Couverture du journal du 02/12/2022 Consulter le journal

Betty Vergnaud, dirigeante de Marc & Betty : la fureur de vivre

Petite-fille et fille d’entrepreneurs, Betty Vergnaud fait partie de ces dirigeants au leadership inné, qui savent d’emblée emmener leur entourage dans leur vision et leurs projets. Dirigeante d’une PME familiale spécialisée dans la distribution alimentaire automatique, Marc & Betty, mais aussi plus récemment d’une start-up (Queeny1) qu’elle portait depuis longtemps, elle impressionne par son énergie et son formidable appétit de la vie. Portrait.

Betty Vergnaud Marc & Betty

Betty Vergnaud, dirigeante de Marc & Betty, a aussi créé une start-up : Queeny - ©Benjamin Lachenal

C’est un petit bout de femme pétillante, avec une voix d’héroïne à la Disney, pleine d’entrain, qui nous accueille dans les locaux de son entreprise Marc & Betty à Bellevigny. Son bureau, dépersonnalisé au possible, tranche singulièrement avec l’impression immédiatement chaleureuse qui se dégage de cette dirigeante de 45 ans. Quand on s’en étonne, la réponse fuse : elle n’a pas encore eu le temps de se consacrer à la décoration, l’entreprise ayant emménagé dans ces nouveaux locaux durant l’été. En revanche, elle a une idée très précise de ce qu’elle veut accrocher aux murs : des photos de personnes qui l’inspirent. « Il y aura forcément Simone Veil, ainsi que mes grands-parents et mes parents », annonce-t-elle d’emblée. Sans oublier Steve Jobs, qu’elle dit citer à tout bout de champ et qui l’inspire tant pour son côté visionnaire que pour sa persévérance. « Le mec a quand même supprimé les touches du téléphone ! », s’enthousiasme-t-elle.

Cet enthousiasme, communicatif, est l’un des marqueurs de la personnalité de Betty Vergnaud. Il va de pair avec un besoin d’activité permanente, que ce soit sur son temps professionnel ou personnel. Elle confesse avec une spontanéité désarmante que son mari lui dit régulièrement qu’elle est « épuisante » à vouloir toujours programmer quelque chose. « Je pense que je suis un petit peu hyperactive », reconnaît-elle en riant.

Je n’aimais pas l’école : je ne voyais pas le sens de tout ce que l’on voulait me faire avaler.

Dirigeante de plusieurs activités, elle est aussi administratrice d’une banque où elle joue naturellement le rôle de trublion, posant souvent les questions que personne n’ose formuler. Sans oublier son investissement dans l’association des Dirigeants responsables de l’Ouest depuis des années. Son mantra ? « Je suis obsédée par l’utilité, ça c’est un problème », estime-t-elle non sans humour. Sur le plan privé aussi, les moments vides sont rarissimes. Si elle ne se reconnaît pas de passion, elle a en revanche dressé « une liste de choses à faire avant de mourir », comme apprendre à jouer de la guitare classique ou à jardiner… Là encore, elle cultive le registre de l’utile.

Dans cette débauche d’énergie et d’activité permanentes qui en impressionnent plus d’un dans son entourage, le travail occupe une place centrale. C’est même une valeur fondamentale pour Betty. Accueillant une classe de BTS venue visiter l’entreprise, elle a bousculé les jeunes en leur reprochant de ne pas avoir encore travaillé. « Le travail ce n’est pas avilissant, c’est ce qui fait que les gens se réalisent ! Ça permet de se sentir utile ! », les a-t-elle admonestés. Une franchise qui a déstabilisé au passage l’enseignante, ce dont elle n’a cure : « Je ne me fais pas que des copains, mais je suis arrivée à un âge où je m’en moque. Comme dit mon mari, on n’a déjà pas le temps de voir les gens qu’on aime, alors s’il y en a qui ne nous aiment pas, ce n’est pas grave ! »

