Couverture du journal du 02/12/2022 Consulter le journal

Réussir son financement participatif

Que ce soit pour lancer une idée ou donner un nouvel élan à un projet déjà mature, certains entrepreneurs misent sur la générosité du grand public pour se financer. Si le financement participatif peut revêtir plusieurs formes – dons, prêts, investissement en capital… – la récolte du montant s’effectue toujours auprès de particuliers, en étant portée par des plateformes numériques. Une finance alternative qui présente bien des avantages. Exemples en Vendée.

TInty, Axel Traineau, François Quéré

Axel Traineau et François Quéré, cofondateurs de Tinty © D. R.

« Au-delà de l’apport financier, c’est l’outil marketing que nous sommes allés chercher » reconnaît Axel Traineau, cofondateur de Tinty, une marketplace de mobiliers personnalisables basée à Sallertaine. À partir de la mi-septembre, le site proposera à la vente des meubles réparés et poncés à personnaliser, en provenance de recycleries ou autres partenaires.

« L’internaute se verra proposer quatre simulations de design, explique l’entrepreneur. Il ne lui restera plus qu’à choisir entre la réalisation du meuble par l’atelier Tinty ou bien se le faire livrer chez lui avec les peintures et tutos pour le finaliser lui-même. En complément, nous proposerons des meubles de vendeurs professionnels sur lesquels nous prendrons une commission de 15 %. Il s’agira soit de meubles bruts de seconde main, soit de meubles déjà remis au goût du jour par leurs soins ». Le startupper a lancé son projet auprès du grand public en même temps que son financement participatif sur Ulule, au mois de juin. « Nous avions un objectif de 10 à 30 k€. Autant dire que nos “gros“ investissements étaient déjà bouclés avant la mise en ligne, précise-t-il. Notre intérêt était surtout de tester le concept auprès d’une large communauté. Une manière aussi d’anticiper les besoins en recrutement interne et en approvisionnement de meubles. Parmi les contreparties que nous proposions, il y avait des bons d’achat pour des meubles Tinty. Un super indicateur pour savoir combien nous allions devoir en sortir pour le lancement du site. »

Le temps où le financement participatif était utilisé uniquement pour lancer des projets créatifs, solidaires ou innovants semble bien révolu !

INVESTIR SUR SA COMMUNICATION

En 45 jours de campagne, l’entreprise a récolté un peu plus de 13 k€, une revue de presse conséquente et pré-vendu 61 bons d’achat pour des meubles à relooker. Après déduction de la commission Ulule (8 % du montant récolté), la fabrication des contreparties et les frais de communication (environ 10 %) la marge brute réalisée a permis à la jeune pousse d’améliorer la qualité de son studio photo en investissant dans de la formation et de l’achat de matériel. Une stratégie gagnante qui a nécessité deux à trois mois de préparation et l’intervention de plusieurs corps de métier : graphisme, vidéo, webmarketing, relations presse. « Tout se joue dans les 48 premières heures, insiste Axel Traineau. C’est là qu’il faut mettre les bouchées doubles en sollicitant les amis et la famille. C’est quand on a récolté environ 30 % du montant visé qu’on peut alors ouvrir les vannes du grand public et tenter d’atteindre le niveau supérieur.» L’entreprise de sept salariés, dont deux en insertion, compte bien recommencer en début d’année prochaine. « Cette fois-ci, nous visons des sommes plus importantes et une plateforme de financement participatif à impact en particulier : Lita.co. Nous souhaitons lever des fonds en actions ou en obligations convertibles pour accompagner notre croissance. »

Nous aurions pu financer ces outils par la banque, mais nous avons finalement opté pour un prêt participatif via la plateforme Vendée’Up qui nous a accompagnés tout au long du processus. Déborah Coutineau, La Tondeuse qui Broute

 

LE PRÊT PARTICIPATIF POUR FAIRE ÉVOLUER SON ACTIVITÉ

Le temps où le financement participatif était utilisé uniquement pour lancer des projets créatifs, solidaires ou innovants semble bien révolu! Aujourd’hui, c’est un mode de financement valable pour toutes les entreprises, quel que soit le stade de leur développement. Toutefois, certains modes de financement sont plus appropriés que d’autres, en fonction de l’avancée du projet. Un financement participatif en prêt remboursable par exemple est particulièrement adapté aux entreprises matures, déjà rentables. C’est le cas de la Tondeuse qui Broute, un prestataire d’éco-pâturage basé sur la commune de Chanverrie depuis 2018, qui a sollicité la plateforme locale Vendée’Up (lire l’encadré ci-dessus) pour financer une nouvelle activité.

