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Saint-Nazaire : Zoom sur le premier parc éolien offshore français

Après trois ans de travaux, 61 des 80 éoliennes du premier parc offshore français construit au large de Saint-Nazaire alimentent d’ores-et-déjà le réseau électrique. Pour les 19 restantes, la mise en service est prévue d’ici la fin de l’année. De quoi couvrir à terme 20 % de la consommation électrique de Loire-Atlantique.

Saint-Nazaire

© IJ

Lancé en 2019 après sept années de recours de propriétaires de résidences secondaires sur la côte, le chantier du parc éolien en mer au large de Saint-Nazaire est sur le point de s’achever. L’installation, située entre 12 et 20 kilomètres de la côte, sur le banc de Guérande, est en effet déjà opérationnelle à plus de 75 %. « Sur le chantier, le gros œuvre est fini : les fondations et les éoliennes sont installées, comme les câbles. Sur les 80 machines de 6 MW chacune, 61 d’entre elles ont déjà commencé à tourner et envoyer de l’électricité dans le réseau, se félicite Olivier de la Laurencie, directeur du projet chez EDF Renouvelables. Les 19 restantes vont suivre d’ici la fin de l’année, une fois qu’elles seront raccordées au réseau. »

LE COURANT INJECTÉ SUR LE RÉSEAU À PRINQUIAU

Les constructeurs du parc, une société de projet détenue à 50 % par EDF Renouvelables et à 50 % par Maple Power, un groupe canadien, ont donc pu activer la première tranche du contrat d’achat d’électricité signé avec l’État. Après la mise en service de tous les équipements, ce parc de 480 MW produira en moyenne 1,7 TWh par an, soit 20 % de la consommation électrique de la Loire-Atlantique. Cela représente un investissement total d’environ 2 Mds€ pour une durée d’exploitation prévue de 25 ans.

Côté agencement, les éoliennes sont espacées d’un kilomètre les unes des autres et reliées entre elles par grappes de six ou sept grâce à des câbles. « Ces derniers sont connectés à une sous-station en mer, dotée d’un transformateur électrique qui augmente le voltage du courant pour son transport, précise le spécialiste. Le gestionnaire du réseau RTE se charge de ramener l’électricité à terre grâce à deux câbles installés au fond de l’eau entre la sous-station et la côte. Une fois à terre, le courant est dirigé vers le prochain nœud du réseau national électrique à Prinquiau, à proximité de Savenay (Loire-Atlantique). »

LE PARC PRODUIRA EN MOYENNE 1,7 TWH PAR AN, SOIT 20 % DE LA CONSOMMATION ÉLECTRIQUE DE LA LOIRE-ATLANTIQUE

Saint-Nazaire

Deux couloirs de navigation ont été créés au sein du parc éolien pour les pêcheurs. Ils permettent aux navires professionnels de moins de 25 mètres de le traverser et de ne pas perdre deux heures pour le contourner. © IJ

JUSQUÀ 185 MÈTRES DE HAUT EN BOUT DE PALE

La base de l’éolienne est constituée d’un pieu. Il s’agit d’un énorme tube en acier brut qui mesure deux fois plus que la profondeur du site où l’éolienne est implantée. Comme elle oscille entre 12 et 25 mètres sur le parc de Saint-Nazaire, ces pieux mesurent entre 25 et 47 mètres pour 7,5 mètres de diamètre. Ils sont conçus pour résister au moins 25 ans, durée de vie normale du parc. Sur ce tube vient s’enfiler une pièce de transition qui va permettre de relier le pieu au mât. C’est la pièce jaune que l’on voit sur les éoliennes, là où les hommes chargés de la maintenance des installations doivent venir accoster et grimper une échelle de 25 mètres avec tout l’équipement nécessaire. Vient ensuite le mât de 81 mètres, qui supporte la nacelle (4 mètres). Cette dernière abrite la génératrice, là où l’électricité est produite, via la rotation des pales (75 mètres de long), dont la forme profilée permet de capter un maximum de vent. Ainsi, selon les marées, les éoliennes du parc de Saint-Nazaire culminent jusqu’à 185 mètres de haut en bout de pale.

ON A ÉTÉ TRÈS LOIN DANS NOS TESTS, DE MANIÈRE À S’ASSURER QUE LES STRUCTURES TIENNENT DURANT TOUTE LA DURÉE DE VIE DU PARC

DES RÈGLES DE NAVIGATION ATTENDUES

Une fois le parc en service, il sera réouvert à la navigation par décision du Préfet maritime selon des règles de sécurité pré-établies. « On est en train de travailler avec la préfecture maritime sur les règles de navigation qui seront instaurées durant les opérations de maintenance, qui pourront avoir lieu sept jours sur sept pendant toute la durée de vie du projet, explique la chargée de projet, Céline Beaudon. Il devrait normalement y avoir une zone d’exclusion de 50 mètres autour des éoliennes, et de 200 mètres autour de la sous-station électrique. Les navires à passagers de moins de 50 mètres de long pourront s’approcher jusqu’à 500 mètres du parc, tandis que les navires de plus de 50 mètres devront se maintenir à 2 milles nautiques (3,7 kilomètres) du parc. Le mouillage devrait également être interdit sur site à cause de la présence des câbles électriques au fond de la mer. »