Un talent de conteuse… et d’animatrice

La valeur travail lui a été inculquée dès ses plus jeunes années. « Il était au centre de notre éducation. Si on voulait voir nos parents, il fallait que l’on soit avec eux à travailler », raconte-t-elle encore pour illustrer son enfance. Très tôt, elle et son frère cadet Marc, qui a conduit pendant plusieurs années l’entreprise familiale avec elle, sont mis à contribution, à la hauteur de leurs moyens. Son père multiplie les activités, faisant son pain et ses viennoiseries la nuit afin de remplir les distributeurs de sandwichs et viennoiseries implantés alors essentiellement dans les lycées de Vendée et de Loire-Atlantique. Une activité lancée du temps du grand-père, mais saisonnière, qu’il complète lorsqu’elle a 12 ans d’une autre tout aussi prenante de restauration. Sa mère, de son côté, tient un commerce de vêtements et sous-vêtements à la Roche-sur-Yon.

Dans ce contexte, les vacances se résument à une semaine par an, dans les Pyrénées. Une parenthèse « sacrée »… Dès lors, on comprend que « le travail était le seul sujet à table. J’ai été piquée à ça », explique Betty. Elle poursuit d’ailleurs cette tradition familiale avec ses propres enfants, trois garçons de 21, 18 et 16 ans qui, loin d’être agacés par une activité maternelle dévorante, réclament leur dose d’un « maman, tu nous racontes ton entreprise ? »

Il faut dire qu’elle montre un vrai talent de conteuse, sachant capter et captiver son auditoire avec de multiples et savoureuses anecdotes. Ce talent, qu’elle classifie dans la catégorie animation, elle l’a cultivé très tôt, charmant ses professeurs par sa personnalité, à défaut de les éblouir par ses résultats scolaires… « Je n’aimais pas l’école : je ne voyais pas le sens de tout ce que l’on voulait me faire avaler », commente-t-elle, précisant avec un brin de provocation : « j’ai eu mon bac grâce à un 20/20 en sport ! »

La querelle des Anciens et des Modernes

Ne sachant vers quel métier se destiner, elle s’oriente dans un Deug de Langues étrangères appliquées à Nantes. « Mais qu’est-ce que j’allais faire de ça ? Je suis Vendéenne ! », souligne-t-elle, partant dans un éclat de rire. Elle poursuit alors ses études avec un BTS Action commerciale, en alternance cette fois. Son stage se déroule dans l’entreprise paternelle. Sa mission ? Aller chercher des contrats pour placer les distributeurs automatiques. Elle en garde aujourd’hui encore un souvenir mitigé : « ça frittait plus souvent que de raison avec mon père », précise-t-elle, remettant au goût du jour la querelle des Anciens et des Modernes. Elle est alors loin d’imaginer qu’elle reviendra, quelque dix années plus tard, poser ses valises pour de bon…

© Benjamin Lachenal

Avant de s’engouffrer dans l’entrepreneuriat familial, Betty suit donc son propre chemin professionnel. Ses premiers pas la mènent vers un domaine dans lequel on ne l’imaginerait pas spontanément : le recouvrement. Elle reconnaît d’ailleurs que c’est la personnalité de son dirigeant qui l’a séduite plutôt que l’activité : « c’était un patron ferme dans les affaires, mais bon avec ses salariés, qui inspirait la confiance. » D’ailleurs, quand elle retournera au recouvrement après une parenthèse de plusieurs années consacrées notamment à la reprise de ses études et à la maternité, elle déchantera rapidement, constatant que l’activité comme l’entreprise ne lui ressemblent pas du tout. Alors qu’elle se rend au travail la boule au ventre, son père l’appelle à l’aide. Partie pour « six mois, mais pas plus ! », elle n’en bougera plus.

Au départ assignée à l’approvisionnement des distributeurs, Betty remet très vite le nez dans le fonctionnement de l’entreprise. Et y trouve forcément matière à améliorations… « Je voyais bien que c’était une pépite cette boîte, mais mon père était au four et au moulin, rien n’était structuré ! » Elle institue ainsi des réunions régulières et des comptes-rendus « que personne ne lisait », convient-elle volontiers. Mais qui ont le mérite de faire circuler l’information et lui permettent de voir si l’entreprise avance sur ses chantiers.

