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Joël Fourny, président de la Chambre de métiers Pays de la Loire : « 40 % des entreprises artisanales sont des microentreprises »

Tout juste réélu président de la Chambre de métiers Pays de la Loire et France, Joël Fourny nous livre ses réflexions sur les enjeux de l’artisanat régional pour les années à venir.

Joël Fourny, président de la Chambre de métiers Pays de la Loire et France, entreprise

Joël Fourny, président de la Chambre de métiers Pays de la Loire et France ©Benjamin Lachenal

À l’aube de cette nouvelle année, quels sont selon vous les enjeux prioritaires de l’artisanat régional ?

L’enjeu spécifique des Pays de la Loire, c’est le fait d’accompagner les 80 000 entreprises artisanales sur le territoire. Ayant largement anticipé la réforme consulaire, nous sommes aujourd’hui en ordre de marche. Dans le cadre de cette nouvelle mandature, on est donc plus dans l’esprit de renforcer notre positionnement en proximité au travers des chambres départementales. On souhaite augmenter notre offre de services à destination des entreprises sur un certain nombre de champs, notamment le volet RH, numérique et environnemental, afin de les amener à intégrer davantage ces éléments dans leur développement.

On a aussi l’enjeu de la transmission-reprise d’entreprise. Dans les dix années à venir, 15000 vont être à céder en Pays de la Loire. C’est un vrai enjeu car ce sont des entreprises qui ont créé des emplois, avec de vrais savoir-faire : il faut les aider à se préparer et les accompagner dans cette mutation.

Il faut aussi que l’on travaille sur la valorisation de notre secteur afin de permettre au plus grand nombre de porter un intérêt pour l’artisanat. Soit au travers des formations initiales en direction des jeunes, soit en s’adressant à divers publics qui peuvent venir de tous horizons.

Sur cette thématique, on a l’impression que la crise sanitaire a plutôt aidé les métiers artisanaux à être connus et reconnus. Le constatez-vous sur le territoire ?

On voit en effet un attrait plus fort de personnes qui n’auraient pas, à un moment donné, regardé cette filière, dans la perspective soit de créer une entreprise, soit d’en reprendre une. Cet attrait s’explique déjà par le fait que l’on parle plus de l’artisanat et que la crise sanitaire a permis de prendre conscience que l’économie de proximité, et l’artisanat en particulier, avaient une vraie valeur ajoutée pour la cohérence et l’équilibre du dynamisme territorial. Les consommateurs ont désormais une autre image de ces entreprises, parce qu’ils les ont côtoyées et redécouvertes là où ils étaient avant cela plutôt attirés par les grands centres urbains. La crise a au moins un sens pour l’artisanat : elle a permis aux gens de prendre conscience qu’il y a une économie locale à préserver. Il faut surfer sur cette tendance pour attirer d’autres publics vers l’artisanat.

De qui cet intérêt renouvelé pour l’artisanat est-il le fait ?

Principalement des jeunes. Le travail parlementaire sur la loi Choisir son avenir professionnel et en particulier la revalorisation de l’apprentissage a permis de donner une autre image de cette voie. C’est une filière de formation d’excellence, avec des résultats extrêmement intéressants. Aujourd’hui, on a aussi un fort engagement de la part de nos entreprises artisanales, avec un nombre considérable de jeunes qui viennent vers nos CFA. On est à +15 % à la rentrée 2021, alors que l’on était déjà à +12 % en 2020 au niveau régional. Et, étant donné les besoins de main-d’œuvre, on ne doit pas relâcher nos efforts. Donc on sensibilise les jeunes, mais aussi les adultes qui sont dans un choix de reconversion professionnelle après une période qui les a amenés à réfléchir sur le sens de leur vie. Beaucoup viennent ainsi naturellement vers les métiers d’art, le bâtiment, l’alimentaire, etc.

On voudrait mettre en avant, et on a commencé à le faire au travers de prix, de concours, des chefs d’entreprise capables de parler de leur expérience, de leur parcours brillant. On l’a fait au travers de L’excellence artisanale et d’Entrepreneures artisanales, qui met en lumière des parcours de femmes qui n’étaient pas du tout du secteur et ont créé leur propre structure. On veut aussi montrer que les métiers aujourd’hui n’ont pas de sexe.

Quid des créations d’entreprise aujourd’hui ?

Il y a toujours une part importante de créations d’entreprise, mais avec une évolution importante vers la microentreprise. En période de crise, c’est toujours le cas, dans une approche de création de son propre emploi. Mais c’est une inquiétude car aujourd’hui entre 40 et 45 % de nos ressortissants sont des microentreprises et ça peut être difficile pour elles de passer à un niveau supérieur de structuration et de développement. L’idée pour nous, c’est d’avoir une attention particulière envers ce public, de prendre contact avec lui et de l’amener à aller plus loin. Ça va aussi être le travail de l’Observatoire de la chambre régionale d’identifier ces profils de chefs d’entreprise, de mesurer ce qu’ils représentent, d’identifier les métiers dans lesquels ils évoluent et de leur apporter des éléments de réponse en termes d’accompagnement. Nous voulons être une CMA utile, au service de l’ensemble des entreprises artisanales.

Vous avez souffert, comme la CCI, d’un taux de participation très bas lors des dernières élections consulaires. Qu’est-ce que vous en tirez comme enseignements ?

On ne peut pas se satisfaire du résultat de la participation aux élections. Même si la période n’était pas favorable car les artisans étaient focalisés sur leur activité du fait de la crise, je pense qu’il y a un désintérêt de manière générale pour les élections, la démocratie participative, et c’est préoccupant. On a un travail conséquent à faire en termes d’explications sur la façon dont les chambres sont gérées. Pour les artisans, c’est une administration et ils n’ont pas forcément conscience du fait qu’il y a au pilotage de la structure des élus qui décident dans l’intérêt des entreprises artisanales. Pour eux, c’est un endroit où il y a des formalités obligatoires et ils pensent qu’on n’est pas capables de leur apporter d’autres services. Alors que 99 % des entreprises qui ont bénéficié des services de la chambre sont plutôt très satisfaites.

Est-ce que ce désintérêt n’est pas lié à la montée du nombre de microentreprises ?

Pas uniquement. Il n’y a pas qu’elles qui n’ont pas voté. Il faut donc que l’on accentue la communication et que l’on aille plus vers eux plutôt que d’attendre qu’ils viennent vers nous. Je vais d’ailleurs demander à ce que les chambres soient plus dans une logique d’appréhension du terrain. Ça veut dire engager nos collaborateurs à pousser les portes des entreprises, discuter avec elles. On a des moyens pour cela, grâce à la façon dont on a réorganisé le réseau. Et à côté de cela, je voudrais aussi que les élus, via les commissions territoriales des chambres départementales, aillent au contact des collectivités locales.

https://www.artisanatpaysdelaloire.fr/