Couverture du journal du 25/09/2020 Consulter le journal

Coronavirus.  » C’est le moment de se former « 

La CPME 44 a mis sur pied une cellule de suivi spéciale en ces temps de crise liée au Covid-19. Problèmes avec les banques, besoins en formation, interrogations sur l’avenir… Nous faisons le point avec Jean-Luc Cadio, président du syndicat patronal.

Jean-Luc Cadio est président du syndicat patronal CPME44. Photo CPME

Vous avez mis en place une cellule de suivi pour faire face à la crise liée au Covid-19. Comment est-ce que cela fonctionne ?

C’est un dispositif que nous avons mis sur pied depuis trois semaines au niveau de notre département. La cellule de veille tient des permanences pour traiter les demandes des adhérents et leurs difficultés. Nous faisons en sorte que la réponse soit la plus personnalisée possible. Nos salariés en télétravail les aiguillent vers les différents organismes (banque, BPI…), leur donnent des recommandations sur le chômage partiel…

Le bureau se réunit toutes les semaines avec la mise en place de commissions opérationnelles. Les membres du conseil d’administration et du bureau sont très impliqués et motivés pour accompagner les adhérents.

Recevez-vous beaucoup d’appels ?

Entre vingt et trente par semaine. C’est en diminution par rapport au début du confinement où nous en avions plutôt une quarantaine.

Quelles sont les principales interrogations 
de vos adhérents ?

Tout le monde se demande quand va se terminer le confinement. On leur dit que cela devrait durer jusqu’à la mi-mai. Même si, bien sûr, nous n’avons aucune indication sur ce qu’il va se passer. Nous préférons les préparer à un confinement plus long. Beaucoup sont des restaurateurs, des cafetiers qu’il faut essayer de sécuriser, ce qui n’est pas facile. Avec la 
CCI, nous allons mettre en place une marketplace (lire p. 6) 
pour donner un outil aux commerçants locaux afin de vendre leurs produits. C’est très compliqué pour les commerçants qui ont des stocks et pas de trésorerie… C’est donc intéressant pour eux d’y adhérer.

Quelles sont leurs inquiétudes ?

Ils se demandent si l’État va respecter ses engagements. Mais aussi comment va se dérouler le déconfinement. On commence à en avoir un aperçu avec l’Italie, mais c’est tout. Et puis comment va repartir l’économie ? Surtout pour le tourisme, les cafés et restaurants, les commerces… Des sociétés comme l’alimentaire en revanche ne connaissent pas la crise : les grossistes de fruits et légumes au Min se portent plutôt bien en ce moment.

Quels problèmes concrets remontent-ils ?

La grosse difficulté aujourd’hui est le non-règlement des factures par certains clients qui ne respectent pas les règles. Alors que, si le prêt garanti par l’État existe, c’est pour donner 
à l’entreprise la possibilité de faire tourner l’économie et de payer ses fournisseurs. Surtout qu’après la crise, on aura besoin de ces fournisseurs…

Par ailleurs, les commerçants se mobilisent pour obtenir une annulation de leurs charges et non un report. Il y a eu un premier report de charges jusque fin juin 2019 avec le mouvement des gilets jaunes. Maintenant il y en aurait un second. Comment vont-ils s’y retrouver ? Certaines de nos PME sont confrontées à un mur de dettes qui va devenir infranchissable. Nous encourageons d’ailleurs les entreprises en difficulté à ne pas attendre qu’il soit trop tard pour demander un plan de sauvegarde avant d’aller au dépôt de bilan (lire aussi p.7). Il faut anticiper.

Au niveau national, nous négocions la mise en place d’une indemnité pour la perte de revenus des commerçants.

Est-ce qu’ils arrivent à s’y retrouver 
dans les différents dispositifs de crise ?

Leur dossier est parfois difficilement éligible car leur entre­prise avait déjà des difficultés avant la crise. Il y a eu de mauvaises interprétations des mesures annoncées. Aujourd’hui, les sociétés en fonds propres négatifs ou qui avaient une situation comptable mauvaise en décembre 2019 ne pourront pas accéder au prêt garanti par l’État.

Concernant les déclarations de chômage partiel, il a fallu faire patienter les adhérents car tout était bloqué. Les gens ne comprenaient pas comment on pouvait être inscrit sans recevoir de confirmation d’enregistrement de leur demande. Mais aujourd’hui tout semble rentrer dans l’ordre.

On essaye aussi de faire en sorte que les banques respectent les engagements pris par le gouvernement. Pour certaines, ce n’est pas le cas. Beaucoup aujourd’hui refusent les reports ou les prêts adossés pour les SCI. Nous nous tournons alors vers l’organisme concerné : nous avons un interlocuteur au sein des banques, sinon nous travaillons avec la Banque de France et la médiation du crédit. Parfois il y a des blocages sur des dossiers pour lesquels on se demande bien pourquoi.

Quelles autres initiatives avez-vous lancé ?

Nous avons mis en place des webinaires avec des thèmes spécifiques avec quatre-cinq intervenants et un animateur pour échanger sur des thèmes précis. Par exemple, pour les ressources humaines : comment animer ses réunions en visio­conférences ? Quels sont les dispositifs bancaires ?… Ces webinaires sont ouverts aux non-adhérents. Les chefs d’entre­prise se retrouvent moins seuls. Ils peuvent ainsi échanger avec leurs pairs et non avec des organismes tiers.

Ont-ils des demandes spécifiques aujourd’hui ?

Beaucoup d’entreprises voudraient profiter de cette période de confinement et de chômage partiel pour lancer des plans de formation. Nous avons fait une demande le jeudi 2 avril auprès de la Direccte et de plusieurs élus pour savoir comment cela pourrait s’envisager.  Les OPCO sont débordés avec la réorganisation entre OPCO et OPCA lancée l’année dernière. Des organismes de formation ont trois mois de retard de factures. On leur demande de travailler sur la formation de demain, coordonnée avec le chômage partiel et la possibilité de crédit. Car c’est important de pouvoir se former pendant qu’on est à l’arrêt.

Préparez-vous l’après-confinement ?

Oui, à la CPME 44, nous sommes des facilitateurs vis-à-vis des adhérents et nous sommes la courroie de transmission entre les entreprises et les organismes pour mieux préparer le futur. Nous travaillons sur l’après dès cette semaine. Nous lançons des propositions pour les faire réfléchir : sur la 
R&D, de nouveaux produits, la formation, le retour à l’activité économique…