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Entreprises en difficulté : « l’union sacrée » autour des patrons

Initialement portée par la CPME Pays de la Loire, l’initiative du Groupement de prévention agréé (GPA) associe désormais largement les acteurs de l’écosystème entrepreneurial afin d’aider au mieux les TPE et PME ligériennes en difficultés.

Samuel Tual (Medef), Olivier Morin (CPME), Didier Martin (préfet), Hassiba Kaabeche (Banque de France). entreprise

De g. à d. : Samuel Tual (Medef), Olivier Morin (CPME), Didier Martin (préfet), Hassiba Kaabeche (Banque de France). © I.J

«Il y a un an, on imaginait que les défaillances d’entreprises allaient venir en nombre. Heureusement, 2021 a finalement été une très bonne année et nos entreprises ont eu une capacité de rebond incroyable, enregistrant une reprise sans précédent. Même en ce début d’année, les chiffres n’ont jamais été aussi bons. Et pourtant, l’horizon s’obscurcit », analyse Samuel Tual, président du Medef Pays de la Loire, qui s’attend à ce que la guerre en Ukraine ait un impact sur la croissance, entre hausse des prix, problématique des matières premières et ralentissement des investissements.

Au vu de ce contexte, le syndicat patronal a souhaité s’associer à une initiative lancée en 2021 par la CPME Pays de la Loire : le Groupement de prévention agréé (GPA). En effet, déployé pour contrer les effets de la crise économique de 2008 dans une autre région, le Centre Val de Loire, le GPA a fait la preuve de son efficacité à accompagner et soutenir les dirigeants de TPE-PME en difficultés, avec un taux de pérennisation de 75 % des entreprises.

Fort de cette expérience, un Groupement de prévention agréé a vu le jour en Pays de la Loire. Doté d’un agrément de la préfecture et soutenu financièrement par le Conseil régional, il s’est structuré et déploie désormais cinq antennes départementales.

« NOUS ASSOCIER POUR MIEUX SOUTENIR L’ÉCONOMIE »

Car le GPA, association loi 1901, n’est pas porté uniquement par les organisations patronales, mais plus globalement par l’écosystème gravitant autour des entreprises : CCI, Banque de France, ou encore Urssaf. « La crise sanitaire a mis en lumière l’importance de nous associer pour mieux soutenir l’économie, observe ainsi Justine Bergère. La région a une situation plutôt favorable, néanmoins nous sommes conscients que la fin progressive des mesures mises en place lors de la crise sanitaire pourrait révéler des situations de difficultés. Aujourd’hui, le contexte amène à renforcer cette vigilance et à continuer de proposer des solutions sur-mesure », indique la directrice adjointe de l’Urssaf régional, évoquant notamment le plan d’apurement des dettes proposé aux entreprises.

Même logique du côté de la Banque de France. Hassiba Kaabeche, sa directrice régionale, a donc signé une convention de partenariat avec la GPA « sans aucune hésitation ».

« La Banque de France va s’engager dans ce partenariat en apportant ce qu’elle sait faire de mieux : en partageant sa connaissance de l’écosystème, son expertise financière, conjoncturelle, sectorielle, via son réseau de correspondants TPE-PME installés dans chaque département. » Un accompagnement qui a d’ailleurs été élargi depuis un an aux start-up.

Deuxième engagement : « la mise à disposition pour tous les chefs d’entreprise d’une prestation gratuite. Baptisée Opale (Outil de positionnement et d’analyse en ligne des entreprises), elle leur permet de disposer d’un diagnostic et d’une simulation financière. »

« DANS LE TAMBOUR DE LA MACHINE À LAVER »

La raison d’être du GPA s’appuie sur une réalité. « L’entrepreneur a un caractère particulier : il est persuadé que tout va réussir, même dans la difficulté. Et il est fier, reconnaît Jean-François Reynouard. Une fierté qui fait justement dire au président de la CCI Pays de la Loire : « Je ne suis pas sûr qu’il soit prêt à taper à une porte, même si dessus il est écrit : “ici, on vous sauve”. Il faut donc porter régulièrement des messages pour qu’à un moment il accepte d’être aidé car, je le sais pour l’avoir vécu : on est dans le tambour de la machine à laver et on n’entend plus personne. »

« C’est difficile d’aller dire qu’on est en difficultés, abonde Olivier Morin, président du GPA Pays de la Loire. Et c’est tout l’intérêt du GPA, qui est constitué de bénévoles, d’anciens chefs d’entreprise, experts-comptables, banquiers, avocats… qui ont envie d’aider. On n’est pas là pour remplacer le tribunal de commerce avec ses compétences et des dispositifs nombreux, mais pour travailler sur les cas qui n’ont pas besoin d’y aller s’ils sont accompagnés suffisamment tôt. » Celui qui est aussi président de la CPME Pays de la Loire dit avoir « la conviction que plus tôt un entrepreneur acceptera de partager ses difficultés, plus fortes seront ses capacités à protéger son entreprise et rebondir. Peu importe le premier interlocuteur d’un entrepreneur en difficulté, la priorité est de rompre sa solitude. » Et c’est tout l’intérêt de faire

« l’union sacrée » entre les différents acteurs de l’écosystème entrepreneurial, en tissant un maillage de lanceurs d’alerte chargés de détecter les signaux faibles. Avec « le souci que ce ne soit pas une organisation de plus », mais que le GPA intervienne en complément des dispositifs existants, insiste Samuel Tual.

INFORMER, ÉCOUTER, CONSEILLER

Concrètement, le Groupement de prévention agréé se donne pour mission d’informer, d’écouter et de conseiller. « Les difficultés ne sont pas toujours celles de l’entreprise, mais peuvent être aussi celles du dirigeant qui vit dans un environnement qui peut se dégrader, avec des impacts sur l’entreprise », rappelle Olivier Morin.

Une triple mission qui s’appuie sur une déontologie, faite de bienveillance mais aussi de clairvoyance et, bien entendu, de totale confidentialité. « Ensuite, c’est le chef d’entreprise qui prend ses décisions », souligne Fabienne Riou, bénévole du GPA Loire-Atlantique. Le GPA n’est pas là pour décider, pour

« faire à la place de », mais bien pour accompagner l’entrepreneur qui, après la première prise de contact, bénéficie rapidement d’un rendez-vous avec deux membres du GPA pour faire le point sur sa situation. L’accompagnement, lui, n’a pas de limite dans le temps.

Contact

Pour contacter le Groupement de prévention agréé (GPA) Pays de la Loire :

  • Le numéro vert de la cellule d’écoute : 0 805 385 383