Couverture du journal du 27/11/2020 Consulter le journal

« TPE, PME : mettez-vous au code ! »

Dans le cadre de l’événement CPME Digital Boost du 7 novembre, Gilles Babinet, entrepreneur, « digital champion de la France auprès de la Commission européenne et vice-président du Conseil national du numérique, est intervenu auprès d’un parterre de dirigeants de TPE-PME. Passage en revue des idées forces de son intervention sur le thème de la transformation digitale.

Gilles BABINET, entrepreneur et digital champion.

La transformation digitale, booster de croissance

« En avril, je suis parti en mission d’étude en Chine. Je suis allé voir un exemple de transformation digitale dans une entreprise spécialisée dans les tringles à rideaux. Le dirigeant est un gros exportateur qui fait 100 M$ de chiffre d’affaires. Il y a cinq ou six ans, ils ont vu la technologie arriver. Au lieu de mettre des moteurs électriques sur leurs produits, ils sont directement passés à l’intelligence artificielle. Ils ont noué un partenariat avec une grosse licorne chinoise et ont intégré une offre domotique. Puis ils ont complètement automatisé leurs processus avec des partenaires extérieurs. Ils connaissent un succès incroyable avec plus de 40% de croissance en 2019.

Cette anecdote amène un certain nombre d’observations. D’abord, il faut faire attention à ne pas limiter la transformation numérique au CRM. C’est important de le faire et il faut bien le faire, mais le numérique ce n’est pas uniquement ça. C’est remonter à la mission de l’entreprise et voir de quelle manière on peut y répondre de manière beaucoup plus automatisée. »

Où en est la France ?

« La France est 15e sur 28 pays dans le DESI (Digital Economy and Society Index), l’index de mesure de digitalisation des pays européens et ce n’est pas une bonne place… Lors du premier DESI publié en 2012, on était 12e puis on a baissé. L’année dernière, heureusement, on a repris une place et cette année on devrait en reprendre encore parce que l’on a fait un certain nombre d’efforts », estime le digital champion.

« Le premier pays dans le DESI, c’est la Finlande. Le deuxième, c’est l’Estonie, et le troisième, le Danemark. Et le premier des grands pays européens, c’est celui qui s’en va : le Royaume-Uni. Qu’est-ce qu’ils ont de différent par rapport à nous ? Ils sont hyper audacieux. 

J’ai fait plus de 250 voyages avec la casquette de digital champion, souvent pour rencontrer des entrepreneurs et ce qui est assez frappant, c’est l’ambition dans ces pays.

Vous allez en Estonie, il y a 4 licornes. En France, on en a 5. Comment ils font ça ? En fait, les Estoniens se disent qu’ils ne s’en sortiront pas en local. Leur seule chance, c’est d’entreprendre à l’échelle globale ou européenne. Et ils y arrivent, aussi bien au niveau des start-up que des entreprises traditionnelles. » 

Les lacunes de nos TPE/PME

« L’un des gros sujets de préoccupation, ce sont les TPE-PME. Les grandes entreprises sont plutôt à l’heure en matière de transformation digitale, les ETI, à peu près. Mais les TPE-PME ont décroché. » 

Selon Gilles Babinet, il y a plusieurs facteurs explicatifs. Et d’abord, « le fait que les dirigeants de TPE-PME français sont plus vieux que la moyenne. » Ce qui déclenche un certain nombre d’effets en cascade : « Ils maîtrisent moins bien l’anglais, ils ont eu moins de velléités d’exporter et le code n’est pas leur préoccupation. C’est en train de changer, on remonte la pente, mais il faut redoubler d’efforts », exhorte l’expert.

Transition numérique, mode d’emploi

Pour Gilles Babinet, rien ne vaut les workshops comme ceux organisés lors du CPME Digital Boost (lire l’encadré).
« Il faut venir sans idées reçues et, de but en blanc, essayer de repenser l’ensemble de la relation client. C’est très important de ne pas se mettre de frontières et d’essayer de se dire : ‘‘qu’est-ce que je pourrais faire si je n’étais pas contraint par des normes ?’’ Et puis ensuite, une fois que l’on a travaillé sans soudure, y revenir pour faire en sorte que l’environnement réglementaire soit compatible avec l’idée que l’on
a eue. » 

Du code, sinon rien ?

« La vraie barrière, c’est le code. Mettez-vous au code !
Je suis un très mauvais codeur, mais je comprends ce dont il s’agit. Ça m’a permis de rentrer dans le digital et de créer des projets qui, pour certains d’entre eux, ont été assez ambitieux.

Vous avez cette capacité ! Je vous enjoins à y croire, à ne pas vous dire ‘‘je fais un métier de service ou un métier industriel à petite échelle’’. Il faut être beaucoup plus agressif ! Dites-vous qu’avec le numérique, là où vous pensez 1, ça vous permet de faire 100. Ça concerne tous les domaines et ça permet de tout repenser avec une efficacité extrême. Mais il y a une barrière : c’est le code. Si vous voulez aller au-delà de l’ERP, du CRM, il faut être capable de souder des expériences de nature différente. Si vous acceptez de faire ça, vous verrez que vous irez beaucoup plus loin que ce que vous pensiez. »

« Ce qui est important, c’est de comprendre cet environnement, d’avoir une culture du numérique. En lisant entre cinq et huit livres, vous pouvez y arriver. Et après, faites un peu de code. Trente heures, ce n’est pas le bout du monde et je vous promets que vous ne verrez plus le monde pareil ! »

Séduire les codeurs et les retenir…

« Les codeurs vont venir chez vous si vous avez un projet inté­ressant. Vous devez avoir une vision qui dépasse le quotidien de l’entreprise, un modèle de management approprié au monde qui vient, passer en mode agile. 

Penser grand !

 « La première démarche, ce qui est le plus bloquant, ce n’est pas de recruter des codeurs, c’est le fait de penser grand, de se dire : ‘‘OK, je casse tout, j’oublie cinq minutes que j’ai des contraintes financières. J’essaie d’imaginer, à partir du métier que je fais, une expérience sans couture pour mes clients.’’ 

Souvent, on se dit en France : ‘‘oui, mais’’. Alors qu’il y a peu d’endroits sur Terre où vous avez accès à autant d’infras­tructures de qualité, de capital humain. On fabrique environ 30 000 ingénieurs par an. Aux États-Unis, ils ne sont pas capables d’en faire, donc ils les importent. Même chose pour les codeurs. Ici, on a un vrai potentiel et on commence à
l’exprimer. 

Au-delà de ça, on a un écosystème qui est en train de se former avec des écoles de code, de design, de gestion de projets… Je ne peux pas dire autre chose : utilisez les forces que vous avez ! Vous avez une expertise qui est valable dans tous les domaines, mettez du code là-dedans, repensez votre offre par le design : ça ne marchera peut-être pas pour tous, mais ça devrait marcher pour beaucoup. »

Zoom sur le CPME Digital Boost

Accompagner des chefs d’entreprise de TPE-PME dans leur transformation digitale pendant trois jours : telle est l’ambition du CPME Digital Boost.

La deuxième édition de cet événement a permis à dix entreprises adhérentes de l’organisation patronale de mobiliser la force du collectif
au service d’un projet numérique.
Durant trois jours, 80 coachs, experts et étudiants du Cesi Nantes ont challengé et accompagné ces entreprises, jusqu’à la phase de prototypage. 

En savoir plus : cpme-digital-boost.fr