Couverture du journal du 16/02/2024 Le magazine de la semaine

Trois questions à… Valérie Cizeron, nouveau bâtonnier de Saint-Nazaire

Valérie Cizeron vient de succéder à Erwan Le Moigne en tant que bâtonnier du barreau nazairien pour ce mandat biennal 2024-2025. Cette Stéphanoise d'origine a choisi de s’installer sur le littoral de Loire-Atlantique il y a 24 ans, après dix ans d’exercice dans sa ville natale. La civiliste connaît donc bien le ressort du tribunal judiciaire de la cité navale, qui intègre près de la moitié du département, du Pays-de-Retz à Saint-Nicolas-de-Redon et de Savenay au Croisic.

Cizeron

Le nouveau bâtonnier de Saint-Nazaire, Valérie Cizeron. © NLP - IJ

Pourquoi ce bâtonnat et quelle vision avez-vous de votre barreau ?

C’était le bon moment pour moi. Mon métier me passionne et je suis reconnaissante pour tout ce qu’il m’a apporté depuis 35 ans que j’ai prêté serment. Ce bâtonnat, le premier, est donc une façon de rendre ce que j’ai reçu. Nous sommes un barreau en croissance régulière mais maîtrisée (134 inscrits, NDLR) et jeune puisque près de la moitié des avocats inscrits ont moins de 40 ans. D’autre part, nous avons un ressort dans lequel la population explose depuis une dizaine d’années, mais ce n’est pas pris en compte. D’où le déficit de greffes et de magistrats.

Cette pénurie est une problématique de votre barreau, comme dans d’autres. Est-ce que la négociation, voire la médiation, sont des solutions pour désengorger les audiences ?

Oui et on n’a pas de perspectives pour le moment qui puissent nous enchanter. Le nombre de postes n’a en effet pas suivi l’augmentation de la population. On nous annonce des arrivées à partir de 2025, mais glissantes jusqu’en 2027, d’où des retards dans les rendus de jugement. On a créé des commissions et on se rencontre avec le tribunal pour trouver des moyens de pallier ces difficultés. Je vais me concentrer là-dessus jusqu’à l’été pour contribuer à améliorer ce qui peut être amélioré. Quant à la médiation, oui, c’est ce que l’on nous demande de faire et j’y suis favorable. L’ARA(1) vient d’arriver, mais il manque le personnel pour la mettre en route. L’avocat essaie de trouver en premier lieu une solution amiable, même si l’amiable n’est pas la réponse à tout. C’est à manier avec prudence. Si on arrive devant le tribunal, c’est qu’on n’a plus d’autre solution. Et même pour une médiation réalisée par un juge, le magistrat en question doit trouver le temps de recevoir les parties. On en revient donc au même objectif : que la justice puisse passer rapidement, dans l’intérêt de tous.

À l’inverse, qu’est-ce qui fonctionne bien ?

Les consultations gratuites du vendredi matin fonctionnent très bien depuis que mon prédécesseur les a remises en place. Les demandes tournent plutôt autour du droit de la consommation, mais je pense les développer en les tournant vers l’entreprise. Il y a par exemple beaucoup de dépôts de bilan pour lesquels on se rend compte que, souvent, les problèmes ne sont pas gérés suffisamment tôt, entraînant l’effondrement de la trésorerie. Et ça peut être trop tard quand le dirigeant arrive devant le tribunal. Je vais y réfléchir pour organiser quelque chose en ce sens via la Maison de l’avocat ou via des organisations d’entrepreneurs. Les professionnels pourront nous rencontrer pour de simples questions ou pour anticiper d’éventuels conflits en droit social ou droit des affaires.

1 L’ARA (Audience de règlement amiable) est un mode alternatif de règlement des différends mis en place par le législateur au 1er novembre 2023, dont l’objectif est d’accélérer et simplifier la résolution des litiges civils, permettant au juge d’aider les parties en présence à trouver un accord.