Couverture du journal du 15/01/2021 Consulter le journal

L’intrapreneuriat, un booster d’innovation encore peu exploité

Permettre à des salariés de mettre en œuvre une idée en interne est une source évidente de motivation, mais également de rentabilité. Ou quand les innovations, venues du terrain, peuvent par exemple favoriser la transformation digitale des entreprises.

intrapreneuriat We Network

Les intervenants du webinaire organisés par Pulse-on et We Network © I.J

Un intrapreneur, « c’est un salarié qui gagne la confiance de son employeur pour transformer son idée en projet concret et rentable au sein de ou avec son organisation », selon Grégory Delemazure, associé de Pulseon, société nantaise qui accompagne les entreprises dans la mise en place de l’intrapreneuriat. Une définition venue en introduction d’un webinaire intitulé « L’intrapreneuriat peut-il contribuer à la transformation digitale des entreprises ? » coorganisé avec We Network* le 17 décembre dernier. L’intrapreneuriat « existe dans le monde de la banque, de la finance et du retail, mais nous sommes convaincus que le moment est venu aussi de le développer dans l’industrie, avec des outils de prototypage, qui nous permettent de réduire considérablement les temps et les coûts de l’industrialisation des projets, précise Charles La Fay, directeur adjoint de We Network. Nous pensons vraiment que l’intrapreneuriat est un levier de croissance pour l’entreprise, avec des investissements très frugaux, un levier de rétention des talents, et un levier de transformation digitale de l’industrie. »

Parmi les avantages mis en avant, et presqu’au premier chef, vient l’engagement des salariés. « On estime qu’environ 6% d’entre eux seulement se considèrent engagés dans leur job », avance Grégory Delemazure… Pour faire progresser ce taux, l’intrapreneuriat serait selon lui une piste sérieuse de réflexion. « 66% des salariés disent qu’ils pourraient rejoindre une entreprise qui proposerait ce type de démarches. »

REPÉRER LES INTRAPRENEURS : UN PREMIER PAS À NE PAS MANQUER

Quelles sont les spécificités de l’intrapreneur ? S’il n’a pas été embauché pour développer une innovation dans un domaine autre que celui de son affectation, il est en mesure de « faire un pas de côté ». Pour autant, même quand des entreprises déclarent vouloir recruter des profils « atypiques », ce salarié peut, s’il n’est pas identifié, se voir freiner dans son désir d’innovation, car un employeur peut être peu enclin à faire confiance à un salarié pour développer une tâche pour laquelle il n’a pas été recruté. « On estime que 47% des intrapreneurs ne sont pas identifiés », poursuit ainsi Grégory Delemazure.

Pour les identifier, il est nécessaire d’imaginer des méthodes nouvelles. Les boîtes à idées ou autres « grandmesses » où chacun est invité à s’exprimer sur une idée d’innovation seraient, de l’avis des intervenants au webinaire, largement dépassées. Comme en témoigne Gérard Legrand, aujourd’hui responsable du Lab innov et prototypage à la direction du digital de la SNCF, à Nantes. « Ma première question était : comment trouver de nouvelles idées ? C’était en 2017, l’intrapreneuriat n’était pas à la mode… Le projet est né d’une discussion entre collègues. J’ai commencé, en bon ingénieur, à faire un plan classique, mais je tournais en rond. J’ai alors décidé de faire appel à l’intelligence collective. » Après une validation des RH et du directeur de la DSI, une équipe se forme. Anciens intrapreneurs, managers, membres de la direction des RH, chefs de projet… « La clé était : comment on trouve les candidats ? On a tous en tête des salariés, des gens du terrain… » Le groupe d’une dizaine de personnes est alors invité à se réunir autour d’un petit-déjeuner. « Chacun est venu avec un “poulain”, un salarié qui avait une idée et l’envie de la développer. Nous avons eu six propositions, nous en avons retenu quatre et, au bout du compte, deux sont parties en production. » Avec, à la clé de cette démarche, une surprise. « On a vu arriver des gens qu’on n’attendait pas, je pensais recevoir des chefs de projet par exemple, or on a eu des contrôleurs, des personnes qui travaillent dans les technicentres… Elles n’auraient jamais été identifiées autrement. » Parmi les projets développés, Sinio, une application permettant aux collaborateurs du technicentre d’avoir une vision globale des installations pour effectuer la maintenance et de signaler en temps réel les pannes.

QUELS MOYENS ALLOUÉS ?

Autre question d’importance : les moyens qui doivent être donnés aux intrapreneurs identifiés pour développer leur projet. Si le principe de ces initiatives est de rester « hors cadre », avec des salariés qui ne changent pas de poste et sans budget dédié, les ressources internes étant mobilisées par l’intrapreneur lui-même, le principe est tout de même de lui donner du temps et un espace de travail. C’est ainsi au cœur du fablab du U GIE Iris, qui assure la gestion, le développement, la maintenance et l’exploitation des solutions informatiques pour les utilisateurs du groupement U, basé à Carquefou, qu’est né un cobot, robot d’assistance aux préparateurs de drive. En 2015, Système U décide de mettre en place un programme d’innovation complet, un fablab se met en place et deux heures par semaine sont offertes aux collaborateurs pour mettre en place leurs idées, avec une personne chargée d’animer l’espace. Benjamin Loize et Pierre Legendre, alors chefs de projet au U GIE Iris, font partie de ceux qui ont saisi l’occasion. « Nous étions six à travailler sur ce projet et nous avons été beaucoup plus loin que ce qui était imaginé au départ par l’entreprise », confie Benjamin Loize.

Une fois le démonstrateur réalisé, l’enseigne ne souhaite pas pour autant participer à son industrialisation. L’intrapreneuriat a ainsi débouché sur l’entrepreneuriat : Benjamin Loize et Pierre Legendre ont, tout en restant en bons termes avec leur entreprise précédente, créé la start-up Suitee Cobotics à Sainte-Luce-sur-Loire pour développer leur cobot.


* We Network, centre de ressources technologiques et cluster d’entreprises de la filière électronique du grand Ouest, basé à Angers et Pulse-on, spécialisée dans l’accompagnement à l’intrapreneuriat, (Nantes) lancent un programme d’accompagnement de l’intrapreneuriat dans l’industrie.