BAC audit conseil a perdu deux clients après une liquidation judiciaire à la rentrée. Mais rien « d’inquiétant » selon Alexandra Brasset-Sabin. « Le cabinet se développe. Nous sommes très présents aux événements, dans les instances… Je défends un exercice plus moderne de la profession, qui peut se remettre en question et être plus flexible. C’est important aussi afin de rester attractifs auprès des jeunes. »

« Pour l’instant, les cabinets se portent bien, les entreprises ont pu payer leurs honoraires, constate Jean-Paul Ménager. Nous n’avons pas facturé tout le temps donné pendant le confinement. La période la plus difficile nous attend. Avec les défaillances qui se profilent, il devrait y avoir des factures non payées. Et un risque d’effet domino. »

Évoquant l’avenir à plus long terme de la profession, Jean-Paul Ménager estime que le nombre de salariés devrait diminuer dans les offices. « Les travaux comptables vont être simplifiés avec la facturation électronique1 puisque 70 à 80% des écritures vont être directement affectées. Mais il y aura aussi de plus en plus de besoins en conseil et gestion d’entreprise. Nous nous entourons d’autres professionnels tels que les avocats, les informaticiens… »

DES AVOCATS PLUS FRAGILES

La situation des avocats semble aujourd’hui plus fragile, avec des sollicitations mais à des niveaux divers. Un sondage réalisé par le Conseil national des barreaux en septembre, indique une baisse d’activité de 50% pour la moitié des répondants depuis le mois de mars. Des chiffres à prendre avec des pincettes puisque toutes les spécialités sont confondues. Des tendances se dégagent néanmoins.

À Nantes, le barreau compte 1 200 avocats. 60% ont une activité de conseil aux entreprises. Le bâtonnier de Nantes, Bruno Carriou, ne constate pas de difficultés économiques majeures des cabinets. « Il y a eu des pertes de chiffre d’affaires, en particulier pendant le confinement, mais c’est plus doux pour ceux qui font du conseil que pour ceux qui travaillent en contentieux. » Pour ces derniers, en effet, pas de procès, pas de règlement des dossiers et donc pas d’honoraires. Comme n’importe quelle entreprise, certains cabinets ont dû recourir aux aides du gouvernement. « Cela dépend des structures, explique l’avocat Fabrice Albert, en charge des relations avec le monde économique au sein de l’ordre des avocats de Nantes.

Nous n’avons jamais connu de période avec des sorties de textes aussi fréquentes. Bruno CARRIOU, bâtonnier du Barreau de Nantes

Les grosses ont eu recours aux PGE, les petites ont eu tendance à écraser les niveaux de rémunération. » Le barreau de Nantes a décidé, de son côté, de neutraliser trois mois de cotisation à l’ordre et de mettre en place un système d’aide au niveau de la caisse de retraite.

Bruno Carriou, spécialisé en droit social et associé chez Ipso Facto, parle d’un travail accru pendant la période de confinement. « La législation a été compliquée à suivre… Nous n’avons jamais connu de périodes avec des sorties de textes aussi fréquentes. » Le barreau de Saint-Nazaire compte, de son côté, 120 avocats dont 6 référencés en droit commercial et corporate. Son bâtonnier, Bruno Denis, relève des difficultés, avec la fermeture des tribunaux pour « les clients qui souhaitaient que leur dossier soit plaidé ». Pour ce qui le concerne, il estime que son cabinet Cadoret Toussaint Denis et associés, spécialisé en droit commercial, rattrape en ce moment le retard pris pendant le premier confinement. « Il y a eu aussi de nouveaux dossiers du fait de la crise : tout ce qui touche aux contrats de location commerciale avec l’annonce de la possibilité du report des loyers. » Pour autant, « il n’y a pas de retour à l’équilibre. Ces interventions sont du one-shot, les solutions sont trouvées assez rapidement. Cela ne correspond pas à l’activité classique du cabinet. »

