Couverture du journal du 17/09/2021 Consulter le journal

FC Nantes : Le collectif des entrepreneurs lance un crowdfunding

Le rêve se poursuit. Mené par Philippe Plantive, dirigeant de Proginov, et Mickaël Landreau, ancien gardien des Canaris, le Collectif nantais amplifie sa collecte de fonds avec, en ligne de mire, l’espoir de rachat du club de football.

Philippe PLANTIVE

Philippe PLANTIVE © Benjamin Lachenal

Sa création avait été annoncée en juin dernier. La SAS Collectif nantais peut désormais officiellement collecter les fonds destinés à une offre de rachat du FC Nantes. « Nous venons d’avoir notre Kbis, après un mois d’attente, le greffe étant quelque peu surchargé à cause du dynamisme de la région et des créations d’entreprise», sourit Philippe Plantive, dirigeant de l’éditeur de logiciels Proginov situé à La Chevrolière, à l’origine de l’initiative qui a fait couler pas mal d’encre.

Les entreprises vont ainsi pouvoir obtenir leur ticket d’entrée pour une aventure collective, « qui est ancrée localement, mais intéresse bien au-delà des frontières du département. Nous avons une liste potentielle de quatre-vingt souscripteurs, dont une soixantaine sont “sortis du bois” et se sont fermement engagés. » S’il s’agit, pour le moment donc, de promesses, le dirigeant se dit confiant quant à l’objectif de 20M€ qu’il espère collecter. « Les engagements dépassent déjà largement les 10M€, on est entre 10 et 15M€ et j’ai encore rencontré cette semaine sept souscripteurs potentiels. Il va sûrement y avoir une trêve au mois d’août, la rentrée de septembre sera déterminante. Je ne vous cache pas cependant une certaine inquiétude face à l’évolution de la situation sanitaire. »

Pour atteindre plus sûrement son but, le collectif a décidé d’aider le destin en faisant participer un plus grand nombre d’entreprises. Le montant du ticket d’entrée dans la SAS, d’un montant de 100000€, était en effet rédhibitoire pour nombre d’entrepreneurs. « Beaucoup d’entreprises nous sollicitent mais disent que cette somme est trop importante pour elles. Mais on ne pouvait pas faire autrement. » Au risque de grandement complexifier le processus. «Pour des montants inférieurs à 100000€, nous dépendions des règles de l’AMF (Autorité des marchés financiers) et notre démarche se serait assimilée à de l’épargne publique. On rentrait alors dans des procédures très lourdes et complexes, avec une évaluation des risques pour chaque souscripteur potentiel…»

Une transparence revendiquée

À la rentrée, le collectif lance ainsi parallèlement une plateforme de crowdfunding avec un ticket d’entrée de 10000€, ce qui rend possible la participation d’un plus grand nombre de souscripteurs, grâce à la création d’une nouvelle société ad hoc. Sur l’organisation et la gouvernance de la société, les partenaires se veulent extrêmement transparents. «La SAS est composée de trois collèges, un collège d’investisseurs de 100000 à 500000€, un de 500000 à 1M€, et un collège des investisseurs supérieur à 1M€. Chaque collège aura deux représentants sauf celui à plus d’1 M€ qui en comptera deux. S’y ajoutera un collège où seront représentés les donateurs de moins de 100000€. Les représentants siégeront au conseil d’administration aux côtés des fondateurs, Proginov, Mickael Landreau et Fastea capital (société de gestion de portefeuille indépendante basée à Nantes).

Le conseil d’administration sera notamment décisionnaire (vote des deux tiers) concernant l’utilisation des sommes collectées et mises sous séquestre à la banque. «La société a été créée pour deux ans et demi. Si nous n’arrivons pas à nos fins, nous restituerons les sommes placées», explique Philippe Plantive.

Pour le moment, en effet, reste un écueil de taille : le propriétaire actuel, Waldemar Kita, affirme toujours ne pas vouloir vendre le club. «Il n’a pas encore pris contact avec moi, mais il a mon 06», espère toujours Philippe Plantive, qui pense que la situation actuelle, périlleuse, pourrait conduire à une décision du propriétaire. Waldemar Kita a dû récemment injecter personnellement 20M€ pour renflouer le club. La DNCG (Direction nationale de contrôle de gestion, dédiée à la surveillance financière des clubs de foot) ayant interdit dans un premier temps, en l’état des finances, de recruter de nouveaux joueurs.

En jaune et vert

Mickaël LANDREAU

Mickaël LANDREAU © D. R.

Mickaël Landreau, lui aussi, se montre optimiste. « Notre projet est cohérent et solide, et s’inscrit dans une vision entrepreneuriale. La gestion d’un club ne peut pas être la même qu’il y a 30 ou 40 ans. Le FC Nantes doit avoir une vision sociétale, investir dans la formation et permettre à tous les acteurs de pouvoir exister. Y compris les groupes de supporters qui doivent être consultés sur certaines thématiques qui les concernent, comme le choix du blason, par exemple.»

À la recherche de souscripteurs s’adjoint celle d’un actionnaire majoritaire, sur laquelle Mickaël Landreau et Philippe Plantive sont très mobilisés. Le collectif ne pourra pas, à lui seul, assurer la charge financière du club. «Nous engageons notre image de marque de chefs d’entreprise du territoire, souligne Philippe Plantive. Il est hors de question de partir sur un schéma anxiogène. Seul le président élu au conseil d’administration du Collectif nantais siégera au CA du FC Nantes.» Invité à « pitcher » à la rentrée prochaine par de nombreuses associations d’entrepreneurs, tels que le CJD (Centre des jeunes dirigeants), l’APM (Association progrès du management), Germe (Groupes d’entraînement et de réflexion au management des entreprises), Philippe Plantive n’a pas fini de prendre son bâton de pèlerin pour présenter le projet du collectif. « Quand on arrive dans certaines entreprises et que l’on voit tous les salariés en jaune et vert, cela crée de l’émotion…»