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Économie de proximité : le fossé se creuse entre l’Ouest et l’Est

Dévoilé le 4 avril dernier à Angers, le livre blanc 2022 de l’économie de proximité révèle que l’Ouest des Pays de la Loire enregistre un fort dynamisme alors que l’Est et le Nord-Est accusent le coup. Un contraste qui appelle des accompagnements différenciés selon les territoires.

Joël FOURNY président de la Chambre de métiers et de l’artisanat des Pays de la Loire économie

Joël FOURNY président de la Chambre de métiers et de l’artisanat des Pays de la Loire © I.J

Entre la crise sanitaire et le conflit en Ukraine, l’économie de proximité, constituée par les TPE, PME, entreprises agricoles, associations et coopératives relevant de l’économie sociale et solidaire ainsi que les professions libérales, prend tout son sens pour répondre aux problématiques de fabrication et d’approvisionnement local dans un contexte de transition globale. C’est dans ce cadre que la chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) des Pays de la Loire, avec le concours de la CCI des Pays de la Loire et la chambre régionale d’agriculture, a organisé la 4e Biennale de l’économie de proximité le 4 avril dernier au parc Terra Botanica d’Angers. L’enjeu était de faire le point sur la dynamique économique ligérienne en s’appuyant sur le livre blanc 2022 de l’économie de proximité. Ce dernier, réalisé à partir d’un travail commun des trois chambres, dresse une cartographie des territoires à partir de l’analyse de 32 indicateurs économiques dans chaque intercommunalité. Un bon moyen de suivre l’évolution et l’impact sur les territoires de cette économie qui revendique plus de 230 000 établissements et 770000 salariés dans la région. « Réactualiser le livre blanc nous permet de voir sur quels territoires on va devoir proposer une action et un accompagnement renforcés», a précisé Joël Fourny, président de la CMA des Pays de la Loire.

UN PEU PLUS DE 70 % DES EMPLOIS SALARIÉS

Premier enseignement : le livre blanc 2022 « confirme le poids de l’économie de proximité dans le développement ligérien ». En 2018 (dernière année où les statistiques sont disponibles), cette dernière comptait 56650 établissements supplémentaires en Pays de la Loire par rapport à 2008, avec les deux tiers des gains enregistrés entre 2013 et 2018. Cela représente 79 % des établissements de la région et un peu plus de 70 % des emplois salariés. On y apprend également que « la période qui a précédé le Covid a renforcé l’économie de proximité de manière continue et homogène dans toute la région et dans tous les secteurs, même si l’agriculture reste un peu en retrait. Les établissements et les emplois s’y sont développés, avec des nuances selon les secteurs. Les services et le bâtiment se sont particulièrement déployés ».

La publication identifie ensuite cinq typologies de territoires dans la région : des territoires dynamiques à l’Ouest comme à Nantes ou Angers avec des zones d’influences tout autour de ces métropoles (Ancenis, Montaigu, Challans et Les Herbiers sont considérés comme pôles secondaires dynamiques) ; des territoires dynamiques de moindre mesure comme Laval et Le Mans qui ont une influence territoriale moindre; des territoires littoraux en forte progression globalement, avec un vieillissement des populations (sauf à Pornic) ; des zones qui subissent un tassement de leur développement (notamment les espaces métropolitains de Laval et Le Mans) ; des territoires fragilisés situés en périphérie de la région comme à Châteaubriant, Luçon, Fontenay-le-Comte… Des territoires caractérisés par une baisse de démographie, un vieillissement de la population et un manque d’attractivité économique.

DES TRAJECTOIRES TRÈS DIFFÉRENTES D’EST EN OUEST

Avec des caractéristiques aussi variées, les territoires ligériens ont connu des trajectoires très différentes ces dernières années. Ce que confirment les conclusions du livre blanc :

« L’Ouest enregistre un fort dynamisme alors que l’Est et le Nord-Est sont plus à la peine, qu’il s’agisse des territoires ruraux comme des polarités principales. L’analyse socio-économique et territoriale montre donc une région dont la dynamique est tirée par l’Ouest de la région sur la quasi-totalité́ des données étudiées. De plus, la crise économique, liée au contexte sanitaire des deux dernières années, est venue soit renforcer ces caractères des territoires, soit accentuer les déséquilibres et inégalités de développement. »

DES ACCOMPAGNEMENTS DIFFÉRENCIÉS

Ces contrastes entre territoires appellent des accompagnements différenciés par les institutions publiques. Pour soutenir l’équilibre global, la vitalité des pôles urbains et leurs espaces d’influence constituent l’essentiel du dynamisme socio-économique. « Ce sont des territoires qu’il faut accompagner mais qui produisent intrinsèquement du développement. Ils peuvent générer des déséquilibres et des tensions qu’il convient de maîtriser (zones agricoles, habitat, économie et infrastructures) », relève le livre blanc. Les grandes villes sont quant à elles confrontées à des quartiers en difficultés qui constituent une priorité urbaine. Ces territoires doivent devenir des espaces de projets spécifiques pour construire un développement sur la durée, partagé avec sa population et ses acteurs économiques. Autre enjeu de taille : trouver un équilibre commercial entre les grands pôles commerciaux de périphérie et les grands centres urbains, qui subissent une forte concurrence avec le développement de galeries marchandes. Pour cela, il conviendra de travailler sur les mutations de ces grands centres urbains : mutation de leur offre, évolution foncière, intégration des outils numériques…

TERRITOIRES FRAGILES : ATTIRER DES HABITANTS

Enfin, pour les territoires fragiles, le livre blanc conseille de mettre en place un accompagnement spécifique pour attirer des populations nouvelles et maintenir un dynamisme local suffisant. Ce dernier devra s’appréhender sous un nouvel angle : celui de l’expérimentation et la recherche de nouveaux modèles économiques.

« Cet accompagnement s’inscrit dans la continuité des enjeux transversaux et des leviers de développement identifiés en 2015 lors du premier livre blanc, conclut la publication. En effet, la récente crise sanitaire a mis en exergue une évolution des tendances des consommateurs qui incluent le vieillissement de la population et la question de la population locale. L’agriculture, l’artisanat ainsi que le commerce et les services sont donc au cœur du développement économique local et d’une offre de proximité qui influencent et accompagnent les nouvelles attentes des consommateurs ».