Couverture du journal du 25/09/2020 Consulter le journal

Conférence sociale régionale : « Être force de proposition »

Impulsée et portée par les partenaires sociaux, la conférence sociale régionale a pris ses marques et a un programme de rentrée bien chargé. Première en France, créée pendant la crise sanitaire, elle pose l'échelon régional et le dialogue social comme essentiels au diagnostic et à l'action.

C’était au début du confinement, quand chacun tentait de prendre sa place, de faire entendre sa voix et surtout d’échanger pour chercher des solutions, des réponses à la crise sanitaire. Impliqués à divers échelons, de multiples acteurs. État, Région, syndicats patronaux, de sala­riés… « Nous avons très vite établi des rituels d’échanges, explique Samuel Tual, président du Medef Pays de la Loire, avec différents interlocuteurs. Nous avons, avec la 
crise, ressenti le besoin de se parler plus régulièrement, à l’échelon de la région, pour partager les diagnostics, être force de proposition… » Séances de visioconférence avec la Région et la Préfecture, échanges avec les syndicats… « Mais nous restions beaucoup dans des relations bilatérales, estime-t-il. Nous avons alors souhaité créer une instance quadripartite. » Même écho du côté de la CFDT : « Cette crise est à la fois sanitaire, économique, pose des questions liées à la formation et à l’emploi, et donne l’occasion de réfléchir à un nouveau mode de développement économique, estime Isabelle Mercier, secrétaire régionale de la CFDT. Au tout début, nous étions en relation avec les autres syndicats, le Medef et la Préfecture essentiellement, mais nous avons voulu également inclure les acteurs de l’État et de la Région. » La décision de créer une conférence sociale émerge alors, avec à sa base la majorité des partenaires sociaux au niveau régional*. Co-présidée par le Préfet et la présidente du Conseil régional (ou leurs représentants) elle fonctionne selon un mode original : les partenaires sociaux préparent les réunions et leurs ordres du jour, négociés ensuite avec le Conseil régional et l’État, le secrétariat et l’animation étant assurés par le Medef et la CFDT. 

« FONCTIONNER EN TRANSVERSAL »

Lancée le 13 mai, elle s’est donnée trois priorités : accompagner les entreprises et les salariés en matière d’organisation et de santé au travail au moment de la reprise d’activité, limiter les conséquences de la crise sanitaire en Pays de La Loire en misant sur tous les dispositifs possibles, et agir pour limi­ter l’impact social de la crise. Avec un pivot syndical, mais une organisation et des responsabilités qui impliquent donc tous les échelons. Sur chaque thématique, des organismes ‘‘pilotes’’ associent d’autres acteurs. Par exemple, sur les enjeux d’innovation sociétaux économiques et écologiques, où l’on retrouve le Ceser, ou la thématique « travail et prévention du Covid » dont l’un des pilotes est le CROCT (Comité régional d’orientation des conditions de travail), ou encore l’atténuation des effets de la crise économique et sociale, piloté par le Crefop (Comité régional de l’emploi, de la formation et de l’orientation professionnelles). « Ce sont des acteurs importants des thématiques abordées, le fait de les activer étaient nécessaires pour nous, explique Isabelle Mercier. Fonctionner en transversal et non en silo, comme c’est souvent le cas pour les institutions d’État ou régionales, et intégrer ce type d’intervenants qui ne sont pas toujours sollicités était fondamental. » Pour Samuel Tual, « c’est une grande fierté d’avoir réussi, estime-t-il. Ce n’était pas gagné d’avance. » 

« RESTER PRAGMATIQUE »

Pour la CPME, « naturellement partie prenante du dialogue social », selon les propos d’Olivier Morin, président de la Confédération des Pays de la Loire, le pragmatisme doit dominer. « Il faut rester vigilant sur l’autodiscipline au sein de la Conférence, ne pas retomber dans les travers d’une vision technocratique et ne pas créer une nouvelle organisation qui viendrait dupliquer par exemple les travaux du Ceser ou autres organisations. Nous devons être une force de proposition concrète. »

La Conférence sociale, qui s’est pour l’heure réunie deux fois et prévoit une nouvelle rencontre en septembre, a fait, fin juillet, un premier bilan des actions qu’elle a portées : le numéro vert Covid-19, la rencontre des Opco, le diagnostic des situations et des propositions pour le plan de relance régional… Parmi les chantiers de la rentrée, le soutien à l’économie régionale, avec des priorités sur lesquelles les partenaires devront se rejoindre : « Pour nous, la question du renforcement des fonds propres des PME est très importante, souligne Olivier Morin. Les entreprises sont sous perfusion mais vont devoir rembourser, il faut trouver des moyens de financement, sinon on va « aller dans le dur » à partir du mois de septembre. La proposition de travailler sur ce thème a été validée par la Conférence », se réjouit-il. 

Sur le volet économique et social, la CFDT souhaiterait notam­ment la mise en place de cellules de reclassement inter-entreprises pour les salariés des TPE/PME au niveau des bassins d’emplois, pour « accompagner les réorientations de production des secteurs naval et aéronautique avec maintien de l’emploi dans ces filières ». Pour le moment, le dialogue social, l’un des paris de la Conférence, semble aller dans le bon sens. « L’un des mérites est que les représentants des salariés peuvent entendre les difficultés des entreprises dans cette crise, et comprennent mieux ce qu’elles vivent aujourd’hui », estime Olivier Morin. Et vice et versa. 

* Medef, CFDT, CPME, CFE CGC, U2P, UNSA, FRSEA, CFTC.