Concernant le cabinet Fidal (50 avocats à Nantes, plusieurs milliers de clients), on ne relève pas de baisse d’activité ni de baisse de rémunération des avocats. « Certains personnels administratifs et des avocats salariés ont été placés en chômage partiel, mais uniquement les nouveaux arrivants. Nous constatons surtout un surcroît d’investissement de la part des collaborateurs. Cela a été une période intense, avec de nombreuses demandes d’information et d’accompagnement », explique Thibault Hénique, directeur du bureau de Nantes. Parmi les sujets gérés par le cabinet : immobilier, droit du travail, des contrats, des assurances, jusqu’à la question du taux de TVA à appliquer sur les masques. Des secteurs ont reporté des opérations mais elles sont reparties ensuite. Entre les pertes et les nouveaux dossiers, il y a eu « un phénomène de vase communicant qui permet de maintenir le chiffre d’affaires. Nous avons un portefeuille de clients très diversifié donc nous ne sommes pas exposés à un secteur particulier. » Le cabinet ne constate pas de retards de paiement des honoraires : « Les entreprises ont joué le jeu. Le niveau de discussion sur les échéances de paiement est conforme à l’habitude. »

Benoit Gaborit, avocat associé chez MGA à Saint-Nazaire et président de la conférence régionale des bâtonniers de l’Ouest, constate de son côté une activité fortement ralentie au début du premier confinement, mais pas de baisse de rémunération. « Les clients auraient pu prendre contact, mais ils se sont tournés d’abord vers les banques et les experts-comptables. Nous avons donc été proactifs. Certains me disaient qu’ils n’osaient pas me déranger… Ils pensaient qu’on croulait sous les dossiers. » À la clôture de l’exercice fin juin, il enregistrait une baisse de 10% du chiffre d’affaires. Les principales problématiques traitées pendant cette période ? Baux commerciaux, assurances, avec des questions sur la garantie perte d’exploitation notamment. « Jusqu’en août, cela a été calme. Puis cela a repris en septembre. Mais nous ne pourrons pas rattraper ce qui a été perdu. Il faut se rappeler que nous étions en grève au premier trimestre 2020. Nous venions juste de reprendre les plaidoiries quand le confinement a été décidé. » Néanmoins l’activité a retrouvé son niveau habituel aujourd’hui, avec cependant plus de conseil que de judiciaire, une proportion à 75% / 25% quand elle était de moitié avant crise.

PLUS D’ACCORDS AMIABLES

Aujourd’hui, Benoit Gaborit est surtout sollicité sur les problématiques de trésorerie et les échéances de paiement aux partenaires de ses clients avec, en question, la renégociation des contrats. « On peut discuter de tout. Un contrat est signé sauf meilleur accord entre les parties, les règles du jeu sont définies à un instant T. Donc, dans une situation exceptionnelle, cela laisse le champ des possibles ouvert. » Il note aussi « beaucoup d’inquiétudes concernant les baux commerciaux. Les commerces sont très inquiets. Il y a des bailleurs compréhensifs, d’autres moins généreux. Mais il est possible qu’une nouvelle période de protection s’ouvre. » Autre évolution notée par Benoit Gaborit, une augmentation du règlement des conflits hors tribunaux. « On transige beaucoup plus souvent, avec des négociations confidentielles. Il y a eu une hausse des règlements à l’amiable pendant le premier confinement. Même les clients les plus velléitaires ont fait preuve de pragmatisme au vu de l’impasse dans laquelle leur dossier se trouvait à cause du confinement. »

Au cabinet Gueguen, à Nantes, on note également une baisse de l’activité et des facturations pour le volet droit commercial pendant le premier confinement, mais aussi « beaucoup de travail sur des sollicitations nouvelles liées au Covid », explique Mathieu Baron, avocat associé. Côté corporate, « des deals de fusion/acquisition ont pu se tenir, d’autres ont été reportés », témoigne Pierre-Marie Cado, autre avocat associé du cabinet. La perte de CA est estimée à 20% fin juin. Mais l’activité a bien repris. Aujourd’hui, « nous attendons avec impatience les décisions de la Cour d’appel et de la Cour de cassation pour trancher comment traiter cette période de confinement : force majeure ou pas ? », expose Mathieu Baron.

S’agissant des procédures collectives et simplifiées, les avocats constatent, à l’instar des experts-comptables, très peu de demandes et se préparent à un afflux de dossiers pour le premier semestre 2021.

