Couverture du journal du 23/10/2020 Consulter le journal

Le Voyage à Nantes, facteur d’attractivité

La huitième édition du Voyage à Nantes, lancée depuis le Belvédère de Tadashi Kawamata butte Sainte-Anne, le 6 juillet dernier, marque une nouvelle étape dans l’intervention de la création contemporaine comme facteur d’attractivité touristique.

Les sept cents statues installées place Royale par l’artiste Stéphane Vigny @InfoJud

Tout au long du mois de juillet, avec une météorologie propice, on entendait parler de nombreuses langues étrangères dans les rues de Nantes et en particulier le long de la ligne verte, de 18 kilomètres de long, qui chemine à travers les œuvres du Voyage à Nantes. L’événement reste fidèle à sa tradition d’éclectisme et participe à la transformation de la ville, comme c’est le cas avec le parcours des belvédères, autour de la carrière Misery qui se dote d’un jardin extraordinaire. L’écosystème VAN, continue de participer à l’évolution de l’image de la ville. « Durant deux mois, jusqu’au 1er septembre, l’art infuse partout dans la ville et tisse des connivences », estime Jean Blaise, patron du Voyage à Nantes. Ces créations décalées, ludiques ou provocantes, revendiquent une démocratisation de la culture, comme c’est le cas des 700 statues, copies de classiques antiques comme on peut les acheter dans les jardineries, installées place Royale par l’artiste Stéphane Vigny. Au total, 110 créations sont présentées cet été dont plus de 50 sont devenues permanentes.

« L’atelier imaginaire du Nantais Benoît Rondot »

Cette année, Jean Blaise a voulu dévoiler des ateliers d’artistes. Et l’un d’eux, celui du Nantais Benoît Rondot, baptisé « Atelier imaginaire », présenté dans la galerie du Rayon Vert, vaut véritablement le détour pour comprendre l’univers dans lequel peut évoluer un créateur.

« Quand je suis allé chez Benoît Rondot, j’ai été très intéressé par ses œuvres mais j’ai été époustouflé par son atelier. Chez Benoît Rondot, il y a à la fois une vraie pagaille et, en même temps, une vraie rigueur chez cet artiste nantais qui classe des collections magnifiques, notamment d’insectes épinglés dans des boîtes, des jeux d’enfants des années 1960, des remarquables volumes encyclopédiques sur la faune et la flore datant du XIXe siècle. La télévision est allumée en permanence sur BFMTV dans l’atelier. Et lui, travaille, pense, réfléchit sans cesse dans cet univers », confie Jean Blaise qui a réussi à le convaincre de reconstituer son atelier dans les salles du Rayon Vert sur la butte Sainte-Anne. Au passage, l’artiste a dû faire un peu de rangement, mais ce sont plus de 300 visiteurs qui viennent voir son atelier imaginaire chaque jour. Et il y a de quoi découvrir.

« Je prends mes sources dans les documents anciens, ce sont des données graphiques accumulées qui me donnent des sujets. On peut parler de collection pour l’entomologie, pour le reste, on parlera plus d’accumulation. C’est parfois une addiction. J’ai tout ramené sauf ma bibliothèque de livres d’art. Il faut que ce soit dans son jus, dans la poussière. Je vais plutôt dans les brocantes, au marché aux puces de Viarme, très tôt le matin », lâche Benoît Rondot qui présente ainsi son processus créatif : « il y a une cohérence et une œuvre totale. La lecture du tableau, des documents et des collections se voit immédiatement, on perçoit le lien. Marcel Duchamp, André Breton, ils étaient tous collectionneurs. Même le douanier Rousseau avait une collection d’isolateurs électriques en porcelaine. J’en ai d’ailleurs. Tout est bon à prendre. Au début, j’avais même remis mon lit mais je l’ai enlevé. Les gens photographiaient même mes chaussons… ». Peu d’artistes contemporains ont des livres de Buffon… Et les films de série noire des années 60-70. Dans une pièce, quelques scènes mythiques du film « Du mou dans la gâchette » (1967) du réalisateur Louis Grospierre.

Benoît Rondot trouve son inspiration dans des tableaux de contrôle électrique, des moteurs, des réacteurs, des tracteurs anciens… « Je me fais une scénographie, sans tomber dans l’exposition ni dans le décor. L’accrochage et l’installation ont été un marathon de trois semaines », avoue-t-il.