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Fanny Reyre-Ménard (U2P) : « Il y a danger pour la santé de nos petites entreprises »

Prix de l’énergie et des matières premières qui explosent, difficultés de recrutement, transition écologique… Pour Fanny Reyre-Ménard, présidente de l’Union des entreprises de proximité (U2P) des Pays de la Loire, les petites entreprises naviguent actuellement en plein brouillard. Avec des risques de faillites à la clé.

Stéphane Pasco pâtissier entreprise proximité U2P

Stéphane Pasco et sa sœur Isabelle posent aux côtés de la présidente de l’Union des entreprises de proximité des Pays de la Loire, Fanny Reyre-Ménard. Crédit : Nicolas Le Port (IJ)

Comment vont les entreprises de proximité ?

Grâce aux aides de l’État, les petites entreprises ont relativement tenu bon durant la crise sanitaire. Mais la hausse du coût de l’énergie, des matières premières et l’inflation ont eu pour conséquence de faire baisser leurs marges, fragilisant leur trésorerie. C’est d’autant plus compliqué qu’elles font aussi face à des difficultés pour trouver de la main-d’œuvre et qu’elles subissent de plus en plus d’abandons de poste.

Malgré toutes ces difficultés concomitantes, on nous demande en plus d’effectuer des bouleversements dans nos organisations en lien avec la transition écologique (achat de véhicule électrique, traçabilité, gestion des déchets…). C’est vraiment compliqué pour nous de faire face à tout, d’autant qu’on est en bout de chaîne et qu’il n’y a aucune concertation en amont. Il y a donc danger pour la santé de nos petites entreprises ! On ne peut clairement pas tout faire en même temps. Surtout que chaque nouvelle mesure coûte dix fois plus cher à mettre en œuvre dans une petite structure que dans une grande.

Avez-vous des exemples concrets d’entreprises du territoire dont la facture d’énergie a explosé dernièrement ?

Une entreprise industrielle du Pays d’Ancenis, qui effectue de la sous-traitance dans la galvanisation, a par exemple vu la facture de ses fours à gaz passer de 80 K€ l’année dernière à un coût annoncé cette année de 380 K€, sans compter la hausse de l’acier. La brutalité de cette augmentation va évidemment poser d’énormes problèmes. Cette entreprise a commencé par augmenter ses tarifs, mais on se demande jusqu’à quand elle va tenir. Il y aura potentiellement un moment où elle stoppera son activité si elle n’est plus rentable. Comme elle, de nombreuses autres entreprises sont dans le brouillard.

Le bouclier tarifaire mis en place par l’État ne protège-t-il pas ce type d’entreprises ?

Le dispositif, qui limite à 15% l’augmentation du prix de l’électricité, ne s’applique que dans les entreprises de moins de dix salariés et qui réalisent jusqu’à 2M€ de CA. C’est déjà un outil extraordinaire mais avec ces seuils, il y aura forcément des trous dans la raquette. De plus, vu que le dispositif ne concerne pas le gaz, cela ne va pas empêcher certaines entreprises de subir des difficultés. C’est d’ailleurs déjà le cas de celles dont le poste énergie était déjà important, mais le problème se pose pour presque tous les métiers.

De nombreux professionnels sont en cours de renégociation de leurs contrats d’énergie. Comment ça se passe ?

C’est la jungle ! La communication des fournisseurs d’énergie est totalement illisible et incompréhensible pour les professionnels concernés. Quand on reçoit nos renouvellements de contrats, les nouvelles conditions de vente de l’électricité, c’est du charabia.

On ne sait pas comment dénoncer les contrats, négocier les tarifs… La seule chose dont nous sommes sûrs, c’est que les entreprises doivent prendre contact directement avec leurs fournisseurs d’énergie pour bénéficier du bouclier.

Pour les entreprises qui doivent renouveler leurs contrats, nous leur conseillons de mettre en concurrence les différents opérateurs avant de se positionner. Mais il ne faut surtout pas demander à son fournisseur une résiliation. Sans quoi on risque de se retrouver coincé, au pied du mur, sans aucune possibilité de négociation…

C’est la non-visibilité des coupures qui effraie

Comment avez-vous réagi à l’annonce des coupures d’électricité qui pourraient survenir cet hiver ?

Ces coupures inspirent de la terreur aux chefs d’entreprise concernés (lire aussi l’encadré). Ils ne savent pas quand elles vont intervenir, ni avec quel préavis. Quand il y a des fours à chauffer, s’il y a des coupures, cela signifie que toute la production est perdue… Que le carnet de commandes ne pourra pas être honoré. Toute l’activité serait alors déstabilisée. C’est la non-visibilité de ces coupures et les conséquences qu’elles engendreront qui effraient les chefs d’entreprise. Il faudra veiller à ce que ces coupures soient bien annoncées en amont.

Dans ce contexte compliqué, qu’attendez-vous du gouvernement ?

Nous souhaitons être invités autour de la table en amont des prises de décision. Ce serait un moyen de peser dans les négociations et mieux prendre en considération les besoins et contraintes des entreprises de proximité. Il faudrait également permettre à nos chefs d’entreprise d’aller négocier directement avec les fournisseurs d’énergie. Car si l’énergie devenait trop chère, cela risquerait de produire des faillites en chaîne.

Pour rappel, l’U2P des Pays de la Loire compte 146 700 entreprises de proximité.

« Au-delà de trois heures de coupure, ce sera une catastrophe »

Au salon de thé Stéphane Pasco situé rue Contrescarpe à Nantes, le pâtissier-chocolatier- glacier craint des coupures d’électricité cet hiver : « Si on en subit, comment va-t-on gérer nos fournitures dans nos congélateurs ? Car ce sont les matières premières pour nos pâtisseries, chocolats et glaces. Si c’est une heure de coupure, ça va, on pourra gérer. Mais au-delà de trois, ce sera une catastrophe ! Surtout si on nous prévient le matin pour l’après-midi… Le mieux, ce serait qu’elles interviennent quotidiennement à un horaire défini, de manière à pouvoir anticiper au maximum et s’organiser. »

Au-delà de cette crainte, Stéphane et sa sœur Isabelle Pasco doivent aussi composer avec une sérieuse hausse des matières premières : « Depuis le début de l’année, on a subi une augmentation de 100 % sur le beurre, 50 à 70 % sur la crème, 50 à 60 % sur la purée de fruits, autant sur l’huile. Des hausses que nous sommes contraints de répercuter sur les prix de vente de nos créations. »