« Le train-train, ce n’est pas trop mon truc »

Le déclic qui va la pousser à devenir dirigeante a lieu en 2013. Les universités décident de passer à la carte Monéo, un système de porte-monnaie électronique destiné à remplacer la petite monnaie. Son père refuse de s’y mettre ? Elle en fait un combat personnel, allant jusqu’à mettre en balance sa présence dans l’entreprise. Sa pugnacité – un trait de famille – finit par l’emporter. Résultat : « + 30% de chiffre d’affaires ! », lance-t-elle victorieuse. À partir de là, il devient pour elle urgent d’impulser un véritable changement à la direction de l’entreprise. Mettant les pieds dans le plat au cours d’une réunion avec les trois associés de son père, elle pose ouvertement la question de sa succession. Et se lance finalement, avec son frère. Une décision qui, de facto, pousse leur père vers la sortie. Une période forcément éprouvante, même s’il est en âge de prendre sa retraite… En 2015, c’est fait, l’année suivante étant celle de tous les développements. « C’est bien que j’avais besoin d’être libérée », en conclut-elle, pointant que, depuis, l’entreprise a toujours été en croissance. « J’ai fait plein d’erreurs, j’en fais encore et je continuerai à en faire, mais quand on regarde dans le rétroviseur, ce qui ressort est plutôt positif », synthétise-t-elle.

Avec les salariés j’essaie d’être juste, même si on ne peut pas l’être parfaitement.

Quand on lui demande quelle chef d’entreprise elle est aujourd’hui, elle se positionne immédiatement en manageuse, dont le bureau est toujours ouvert, même si elle reconnaît aussi être « archi-débordée ». Elle fonctionne à la confiance réciproque, délègue facilement, « parfois un peu trop, peut-être aussi parce que je ne donne pas toujours les bonnes instructions avant de déléguer », analyse-t-elle. Surtout, elle se dit guidée par un principe : « j’essaie d’être juste, même si on ne peut pas l’être parfaitement ».

Sans surprise au vu de sa personnalité, elle se reconnaît aussi davantage en développeuse qu’en gestionnaire. « Le train-train, ce n’est pas trop mon truc, même s’il faut le faire », convient-elle. Côté projets, elle a d’ailleurs en tête en ce moment « une grosse révolution pour le métier » tout en travaillant sur la raison d’être de l’entreprise. Elle met aussi sur pied un centre de formation pour répondre aux besoins de compétences d’aujourd’hui, mais surtout de demain pour son activité. Et rénove une maison à ses heures perdues avec son mari… hyperactive, vous avez dit hyperactive ?

1. Queeny est une application incitant les collaborateurs d’une entreprise à faire du sport sur leur temps de pause en pédalant sur un vélo connecté mis à leur disposition autour des distributeurs automatiques. 

Les mots des autres

  • Carine Chesneau, dirigeante de Lambert Manufil

« À la fois un moteur et un électron libre »

« On s’est rencontrées en 2017 dans le cadre de notre fonction d’administratrices à la Banque Populaire grand Ouest. On a tout de suite eu pas mal d’atomes crochus. On échange souvent sur nos problématiques d’entreprises et on est devenues amies.

Ce qui caractérise Betty, c’est sa spontanéité, sa gaieté. C’est une personnalité très attachante. Elle a toujours beaucoup de projets, est très investie, à tous points de vue. Elle a besoin de vivre à 100% ! Boulimique d’activités en tout genre, elle est pour autant très disponible, avec une grande capacité d’écoute et d’analyse. Elle est moteur dans les groupes, adoptant un rôle d’électron libre, avec ce naturel et cette spontanéité qui fait que ça passe ! Elle a ce talent de dire les choses à la fois franchement et gentiment. Elle est également très créative, c’est une vraie entrepreneure, avec des idées différentes des autres. »

  • Benoît Couteau, ancien dirigeant de DFC2 et maire de Monnières

« C’est une vraie leader »

« Avec Betty, on s’est connus dans le cadre des Dirigeants responsables de l’Ouest. Assez rapidement, on s’est entendus sur les valeurs humaines et les enjeux de société d’aujourd’hui. Et Betty est totalement investie sur cette mission : elle se sent cette obligation de tenir compte des enjeux sociétaux d’aujourd’hui.

