Couverture du journal du 16/10/2020 Consulter le journal

Développement durable : les défis de la région

Agriculture bio, qualité de l’eau… La dernière étude de l’INSEE, en partenariat avec la Dreal, sur les objectifs de développement durable dresse un portrait contrasté du bilan ligérien. Avec une grande part à faire du côté de l’agriculture…

La modernisation de la centrale électrique de Cordemais, en 2014, a contribué à la diminution des émissions de gaz à effet de serre.

L’Insee vient de publier sa dernière étude évaluant les résultats des Pays de la Loire au regard des objectifs de développement durable. Résultat : des avancées et de nombreux défis à relever.

Sur le plan démographique, entre 2012 et 2017, les Pays de la Loire sont la troisième région de France la plus dynamique après la Corse et l’Occitanie. Un dynamisme porté par l’arrivée de nouveaux habitants, quand les naissances, au contraire, diminuent. Ce dynamisme est un atout sur le plan économique, mais aussi un défi s’agissant des objectifs de développement durable. « La démographie peut exercer une pression forte sur l’environnement du fait des besoins des nouveaux arrivants en construction de logements, implantation d’équipements et services… », explique l’étude.

DES SURFACES BIO EN PLUS

S’agissant des indicateurs liés au respect de l’environnement, un voyant est au vert : la part de l’agriculture biologique sur la surface agricole. Elle a plus que triplée entre 2017 et 2019, passant de 60 000 ha à 215 000 ha, soit aujourd’hui 10% de la surface agricole utile (SAU) contre 8% en moyenne en France. Les Pays de la Loire sont la 4e région de France pour la part de surface consacrée au bio derrière Paca, l’Occitanie et la Corse 1.

AGRICULTURE : 30% DES ÉMISSIONS DE CO2

Très observées, les émissions de gaz à effet de serre ont diminué dans la région entre 2008 et 2016, passant de 35,1 millions à 31,2 millions de tonnes équivalent (Mteq) Co2. La part des Pays de la Loire dans les émissions françaises reste stable, à 6,4%. L’étude explique cette diminution par la hausse des prix du pétrole en 2011 et la modernisation de la centrale de Cordemais en 2014. Mais insiste : « Depuis 2014, les émissions ne baissent que très légèrement. Si ces évolutions récentes se maintenaient, la région n’atteindrait pas ses objectifs du Schéma régional climat air énergie et la stratégie régionale de transition énergétique2. » La crise du Covid pourrait l’y aider, mais pour combien de temps ? La structure des émissions de la région possède, par ailleurs, des spécificités. La principale est le poids de la part de l’agriculture (30% contre 22% en province) dans ces émissions du fait de l’importance de l’élevage et des cultures agricoles. Ces émissions restent stables depuis 2008 et possèdent plusieurs le- viers d’action « incontournables » pour les réduire selon le rapport : changement des modes de consommation, circuits courts, maintien des prairies, zéro artificialisation. Le deuxième secteur émetteur de la région sont les transports (27%) et le troisième, à un niveau bien moindre, l’industrie (15%).

ÉNERGIES : PEUT MIEUX FAIRE

La consommation d’énergie, de son côté, est en diminution de 7% entre 2008 et 2016 pour la consommation par ha- bitant. Par secteur, elle diminue de 5% dans l’industrie et l’agriculture et de 2% dans le tertiaire. La production d’énergie renouvelable reste un fort levier d’action. Si la production électrique d’origine renouvelable a progressé de 89% entre 2013 et 2019, sa part ne représente que 11% de la consommation électrique régionale, contre 27% sur le reste du territoire hors Île-de-France. En Pays de la Loire, l’essor du renouvelable est porté par l’éolien et le photovoltaïque dont les productions ont plus que doublé entre 2013 et 2019. Mais l’étude le rappelle : « Le développement des énergies renouvelables n’est pas sans impact écologique à l’échelle mondiale car il consomme des ressources rares avec des conséquences dans les pays producteurs. L’enjeu principal reste de réduire la consommation globale d’énergie. »

CHAMPIONS DU RECYCLAGE…

Du côté des déchets des ménages, la diminution est qualifiée d’insuffisante par les auteurs de l’étude. Par habitant, le niveau de 2017 était de 580 kg collectés, autant que dans le reste de la France. Sauf qu’au niveau national, la quantité collectée était de 10 kg supérieure il y a dix ans. « La trajectoire de la région est actuellement éloignée de l’objectif à atteindre » dans le cadre de la loi pour la Transition énergétique de 20153.

Un point positif tout de même : la valorisation des déchets est meilleure. Les collectes séparées en sacs jaunes, déchèteries… sont plus performantes qu’à l’échelle nationale. L’objectif du Grenelle de l’environnement de 2009 visant à orienter les déchets vers le recyclage et la valorisation organique à hauteur de 45% en 2015 était déjà atteint en 2009. En 2015, les Ligériens parviennent à 65% de déchets valorisés.

…MAIS PAS DE LA QUALITÉ DE L’EAU…

Parmi les axes d’amélioration les plus urgents : la qualité de l’eau. Celle-ci s’est de nouveau dégradée avec la moitié des cours d’eau classés en qualité médiocre voire mauvaise. En 2017, seuls 11% des cours d’eau sont « en bon état » écologique contre 44% en France. Un problème qui touche sur- tout la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire et la Vendée. En cause, la présence élevée de pesticides et de nitrates qui a atteint un niveau plus élevé en 2018 qu’il y a dix ans.

…NI DE LA PRÉSERVATION DES SOLS

Autre point noir : l’artificialisation des sols. En 2015, « avec 12% de sa surface artificialisée, les Pays de la Loire sont la troisième région de province la plus artificialisée, après la Bretagne et les Hauts-de-France ». Un rythme soutenu, en partie lié au dynamisme de la démographie dans la région. Sauf que l’artificialisation augmente plus vite que la population4. Les deux tiers de la surface artificialisée sont consacrés au logement des particuliers.

S’agissant des logements, justement, leur nombre augmente aussi plus vite que la population (+1,3% par an contre +0,7% entre 2011 et 2016). Des familles moins nombreuses, des séparations plus nombreuses, davantage de personnes vivant seules ou en couple sans enfant, un vieillissement de la population et une hausse du nombre de résidences secondaires sont à l’origine de cette évolution. La région possède par ailleurs une autre particularité : l’attrait pour la maison individuelle. En 2016, 71% des logements ligériens sont des maisons soit 10 points de plus qu’ailleurs en France !

ÉLOIGNÉS DE LEUR TRAVAIL

Enfin, les Ligériens ne sont pas très bons côté déplacements. Les distances domicile-travail ont été allongées avec l’envie de vivre dans un environnement plus calme. Ainsi, en 2016, on réalise environ 15,1 km pour aller travailler soit 0,1 km de plus qu’ailleurs en province. En parallèle, l’usage de la voiture augmente (d’un point entre 2011 et 2016 alors qu’elle stagnait entre 2006 et 2011), sauf dans les grands pôles urbains. En 2016, 79% des Ligériens utilisent la voiture pour se rendre au travail. De quoi ajouter du grain à moudre pour plus de télétravail.

 

 

  1. Respectivement 29%, 16% et 15%.
  2. La stratégie prévoit de réduire les émissions à 27,6 Mteq CO2 par an fin 2020.
  3. La loi prévoit une réduction de la production de déchets de 10% à l’horizon 2020 et de 15% pour
  4. 4,4% en plus entre 2012 et 2017 contre 3,4% de hausse de la population à la même période.