Couverture du journal du 17/09/2021 Consulter le journal

La Vendée, l’autre pays de l’alu

Depuis dix ans, la menuiserie aluminium progresse à marche forcée en Vendée. Le département concentre le plus grand nombre de fabricants de fenêtres et de vérandas en aluminium et se positionne comme le plus gros fabricant de châssis en France. Et les perspectives de croissance des industriels ne se démentent pas.

K-Line

"L'aluminium valley" concentre en Vendée près de 4 500 emplois ©K-Line

Rideau, K-Line, Concept alu, Akena, Seralu… Tous ont en commun d’être des fabricants de menuiseries industrielles et d’être vendéens. Le département concentre en effet le plus grand nombre de fabricants de fenêtres et de vérandas. Sans oublier les façadiers comme Ouest alu et les sous-traitants de la filière, notamment dans le thermolaquage comme Thermolaquage de Vendée ou Reinal qui se lance aussi dans l’extrusion avec Aluminia. Au total, 71 entreprises sont identifiées sur le département par OESTV, l’Observatoire économique, social et territorial de la Vendée dans la filière industrielle des produits métalliques. Selon son focus publié en janvier 2020, les fabricants de portes et fenêtres et de structures métalliques représenteraient plus de 4 500 emplois salariés, un chiffre en progression continue depuis dix ans.

À eux seuls, K-Line, Véranda Rideau, Akena, Ouest alu, Concept alu et Seralu totalisent plus de 3 300 emplois. Et continuent de recruter, portés par la forte demande des consommateurs pour améliorer leur habitat : K-Line annonce 120 embauches aux Herbiers en 2021 pour suivre la demande, en production mais aussi au marketing et à l’informatique ; Vérandas Rideau entre 100 et 150 à l’issue de l’extension de ses usines vendéennes de la Roche-sur-Yon et de Saint-Mathurin ; Akena une centaine, dont 60 pour sa nouvelle usine à Dompierre-sur-Yon et Concept alu plus d’une vingtaine sur son site des Herbiers agrandi et réorganisé pour accroître ses capacités.

20% de croissance en 2021

Troisième composante de l’industrie vendéenne au regard des emplois salariés, l’industrie des produits métalliques résiste et progresse aussi en termes d’activité quand d’autres secteurs industriels se replient. Si l’on s’appuie sur les récents chiffres d’affaires annoncés par les industriels, la croissance devrait être en moyenne de près de 20% en 2021 pour le secteur.
« Il y a en Vendée une « aluminium valley » très active née de la conjonction de plusieurs facteurs », indique Sandra Bertin, déléguée générale du SNFA, le syndicat national des fabricants d’aluminium. Positionnée entre les ports de Nantes et de la Rochelle, importateurs de bois, la Vendée a développé un savoir-faire historique dans la menuiserie. Parallèlement, les forgerons et les serruriers manquaient de travail et se sont rapidement diversifiés. « Dans les années 1960 le groupe Briand, spécialiste de la charpente et de la menuiserie métallique aux Herbiers crée Ouest alu, une société dédiée à la fabrication ainsi qu’à la pose de menuiseries et de murs rideaux en aluminium », se souvient Camille Ouvrard, fondateur de Concept alu en 1964.

Des produits durables

Initialement réservé à la construction industrielle, l’aluminium est entré dans les pavillons dans les années 1970 par la véranda. « Les Vendéens voulaient des produits qui durent dans le temps et sans entretien », précise l’ancien dirigeant, fils de forgeron. Ce que confirme Sandra Bertin. « La Vendée disposant d’une grande façade littorale, exposée à l’air salin, il y a eu un transfert de matériau, du bois vers le PVC et l’aluminium, plus résistants à la corrosion ». Peu typé, l’habitat vendéen s’essaie, avec le concours des architectes, à ce nouveau matériau, léger, résistant et facile à mettre en oeuvre. « C’était la solution idéale pour les constructions de toute la côte », argue Camille Ouvrard. Et l’alu a progressivement rattrapé son retard sur le PVC dès l’arrivée du thermolaquage dans les années 1985. « La couleur a détrôné le PVC », indique Camille Ouvrard.

30% de parts de marché dans la fenêtre

« Insensible aux UV, léger et moins épais pour la même résistance mécanique, l’aluminium représente aujourd’hui 30% des parts de marché dans la fenêtre, 98% dans les vérandas et 100% des façades légères », précise la déléguée générale du SNFA. Autre atout en faveur de son développement : sa recyclabilité. L’aluminium recyclé (chute de production ou déconstruction) peut composer jusqu’à 80% d’un nouveau produit fini. Et il approche aujourd’hui les prix du PVC grâce à l’industrialisation des process sur un modèle de développement tout à fait vendéen. « Né de la réponse à un marché local, les entreprises familiales et artisanales vendéennes ont su investir pour passer au stade industriel », résume Christophe Parreau, directeur de l’OESTV.

L’emploi, un enjeu majeur

Dans un tissu industriel diversifié, représentant 30% des emplois salariés privés du département, la menuiserie métallique et ses 4 500 salariés talonne aujourd’hui l’industrie agro-alimentaire et l’industrie mécanique qui emploient respectivement 15 000 et 10 000 salariés. « C’est devenu un secteur très significatif à l’échelle de la Vendée. » Et sa croissance devrait se poursuivre. Forts de leur avance technique, les entrepreneurs vendéens maillent désormais commercialement tout l’hexagone et ont des visées à l’étranger. Reste à trouver la main-d’oeuvre pour suivre le rythme. Dans un bassin au faible taux de chômage, la concentration de la filière rend les candidats à l’embauche difficiles à trouver. « D’autant plus qu’au faible niveau de salaire pratiqué en Vendée, s’ajoutent des difficultés de logement, ajoute Sandra Bertin. Les industriels n’auront d’autres choix que de renforcer encore l’automatisation de leur process. »