Christelle Morançais, présidente de la Région Pays de la Loire : le pari de l’investissement

Dans un contexte budgétaire contraint, Christelle Morançais maintient son cap : réduire les dépenses de fonctionnement pour préserver l’investissement régional. Formation, innovation, accompagnement des entreprises… la présidente des Pays de la Loire défend une politique tournée vers les mutations économiques du territoire et une gestion plus exigeante des deniers publics. Une méthode qu’elle juge transposable à l’échelle nationale.

Christelle Morançais octobre 2026

Christelle Morançais octobre 2026 BENJAMIN LACHENAL - IJ

Lycées, transports, formation, développement économique… Les compétences des Régions sont nombreuses. Quelles priorités avez-vous fixées pour accompagner les entreprises et préparer l’avenir économique des Pays de la Loire ?

J’ai fixé trois priorités pour ce mandat : l’emploi, la jeunesse et les transitions. Elles se rejoignent dans notre politique économique. L’emploi, c’est d’abord l’enjeu des compétences, avec des formations qui correspondent aux besoins des entreprises. La jeunesse, c’est préparer les futurs salariés et entrepreneurs de notre région. Quant aux transitions, climatiques et numériques, elles imposent d’anticiper les transformations, notamment dans l’intelligence artificielle et la robotique.

J’accorde une place centrale aux entreprises parce que ce sont elles qui créent la richesse, les emplois et l’attractivité de nos territoires. Notre rôle est de les accompagner, des commerçants et artisans jusqu’aux PME, ETI et grands groupes. Les Pays de la Loire ont la chance de disposer d’une grande diversité de secteurs d’activité. L’aéronautique, la construction navale, l’agroalimentaire ou l’automobile sont présents sur nos cinq départements. C’est notamment cette diversité qui nous a permis de mieux résister à la désindustrialisation qu’ont connue d’autres régions.

Près de 40 lycées ont été touchés par les récentes dégradations, dont une douzaine lourdement, pour au moins 4 millions d’euros de dégâts. Ces événements vous conduisent-ils à revoir vos priorités d’investissement, notamment en matière de sécurité ?

La sécurité fait déjà partie de notre stratégie d’investissement dans les lycées, avec une enveloppe dédiée. Les besoins diffèrent selon les établissements, qu’ils soient situés en milieu rural ou urbain. Cela peut passer, par exemple, par la sécurisation des accès. Nous allons poursuivre ces investissements, car les personnels éducatifs et les agents régionaux expriment une attente très forte. C’est particulièrement vrai au lycée Nelson-Mandela, à Nantes, qui a subi d’importantes dégradations.

Mais notre politique ne se limite pas à la sécurité. Nous investissons également dans la rénovation énergétique, la construction et l’extension des établissements. En juin 2025, nous avons voté une stratégie d’investissement de 850 millions d’euros pour les lycées sur la période 2025-2030, contre 750 millions lors du mandat précédent. Nous avons fait le choix de privilégier l’investissement au fonctionnement pour répondre à nos compétences essentielles : les transports, l’éducation et le développement économique. Ces investissements génèrent aussi de l’activité pour les entreprises régionales.

Comment absorber une dépense imprévue de cette ampleur sans renoncer à d’autres priorités ?

Il faut que les casseurs deviennent les payeurs. Je l’assume totalement. Les responsables doivent payer les dégradations qu’ils commettent. Lorsqu’il s’agit de jeunes, il faut rechercher la responsabilité civile des parents. On oublie parfois que ces jeunes ont aussi des parents. Je défends le principe du « casseur payeur », parce que tout cela, c’est de l’impôt. Ce n’est pas aux contribuables de régler la facture.

Toutes les Régions interviennent peu ou prou dans les mêmes domaines. Qu’est-ce que les Pays de la Loire font réellement différemment des autres ?

Notre singularité, c’est probablement l’investissement. Dans un contexte de finances publiques de plus en plus contraintes, j’ai choisi de le privilégier au détriment du fonctionnement. Les Pays de la Loire ont augmenté leurs investissements de 6 %, quand les autres Régions les ont réduits de 14 %. (Le recul de 14 % repose sur des données provisoires de 2025. Selon les chiffres définitifs de l’OFGL, les investissements des Régions ont baissé de 7,1 %, tandis que les dépenses d’équipement ont progressé en Pays de la Loire et en Île-de-France, NDLR).

Une Région remplit un rôle plus stratégique que d’autres collectivités. Elle doit préparer l’avenir, et cela passe par l’investissement. Lorsque les recettes ne sont pas au rendez-vous, il faut faire des choix. Le mien est clair, préserver notre capacité à investir pour préparer le futur.

Préserver notre capacité à investir pour préparer le futur

Les économies engagées depuis 2025 ont concerné l’ensemble des politiques régionales, avec des réductions particulièrement visibles dans la culture, le sport et la vie associative. Quels critères ont guidé vos arbitrages dans ces secteurs ?

J’ai abordé ce budget comme n’importe quel chef de famille ou chef d’entreprise. Si vous avez 100 et que, du jour au lendemain, vous n’avez plus que 50, vous ne continuez pas à dépenser 100. J’ai donc repris le budget ligne à ligne, en distinguant les dépenses de fonctionnement et d’investissement, puis j’ai défini mes priorités et les compétences sur lesquelles la Région devait se concentrer.

J’ai décidé de supprimer le système de subventions, et pas uniquement dans la culture, le sport ou la vie associative. Je n’ai pas fait de distinction selon les étiquettes politiques ni cherché à favoriser qui que ce soit. J’ai supprimé les subventions sans exception. D’ailleurs, les plus importantes ne se trouvaient pas dans le domaine culturel.

C’est un choix politique que j’assume pour préserver notre niveau d’investissement. Nous nous sommes habitués à considérer les subventions comme des financements acquis à vie. Mais non, elles ne le sont pas ! On est shooté à la dépense publique. Ce système relève trop souvent du saupoudrage. Or, le rôle d’une Région n’est pas de saupoudrer les financements, mais de rechercher l’efficacité de ses politiques publiques.

Christelle Morançais octobre 2026

Christelle Morançais, présidente de la Région Pays de la Loire à l’Hôtel de Région à Nantes en octobre 2026.  BENJAMIN LACHENAL – IJ

Vous avez fait évaluer les conséquences de ces baisses de subventions. Quels enseignements en tirez-vous ?

Nous avons mené cette évaluation dans le domaine culturel, notamment pour le spectacle vivant. Elle montre que les subventions régionales représentaient 0,8 % de l’ensemble des su…

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