DES INNOVATIONS MONDIALES

Au-delà de favoriser les partenaires locaux (les Chantiers de l’Atlantique ont construit la sous-station électrique et l’usine de Montoir-de-Bretagne de General Electric a assemblé les nacelles et les génératrices), les porteurs du projet ont également dû relever plusieurs défis, qui les ont contraints à innover. À commencer par un fond rocheux et fracturé, situé sur la faille du Massif armoricain. « Construire un parc éolien sur un tel fond était une première mondiale et je dois reconnaître que ça a été un vrai casse-tête, notamment pour évacuer les déblais de forage. L’autre challenge, c’était l’installation des câbles sous-marins. Les trancheuses qui devaient effectuer cette opération tombaient systématiquement dans les failles du sol. Il a donc fallu inventer une autre façon de procéder pour les protéger de l’abrasion et éviter qu’ils se déplacent. Notre partenaire Louis Dreyfus Travocean, une entreprise marseillaise, a eu l‘idée d’entourer le câble avec des coquilles en fonte (50 cm de long pour 40 kilos). Il en a fallu au total 440000, qui ont été fabriquées à Redon (Ille-et-Vilaine). »

Le parc de Saint-Nazaire est également exposé à la houle, ce qui n’existe nulle part ailleurs. « Les parcs du nord de l’Europe sont effectivement abrités, poursuit Olivier de la Laurencie. Celui de Saint-Nazaire se situe sur un site qui encaisse des houles longues, avec de fortes dépressions et tempêtes, notamment l’hiver. Ce sont de nouvelles contraintes qu’il a fallu modéliser. Cela signifie qu’on a été très loin dans nos tests, de manière à s’assurer que les structures tiennent durant toute la durée de vie du parc. »

EMMANUEL MACRON POUSSE LES ÉNERGIES RENOUVELABLES DEPUIS SAINT-NAZAIRE

Le chef de l’État est venu saluer la mise en service du premier parc éolien en mer français au large de Saint-Nazaire le 22 septembre. Une visite hautement symbolique pour Emmanuel Macron qui souhaite voir le pays retrouver sa souveraineté énergétique et, à plus court terme, compte sur la production d’électricité du parc éolien offshore pour aider à passer le cap de l’hiver. Le président de la République a profité de sa venue sur le territoire nazairien pour faire quelques annonces, dans la droite ligne de son discours de Belfort en février dernier, dans lequel il avait posé sa stratégie énergétique pour la France. Il a ainsi annoncé une série de mesures réglementaires et législatives visant à aller globalement deux fois plus vite que ce qui était fait jusqu’ici sur les énergies renouvelables. Ainsi, sur l’éolien flottant, l’ambition est de passer d’un délai de 10 à 12 ans actuellement entre le moment où le projet est envisagé et celui où il entre en production à un délai de six ans, correspondant selon l’Élysée à ce qui se fait au niveau européen.

Il a ainsi annoncé la volonté de réduire les délais de contentieux afin d’offrir une meilleure visibilité aux porteurs de projets qui aujourd’hui savent quand une procédure commence mais pas quand elle se termine… Un décret permettrait ainsi de limiter les batailles procédurales infinies à une durée maximale de 2,5 ans. En ce qui concerne la voie législative, le président de la République a annoncé trois grandes séries de mesures. La première vise à simplifier les procédures administratives et à accélérer le raccordement au réseau qui pose actuellement problème. Deuxième volet de mesures : celles visant à trouver plus facilement les lieux d’installation des unités de production d’énergie. Ainsi, pour le solaire photovoltaïque, l’idée est de trouver des terrains ayant peu de valeur environnementale et laissés à l’abandon, tels que les « délaissés autoroutiers » (bordure derrière la bande d’arrêt d’urgence) et les grands parkings, en projet mais aussi ceux déjà construits. Enfin, le chef de l’État a annoncé des mesures visant à faciliter l’acceptation des énergies renouvelables et à mieux partager leur valeur avec les riverains. Ainsi, la loi devrait prévoir un mécanisme permettant aux personnes résidant à proximité des grands sites de production d’énergie renouvelable de voir leur facture d’énergie réduite. Le projet de loi sur les énergies renouvelables sera présenté en conseil des ministres le 26 septembre.

UN PARC ÉOLIEN AUX PETITS SOINS DES PÊCHEURS

Le parc éolien est bâti sur une zone de pêche aux arts dormants (casiers et filets mais pas de chalut) où travaille une trentaine de professionnels. Lors de la phase de construction, les porteurs du projet ont cherché à limiter l’impact du chantier sur leur activité et ne pas fermer la totalité des 78 km2 du parc à la pêche. « On a divisé la zone en quatre, de manière à la fermer progressivement à la navigation à l’ensemble des usagers durant le chantier, précise Céline Beaudon, chargée de projet éolien en mer chez EDF Renouvelables.

Depuis août, on a rouvert le quart Nord-Est à la pêche professionnelle.» Une fois toutes les éoliennes mises en service, la pêche professionnelle aux dormants sera à nouveau autorisée sur le parc, à condition de respecter les règles établies par la Préfecture maritime (lire l’encadré page 6). Autre mesure en faveur des professionnels de la pêche : « Nous avons créé deux couloirs de navigation au sein du parc éolien En alignant les éoliennes et les câbles électriques. Ils permettent aux navires professionnels de moins de 25 mètres de traverser le parc et de ne pas perdre deux heures de navigation pour le contourner. Globalement, ces initiatives ont porté leurs fruits : « Nous avons reçu un très bon retour d’expérience des pêcheurs, qui sont bien contents d’utiliser ces couloirs quotidiennement dans un contexte où le prix du fioul est très élevé. »