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Locations saisonnières meublées : le marché désormais encadré à La Baule

La ville de La Baule-Escoublac et la plateforme de location de logements Airbnb viennent de signer un accord pour bloquer la location des résidences secondaires n’ayant pas obtenu leur changement d’usage. Une première en France.

La Baule Escoublac

Cet accord entre Airbnb et la municipalité bauloise est selon le maire de La Baule-Escoublac, Franck Louvrier, « un moyen d’oxygéner le marché et d’éviter qu’il se sclérose avec la bulle immobilière » © IStock

Coup de tonnerre sur le marché des locations de vacances à La Baule-Escoublac ! La municipalité de la station balnéaire et la plateforme Airbnb viennent, le 23 août dernier, d’officialiser un partenariat visant à réguler le marché des locations meublées. En effet, accusés d’assécher le parc locatif longue durée, mais aussi d’être à l’origine de l’inflation immobilière, les meublés saisonniers sont dans le viseur de plusieurs communes qui peinent à loger leurs habitants. À commencer par La Baule-Escoublac : « Il y a un an, je me suis aperçu que de nombreux logements accessibles étaient achetés pour faire de la location saisonnière plutôt qu’héberger des familles à l’année, confirme le maire Franck Louvrier. Cela a généré de la spéculation immobilière car les locations saisonnières rapportent plus que celles à l’année. Partant du constat que de plus en plus de Baulois se retrouvaient dans l’impossibilité de se loger sur la commune, la municipalité a voulu amener plus de rigueur sur ce marché du tourisme meublé de passage. L’objectif n’est pas de le contraindre mais de l’encadrer a minima avec trois objectifs : permettre aux Baulois de rester vivre ici, permettre aux jeunes d’acquérir un bien dans la ville, et faciliter l’arrivée de jeunes actifs, en particulier des couples avec enfants. »

UN SEUIL DE DEUX LOCATIONS SAISONNIÈRES MEUBLÉES PAR PROPRIÉTAIRE

Concrètement, avec ce partenariat, Airbnb s’engage d’abord à bloquer toute annonce de location de courte durée des résidences secondaires n’ayant pas obtenu l’autorisation de “changement d’usage” de la part de la mairie de La Baule-Escoublac. Un plafond de deux locations saisonnières meublées par personne physique ou morale est également mis en place. « Ce seuil ne pourra être augmenté qu’à condition que le propriétaire mette sur le marché un logement en location à l’année pour chaque meublé en plus », précise Franck Louvrier.

L’accord prévoit également qu’Airbnb fournisse des outils additionnels à la station balnéaire pour l’aider à s’assurer que l’ensemble des hôtes respectent les règles encadrant la location saisonnière. Pour cela, le géant de la location va mettre en place un point de contact dédié pour prévenir des problèmes de voisinage et permettre à la municipalité de signaler les nuisances. Enfin, la plateforme édite un guide du voisinage à destination des hébergeurs baulois pour les aider à gérer les afflux de voyageurs dans la commune.

UNE CONSOLIDATION DES DÉCISIONS MUNICIPALES

Pour le maire de La Baule, ce partenariat vient consolider les mesures récemment prises par le conseil municipal pour réguler l’explosion des logements dédiés à la location touristique meublée, réduire le nombre de logements vacants et inciter les propriétaires à revenir vers du locatif à l’année : « En février, nous avons modifié le règlement municipal pour faire évoluer les conditions d’attribution du changement d’usage d’un logement. La durée de validité de ces changements n’est désormais que de trois ans alors qu’auparavant ce changement d’usage était définitif. Nous avons ensuite voté l’augmentation de la taxe de séjour payée par les vacanciers qui louent les meublés. Elle va passer de 3 % en 2022 à 5 % en 2023, avec un montant maximum de 4 € par nuitée et par personne. Cela va nous permettre de récupérer 170 k€ supplémentaires, qui nous permettront à terme d’inciter les propriétaires de logements vacants à effectuer des travaux de rénovation en bénéficiant d’une aide financière. »

VERS UNE MESURE SUR LE PLAN NATIONAL ?

De son côté, avec la signature de cet accord, le géant de la location de meublés affiche clairement son intention de lutter contre la spéculation immobilière dans les lieux touristiques. Et étant donné que cette problématique ne concerne bien évidemment pas que la station balnéaire bauloise, il n’est pas exclu que ce premier partenariat entre la plateforme de location et une municipalité soit suivis d’une réglementation à l’échelle nationale. « Nous espérons que ce nouveau partenariat avec La Baule sera la première étape d’une nouvelle donne au bénéfice du plus grand nombre : les loueurs, les voyageurs, les commerces et les habitants des destinations touristiques françaises. C’est pourquoi nous appelons à un cadre réglementaire national renouvelé, impliquant l’ensemble des plateformes de location meublée touristique, afin de lutter contre les phénomènes de spéculation immobilière », a confirmé Airbnb dans un communiqué. « Décliner cette mesure sur le plan national, c’est effectivement l’idée d’Emmanuel Marill, président d’Airbnb France, renchérit Franck Louvrier. Je suis également convaincu qu’il nous faut des outils réglementaires efficaces pour décourager la spéculation immobilière, comme ceux mis en place à La Baule. J’aurai d’ailleurs l’occasion d’en faire part à Olivia Grégoire, la ministre du Tourisme, que je rencontre prochainement. »

 

LE PARC IMMOBILIER de La Baule-Escoublac en chiffres

La commune compte environ 24 000 logements, dont :

  • 11 000 résidences principales
  • 12 000 résidences secondaires
  • 980 logements vacants
  • Les locations saisonnières représentent environ 2000 logements
  • 800 logements sur la plateforme Airbnb