« Nous proposons une solution naturelle à l’entretien mécanique des espaces publiques et privés, explique Déborah Coutineau, cogérante de la Tondeuse qui Broute. Concrètement, nous offrons aux collectivités, aux entreprises et aux particuliers d’utiliser nos animaux (moutons, vaches et chèvres) pour réaliser des travaux de débroussaillage et de fauchage ». L’année dernière, la collectivité de Mortagne-sur-Sèvre a sollicité l’entreprise pour faire du foin sur certaines de ces parcelles. Un défi que la Tondeuse qui Broute a décidé de relever en l’ajoutant à sa prestation initiale. « Nous avons débuté avec une machine traditionnelle avant de nous rendre compte assez vite que son gabarit n’était pas adapté aux petites surfaces. Il fallait trouver une solution, en phase avec nos valeurs, si nous voulions développer cette nouvelle activité au sein de l’entreprise. Notre choix s’est donc arrêté sur un microtracteur électrique conçu et fabriqué en France, précise-t-elle. Un investissement que nous avons financé auprès d‘une banque éthique, la Nef ».

UN RELAI POSITIF AUTOUR D’UNE ACTIVITÉ

Restait à acquérir du petit matériel complémentaire : une faucheuse à section, un andaineur, qui rassemble l’herbe coupée en rangées et un round baller qui fait des petites bottes de foin rondes. «Nous aurions pu financer ces outils par la banque, mais nous avons finalement opté pour un prêt participatif via la plateforme Vendée’Up qui nous a accompagnés tout au long du processus. » Et d’ajouter : « la communication n’est clairement pas notre point fort. On y a vu l’occasion de se faire connaître et de bénéficier d’un relai positif autour de l’activité ». L’entreprise a investi dans une vidéo professionnelle de présentation et a su mobiliser son réseau sur les conseils de Vendée’Up pour récolter 13 k€ sur les 15 visés au départ. Une somme qui lui a permis de financer en début d’année l’ensemble du matériel et de gagner de nouveaux adeptes ! Depuis, d’autres collectivités se sont positionnées sur la prestation, permettant à la Tondeuse qui Broute d’asseoir son développement.

Avec 168 712 projets financés en 2021 (baromètre Mazars pour Financement Participatif France), le financement participatif est un modèle en pleine croissance qui a fait ses preuves. Toutefois, susciter la motivation du public à financer un projet nécessite du temps et… de l’argent. Des conditions que les entrepreneurs doivent anticiper s’ils veulent atteindre leur objectif.

 

FINANCEMENT PARTICIPATIF, CINQ ERREURS À ÉVITER

Par Aurélie Ripoche, conseillère projets & co-gérante de Vendée’Up

Aurélie Ripoche, Vendée’Up

Aurélie Ripoche, conseillère projets & co-gérante de Vendée’Up © D. R.

  1. Lancer une campagne de financement participatif sans en avoir discuté auprès de son réseau personnel. Vos proches sont vos premiers supporters, ce sont eux qui vont partager le projet en premier et lui permettre (peut-être) d’atteindre une strate de contributeurs extérieurs à votre cercle intime.
  2. Se lancer sans anticiper ni préparer bien en amont sa communication et ses contreparties, s’il s’agit d’une campagne de don. Il est illusoire de croire que le financement participatif est facile et que collecter de l’argent auprès du grand public se fait tout seul sans aucun effort ! Un projet non abouti, à l’analyse de marché bancale, ou encore mal packagé et c’est le flop assuré !
  3. Faire campagne sur campagne. Imaginons une campagne qui n’a pas fonctionné et qui se relancerait trois mois après. Le message en terme de communication est très négatif ! On a rarement une deuxième chance de faire une première bonne impression.
  4. Lancer une campagne sans avoir amorcé une visibilité en ligne au-delà de la plateforme visée. Il est important de lancer la communication sur les réseaux sociaux en amont du financement participatif, d’avoir déjà des abonnés et a minima un site internet où renvoyer pour en savoir plus. Les contributeurs ont besoin de savoir qui est le porteur de projet et son ambition.
  5. Ne pas oublier qu’on aide un projet pour qui on a un véritable coup de cœur. Il faut qu’il puisse raisonner par sa proximité avec des valeurs ou des tendances d’actualité (écologie, éthique, innovation, localité…) partagées par le plus grand nombre. Une demande de financement qui ne s’inscrit pas dans l’air du temps a peu de chance d’aboutir.

 

DU BOOM DES PLATEFORMES À L’INCERTITUDE…

Depuis une quinzaine d’année, les plateformes de financement participatif n’ont cessé de se développer, jusqu’à atteindre un record en 2021. Selon le baromètre du crowdfunding publié par le cabinet Mazars pour Financement Participatif France, le montant des fonds collectés a frôlé les 2 Mds€. Un bond de 84 % par rapport à 2020. Un dynamisme récemment chahuté par une nouvelle directive européenne : toute personne souhaitant développer une activité de fourniture de services de financement participatif doit désormais solliciter un agrément du PSFP (prestataire européen de services de financement participatif). Elles ont jusqu’au 10 novembre 2022 pour obtenir ce statut.

Un cadre juridique unique visant à harmoniser la réglementation à l’échelle européenne difficilement atteignable pour les petites plateformes tant les changements sont nombreux et les interprétations variables, regrette Aurélie Ripoche, conseillère projets & co-gérante de la plateforme de financement participatif locale Vendée’Up. La plateforme a d’ailleurs fait le choix de cesser son activité en tant que telle le 18 août. La marque Vendée’Up continue cependant d’exister et conserve une activité de conseil en financement des entreprises.