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Prêt de salariés : À châteaubriant, des entreprises ont testé

Pour résoudre un surcroît d’activité pendant la crise sanitaire, Promoplast a intégré des salariés de Team Plastique, qui était dans la situation inverse. Une expérience positive pour les deux parties.

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L’idée n’est pas tout à fait nouvelle, mais la crise sanitaire en a révélé, pour certaines entreprises, les atouts évidents. En mars dernier, quand le choc du premier confinement survient, toutes ne sont pas confrontées aux mêmes difficultés. Sur le bassin de Châteaubriant, deux sociétés vivent la crise tout à fait différemment.

Jean-Filbert ROUSSEL, Président de Promoplast

Jean-Filbert ROUSSEL, Président de Promoplast © D.R.

Pour Team Plastique, spécialisée dans le thermoformage de pièces destinées essentiellement à l’industrie aéronautique, « la baisse de charge a été brutale », témoigne Régis Sauvion, directeur général. Parallèlement, toute proche, la société Promoplast, spécialisée en production de supports de communication, et notamment de sacs publicitaires, se retrouve dans la situation inverse. Elle est d’abord sollicitée par l’hôpital de Châteaubriant pour fabriquer des blouses, qui connaissait une grande pénurie. « Nous avons transformé en quelques jours notre appareil de production, raconte Jean-Filbert Roussel, président du groupe Promoplast, pour fabriquer des “sacs plastiques géants” et avons commencé à recevoir des commandes d’autres clients, y compris de l’Agence régionale de santé ou de l’APHP (Assistance publique hôpitaux de Paris). Nous avons alors lancé un appel dans notre réseau et par l’intermédiaire de l’ADIC, association des entrepreneurs de Châteaubriant, pour avoir du personnel de production supplémentaire. »

UNE ADAPTABILITÉ À TOUTE ÉPREUVE

Message reçu par Promoplast, qui informe certains salariés « pour lesquels nous mettions en place les mesures de chômage partiel », précise Martine Giquel, responsable des ressources humaines. Fin avril, les premiers intègrent leurs postes de travail provisoires. « Il s’agissait d’opérateurs de production qualifiés, plutôt polyvalents. Il fallait cette polyvalence, car nos métiers sont très différents. Ils ont bien sûr reçu une formation sur place, mais l’adaptabilité était un critère. » Les candidats, motivés pour continuer à travailler, étaient également mus par un sentiment d’engagement, voire de fierté, de participer à un travail particulièrement utile pour lutter contre la pandémie. « On ne savait pas combien de temps cela allait durer, mais nous avons pensé que certains seraient plus intéressés de travailler même dans une autre entreprise que de rester chez eux », estime Régis Sauvion.

« Pari gagné : de mars à octobre dernier, 5 à 6 salariés de Promoplast se rendent chaque semaine chez Team Plastique, et cela a concerné en tout jusqu’à treize salariés prêtés », explique Martine Giquel. Pas question pour Team Plastique d’en tirer un quelconque bénéfice. « Nous avons vraiment décider de participer dans l’intérêt des personnes plus que de l’entreprise elle-même », explique Régis Sauvion. Seule interrogation : la question de l’assurance, en cas d’accident du travail, non clairement réglée juridiquement. Pour Promoplast, qui a produit dix millions de blouses à ce jour, l’expérience semble tout aussi positive. « Nous les avons accueillis avec gratitude, souligne Jean-Filbert Roussel. Il s’agissait de personnes super qualifiées qui ont été tops. »

Au moment où Team Plastique rencontre des difficultés, l’expérience a aussi permis à certains salariés, dont un en CDI, de rester chez Promoplast. Cette dernière entreprise a d’ailleurs lancé une campagne de recrutement pour intégrer notamment des conducteurs de ligne polyvalents.

UN EXEMPLE QUI FAIT DES ÉMULES

À l’ADIC, on est assez fiers de cette expérience, qui prouve « une des forces du territoire », commente Arnaud Colin, son président. « Nous avons de toute façon déjà une dynamique de solidarité. On fait beaucoup de choses ensemble, même si c’est la première fois que l’on expérimente le prêt de salariés. Par exemple, une grande entreprise du territoire a commandé des masques pour elle, mais également pour huit PME, qui ne pouvaient acheter 10 000 masques, alors que c’était le minimum qu’on leur imposait à l’époque. C’est évident que la crise sanitaire, qui comporte aussi une part de risque d’isolement, va accentuer le mouvement. Une autre entreprise s’est lancée dernièrement dans le prêt de salariés avec une entreprise voisine. L’aurait-elle fait s’il n’y avait pas eu déjà l’exemple de Team Plastique et Promoplast ? Rien n’est moins sûr. » Cependant, « on n’est pas au pays des bisounours, poursuit-il. On nous demande d’innover, mais rien ne se fait en un jour. Même le prêt de salariés rencontre encore des freins, de la part des salariés ou des entreprises, qui peuvent craindre, par exemple, un manque de confidentialité. Mais le fait que des entreprises commencent à l’utiliser fera certainement des émules. »

Sur le bassin de Châteaubriant, le concept de mutualisation entre les entreprises faisait déjà partie des discussions et pistes de travail entre les entrepreneurs, au sein de l’ADIC, qui réunit 110 chefs d’entreprise.

 

Solution partage : une plateforme pour la mutualisation

Lancée en octobre dernier par la région Pays-de-la-Loire dans le cadre du plan de relance, la plate-forme Solution Partage permet notamment de faciliter le prêt de salariés. « L’exemple des compétences est flagrant : de nombreuses entreprises recherchent aujourd’hui des solutions pour éviter le recours au chômage partiel ou au licenciement (entraînant des pertes de compétences), détaille les responsables de la plateforme. D’autres, au contraire, ont besoin de répondre à une hausse ponctuelle de leur activité ou de bénéficier d’un complément d’expertise d’une durée limitée sans augmenter durablement la masse salariale. » Le principe : l’entreprise qui met à disposition des salariés verse à l’entreprise qui accueille le montant du salaire, des charges sociales et d’éventuels frais professionnels.

Ce prêt, sur la base du volontariat, fait l’objet d’un avenant au contrat de travail.