C’est une femme entreprenante, avec un enthousiasme de très haut vol. Lorsqu’elle s’implique, elle le fait avec un niveau très élevé. Ce qui la caractérise le plus, c’est sa joie de vivre et le fait de vouloir la partager aux autres.

Pour moi, sa plus grande qualité, c’est l’empathie. À côté de ça, elle a aussi beaucoup de générosité et d’humilité. Au risque de s’oublier. C’est aussi une vraie manager, très humaine, ce qui est autant une qualité qu’un piège. C’est une vraie leader, qui sait se remettre en cause et s’entourer de gens en complémentarité avec elle. »

À brûle-pourpoint

Quel autre métier auriez-vous aimé exercer ?

Quand j’étais enfant, je récupérais les briques de lait et construisait des maisons avec. Je voulais sauver le monde, accueillir les pauvres et les orphelins. Je voulais en fait être mère Theresa… Je me suis un peu éloignée de la route !

Aujourd’hui, j’ai déjà en tête un après. Je veux m’occuper des personnes âgées, en accueillir six ou sept. J’ai déjà le terrain… J’adore échanger avec les anciens. Ils ont cette humilité, cette expérience et ce regard sur notre monde.

Et je veux aussi un jour être maire de ma commune, parce que c’est facile de toujours critiquer, mais pour changer les choses, il faut prendre le manche !

La ou les personnalité(s) que vous admirez ou qui vous inspirent ?

Simone Veil au féminin et Martin Gray au masculin. Ce sont des personnes qui avaient toutes les raisons du monde de déprimer et de ne rien faire de leur vie, mais qui se sont toujours battues pour les autres, pour des causes, pour l’après. Des battants quoi !

© Benjamin Lachenal

Un film ou un livre qui vous a marqué ?

Au nom de tous les miens de Martin Gray : il raconte sa vie qui va de catastrophe en catastrophe. Et malgré cela, il continue de se battre !

Il y a aussi un livre qui m’a redonné le goût de la lecture alors que je ne lisais plus depuis des années et c’est important ça, non ? Ce livre, c’est Et si c’était vrai de Marc Levy.

Qu’est-ce qui vous fait vous lever le matin ?

L’envie. J’ai envie de tout ! Je suis une affamée de la vie ! C’est pour ça que je dors très peu, entre 4 et 5 heures par nuit, parce qu’on a tellement de choses à faire en si peu de temps. Je dormirai bien assez longtemps quand je serai morte ! C’est pour ça que je suis épuisante…

Qu’est-ce qui vous tient le plus à cœur ?

Sur le plan personnel, que mes enfants puissent avoir de bons repères. Je leur dis toujours par exemple : « passe de bonnes vacances et pense à écouter ta petite voix », celle qui leur rappelle le cadre dans lequel ils ont été élevés.

Côté professionnel, je suis en train d’essayer d’écrire la raison d’être de l’entreprise, qui fera que les dirigeants d’après auront toujours cette référence-là, les bases fondatrices. Que je sois là ou plus là, ce qui me tient le plus à cœur c’est de laisser un cap.

Cette raison d’être, je la sens, je sais ce que j’ai envie de dire, mais je n’arrive pas encore à mettre des mots. Il y aura forcément de l’utilité…  J’ai hâte d’y arriver !

Votre plus grande fierté ?

Ma grande fierté, c’est d’avoir la famille que j’ai, mon passé. Je suis hyper fière de parler de mes grands-parents, mes parents, d’être tombée ici un jour. Je suis fière de cette appartenance !