Avec le télétravail forcé, l’exercice de la profession a forcément évolué. Tous soulignent le succès d’une réorganisation en peu de jours. Avec plus ou moins de facilité, selon qu’ils avaient déjà l’habitude de travailler ainsi ou pas. Mathieu Baron, chez Gueguen, témoigne d’une situation particulière avec « une migration des services informatiques qui avait commencé juste quinze jours plus tôt, il a fallu accélérer le mouvement ». Benoit Gaborit a apprécié de pouvoir prendre plus de temps avec les clients. « Comme tout était ralenti, on n’était plus dans l’écueil de courir partout tout le temps. » Chez Fidal, Thibault Hénique évoque aussi un management différent à distance « et l’engagement fort des managers pour entretenir les relations dans les équipes. » Autant que la relation avec les clients qui a évolué via les webinaires et les réunions en visio. « La crise implique des mutations et ce sont les plus agiles qui s’en sortiront le mieux », estime l’avocat.

VERS UNE CONCURRENCE ACCRUE ENTRE AVOCATS ?

Quant à l’avenir, si tous s’accordent à dire que les entreprises vont traverser de grosses zones de turbulence, chez les avocats, Fabrice Albert parle d’un mélange « d’inquiétude et d’attentisme optimiste. » « On ne croit pas à une situation économique défavorable durable. Le problème, c’est qu’on ne sait pas quand cela va s’arrêter et les nouvelles ne sont pas très bonnes lorsqu’on évoque un possible reconfinement*. L’activité des avocats d’affaire est forcément liée à la situation globale.

Un lien d’amitié s’est créé entre les représentants Frédérick DUVERT, président de la chambre départementale des notaires de Loire-Atlantique

Des cabinets sont en difficultés financières aujourd’hui, avec de lourdes dettes. Si elles s’accroissent, avec la nécessité de rembourser les PGE, payer les arriérés de charges, certains cabinets s’en sortiront, d’autres vont souffrir. Il y a un risque de concurrence accrue entre nous et c’est ce que nous craignons. Il ne faudrait pas tomber dans la dégradation de nos tarifs. C’est en discussion au niveau de l’ordre. »

DES MANDATS DE PROTECTION

Les notaires, de leur côté, sont encore peu appelés par les chefs d’entreprise. « Les dirigeants nous sollicitent comme tout citoyen, mais avec des besoins particuliers puisque toute question de succession, de mariage, de divorce ou de décès a un impact sur la ou les entreprises qu’ils possèdent », explique Frédérick Duvert, président de la chambre des notaires de Loire-Atlantique. Aujourd’hui, il ne constate pas de suractivité sur ces questions, mais « cela va arriver », estime-t-il.

« Les dirigeants sont la tête dans le guidon et traitent avec leurs interlocuteurs du chiffre. Le notaire intervient en général lors de la création de l’entreprise sur le régime matrimonial ou, à la fin, quand le dirigeant souhaite une transmission ou une donation. L’idéal serait d’anticiper, mais cela est compliqué », analyse-t-il. Xavier Bouché, notaire associé à l’office notarial de l’Estuaire, sur l’Île de Nantes, est le référent du label Notaires juriste d’entreprises (NJE) en Loire-Atlantique2. « Pendant le confinement, l’activité a été mise en sourdine, avec une baisse de CA de 50% environ. Depuis, c’est revenu à la normale », témoigne-t-il. Avec un constat : les chefs d’entreprise l’interrogent sur les mandats de protection future et posthume. Ce sont des mandats qui permettent de confier les rênes de l’entreprise en cas de décès ou d’incapacité. « Je suis très sollicité sur ces problématiques de protection liée à la vulnérabilité du chef d’entreprise. Peut-être que cette période particulière les pousse à tout envisager ? »

Au total, face aux perspectives sombres qui se profilent, en particulier dans les secteurs les plus touchés par la crise sanitaire, les professionnels du droit et du chiffre préfèrent garder une attitude « d’optimisme réaliste », une formule employée par l’expert-comptable Alexandra Grasset-Sabin, mais qui reflète bien l’ensemble des discours. Avec comme objectif de garder la lucidité nécessaire pour rester en ordre de bataille, « au plus proche des entreprises ».

 

  1. Présente dans le projet de loi de finances 2020, la facture électronique doit devenir progressivement obligatoire pour les entreprises entre 2023 et
  2. Le label Notaires juriste d’entreprise a été créé en 2015 par le Conseil supérieur du notariat pour former et identifier les notaires qui s’intéressent au droit des On en recense une vingtaine en Loire-Atlantique.

* L’entretien a eu lieu le 26/10 avant l’annonce du nouveau confinement.