Couverture du journal du 18/06/2024 Le nouveau magazine

Les entreprises à impact à la conquête du monde

Les projets écologiques n’hésitent plus à s’exporter. L’international devient même une source d’opportunité pour les sociétés à impact, comme Redeem Médical et Ayro. À condition de ne pas y perdre sa boussole économique.

Entreprises a impact

De gauche à droite, Joseph Laclautre (spécialiste en développement international à BNP Paribas), Clémence Cornet (fondatrice de Redeem Médical), Romain Grandsart (directeur général d’Ayro), Christine Pressig (chargée d’affaires à BNP Paribas).

Faire de l’économie circulaire sans frontière. Au lancement de son activité de réemploi de dispositifs médicaux, il y a un an, Clémence Cornet n’aurait jamais cru en arriver là : prendre la direction de l’Espagne pour écouler du matériel orthopédique collecté autour de Nantes. « On va démarrer une activité locale, en développant du chiffre d’affaires à l’étranger », s’étonne-t-elle. Question de survie : la réglementation nationale empêche son entreprise, Redeem Médical, de commercialiser ses orthèses de seconde main en France.

L’export contraint ou choisi

Quoiqu’à son corps défendant, Clémence Cornet apporte la preuve que les projets à impact environnemental ou social peuvent trouver leur place à l’étranger. C’est ce qu’ont voulu démontrer La Cantine numérique et BNP Paribas, lors d’une table ronde, le 16 mai, à Nantes. Car l’international n’est pas qu’une solution de dernier recours. Elle peut aussi être une destination de premier choix, comme l’a illustré Ayro.

Inventrice des Oceanwings, des « ailes de propulsion » verticales pour navires, la société parisienne met les voiles vers l’Asie. « On suit nos clients », justifie son directeur général Romain Grandsart. « Les deux tiers du marché de la construction navale se situent dans cette région. » Le concept y suscite déjà de l’intérêt. Et pour cause : l’Organisation maritime internationale a fixé un objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre vers 2050. « Les armateurs en tiennent déjà compte. Ces pays n’ont donc plus le choix, s’ils veulent engranger les commandes. »

Gain de temps et d’argent

Mais pour percer à l’international, Ayro et Redeem misent sur d’autres atouts que leur seul impact. « En Europe, souligne Clémence Cornet, notre prise de conscience sur le climat nous permet d’être prêts avant tout le monde. Donc de pouvoir ensuite dupliquer notre modèle ailleurs. » Romain Grandsart abonde : « Cette avance, elle s’exporte, car c’est du savoir-faire, de l’expérience – on peut faire gagner du temps aux autres. »

Du temps et de l’argent. Ayro met en avant une consommation de carburant réduite de 20 à 50 % sur le premier navire commercial équipé de ses ailes. Même argumentaire chez Redeem qui vise une baisse des prix de 20 % sur ses produits reconditionnés. Une économie invisible en France, où le neuf est mieux pris en charge par la Sécu. À l’inverse de l’Espagne. « Notre porte d’entrée sera donc le prix, puisqu’il y aura un gain direct pour les usagers. » Comme quoi, le plus sûr moyen d’exporter un projet écologique reste encore de le vendre comme une solution économique.