Couverture du journal du 25/11/2022 Consulter le journal

Ils concilient entrepreneuriat et passion privée avec succès !

Porter une entreprise demande de l’énergie et du temps dépassant largement le cadre des horaires de travail habituels. Dès lors, comment y insérer des passions privées ? Une question légitime dont certains entrepreneurs ont décidé de faire fi en cumulant direction d’entreprise et passion dévorante. Exemples en Vendée.

Isabelle Foucaud, entrepreneuriat

Isabelle Foucaud © Thomas Badreau

« Mon talent c’est d’y croire plus que les autres ! » C’est ainsi qu’Isabelle Foucaud, fondatrice de Liféeo, une entreprise proposant des parcours d’accompagnement pour faire avancer les idées, se présente. « Nous développons une méthode et un concept unique : la culture du possible ! » L’entrepreneuse, basée à la Génétouze (85), se souvient : « Enfant, je voulais être fée ! Exaucer les rêves auxquels on s’interdit de penser, porté par la croyance limitante que ce n’est pas pour nous, c’est exactement ce que je fais aujourd’hui », sourit-elle.

Un état d’esprit qui a conduit Isabelle Foucaud à créer en 2010 l’association I-Majine, une compagnie de comédie musicale amateur qu’elle porte depuis avec toujours autant de passion. « Ma fille Léa et une amie, 13 ans chacune à l’époque, désespéraient de voir échapper leur rêve de jouer dans une comédie musicale en Vendée. Je les ai accompagnées pour aller au bout de l’idée. On a monté une junior association dont ma fille était la présidente, puis nous avons frappé aux portes des entreprises locales et récolté 10 000 € pour démarrer ! Chez I-Majine, les jeunes ont entre 15 et 25 ans, certains ne sont jamais montés sur scène et pourtant, à chaque production, la magie opère. Je les ai amenés au Bénin, nous avons déjà joué devant plus de 2 000 personnes, on a fait le Puy du fou également… C’est une expérience formatrice à tous points de vue. »

Même son de cloche chez Fabrice Houlé, le Fondateur de Zelok, une start-up basée aux Sables d’Olonne qui simplifie la location. « J’ai participé en tant que spectateur au premier Half iron man des Sables en 2019, au moment même du lancement de Zelok. À presque 50 ans, on peut vite se laisser dépasser par les événements, se rappelle-t-il. J’ai décidé de me lancer ! » Si l’entrepreneur était sportif dans sa jeunesse – « j’ai fait du rugby et de l’athlétisme à un bon niveau entre 11 et 17 ans » – cela faisait longtemps qu’il ne pratiquait plus. Il faut savoir que ce type d’épreuve cumule 1,9 km de natation en mer, 90 km de vélo et 21 de course à pied. Celui qui n’a jamais dépassé les 10 km de course a pris un coach avant de s’inscrire à l’édition 2020. Résultat : un parcours bouclé à la force du mental en 6h46 !

PASSION ET MÉTIER : QUAND LES DEUX SE RENCONTRENT

Après vingt ans d’expérience dans des environnements industriels et logistiques, Florence et Bruno Sechet se sont associés pour créer le cabinet de conseil en coaching Sechet & vous. Une carrière d’entrepreneurs loin de l’agriculture maraîchère qui occupe aujourd’hui la moitié de leur temps. « En pleine crise sanitaire, notre activité a chuté au point que nous avons réfléchi à une réorientation, explique Florence Sechet. Bruno était déjà branché « retour à la terre », aussi, j’ai décidé de suivre sa nouvelle passion ». Le couple passe alors des nuits entières à se documenter, faire des tutos, avant d’acheter une exploitation à Saint-Julien-des-Landes et lancer les Jardins de la Vrignaie, une activité de maraîchage et de verger dans la philosophie permaculture. « Chez nous, aucun intrant chimique, explique Florence Sechet. On cultive des petites surfaces, les plantes se protègent les unes des autres ». Et le rendement est au rendez-vous ! Deux ans après les premières plantations, les néo-agriculteurs vendent en direct à la ferme et aux restaurateurs alentours. Ils se préparent à ouvrir un gîte cet été qui servira de lieu d’accueil pour les séminaires de coaching. Une activité qu’ils n’ont pas abandonnée pour autant. « Des liens entre mes deux métiers m’apparaissent régulièrement, admet Florence Sechet. Désherber, par exemple, est une activité physique et psychologique à la fois. Une manière imagée de « nettoyer » son intérieur. Je pense d’ailleurs développer des ateliers dans ce sens. Ce qui devait être un nouveau métier complète l’ancien comme une évidence ! »

Fabrice Houlé, entrepreneuriat

Fabrice Houlé © D. R.

DU PLAISIR ET DE L’ORGANISATION

« Se libérer du temps est possible à partir du moment où l’on s’organise. C’est une question de volonté, affirme Fabrice Houlé. Je fais des sessions d’entraînement plus longues le week-end et me lève régulièrement vers 6h en semaine. Ces matins-là sont notés dans mon agenda, c’est un rendez-vous que je prends avec moi-même. Avec le mps, le sport agit comme une drogue. J’ai perdu 14 kilos depuis ! Si je ne cours pas assez, le manque impacte mon humeur, j’en ai besoin viscéralement. J’y consacre entre 5 à 15h par semaine. Mes collaborateurs et ma famille le comprennent en m’apportant leur soutien. Prochains défis, le Half iron man des Sables d’Olonne le 3 juillet 2022 avec sa fille aînée et un autre en octobre en Croatie. « J’aurai 52 ans cette année, le sport m’a rendu plus efficace dans le travail, je ne me cherche plus d’excuses pour réaliser quoi que ce soit. »

Florence et Bruno Sechet, entrepreneuriat

Florence et Bruno SECHET © D. R.

« Du scénario à la mise en scène, en passant par les costumes et les chorégraphies, une production I-Majine, c’est habituellement 18 mois de travail, note Isabelle Foucaud. Pour Hakuna matata, notre dernier spectacle inspiré du Roi lion, nous avons dû tout condenser en cinq mois et demi à cause du Covid. J’ai parfois l’impression d’avoir deux vies qui coexistent, mais c’est une aventure collective tellement intense qu’on ne peut pas parler de sacrifice. Les jeunes disent que je suis leur chef d’orchestre. J’aime cette idée de coordonner, de mettre à l’unisson les talents individuels en les révélant à eux-mêmes. Cette activité me nourrit véritablement et fait partie de mon équilibre. Elle me permet de tenter ce que je n’aurais peut-être jamais osé, jusqu’à créer prochainement un événement professionnel avec le spectacle au centre. »

Florence Sechet, quant à elle, a trouvé son rythme. Si elle admet avoir dû renoncer à certains nouveaux clients, elle refuse cependant de le considérer comme une perte. « Je vais à la ferme chaque matin jusqu’à 13h et consacre l’après-midi à mes clients conseil et aux déplacements. » Le couple a embauché un salarié à la ferme depuis le mois de septembre pour les seconder. « Mes journées sont bien remplies. Je suis coach exploitante agricole et j’ai le sentiment d’être à ma place plus que jamais ».