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De la mie au houblon : Kignon fait mousser l’handi-gaspi

Connue pour ses biscuits fabriqués par des travailleurs handicapés à partir de pain invendu, la biscuiterie nantaise Kignon élargit son terrain de jeu. Elle vient de lancer, en partenariat avec la brasserie d’insertion Tête haute, sa première bière. Elle déploie, en parallèle, son modèle handi-gaspi à l’échelle industrielle avec Tipiak.

Katia Tardy dévoile la première bière Kignon entourée des équipes de la brasserie d'insertion Tête Haute. L'abus d'alcool est dangereux pour la santé.

Katia Tardy dévoile la première bière Kignon entourée des équipes de la brasserie d'insertion Tête Haute.L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. KIGNON

Faire de la bière à partir de pain invendu et de biscuits cassés. Le projet illustre la trajectoire de Kignon, entreprise fondée par Alix Guyot, Louise Doulliet et Katia Tardy (trois ingénieures agroalimentaires), qui a fait de la lutte contre le gaspillage un levier d’impact social. Depuis ses débuts, la biscuiterie transforme du pain bio invendu en biscuits produits par les travailleurs handicapés de l’Esat de Savenay.

L’idée de collaboration avec la brasserie artisanale d’insertion Tête haute est née d’un voyage d’étude autour de l’économie circulaire. « En Belgique et aux Pays-Bas, on a découvert des projets de bière au pain. L’idée me trottait dans la tête depuis longtemps », raconte Katia Tardy. De retour à Nantes, la rencontre avec la brasserie d’insertion implantée au Cellier s’impose naturellement. « On partage les mêmes valeurs et ils sont juste à côté. »

Baptisée Cookie White Stout, cette bière d’hiver aux notes torréfiées a été brassée au Mashup sur l’île de Nantes à partir d’invendus de pain et de casses de biscuits Kignon. Mille litres ont ainsi été produits, soit 2 000 canettes. Ces dernières sont vendues chez les partenaires de Tête haute et Kignon, dans des magasins spécialisés et certaines grandes surfaces comme E.Leclerc Atlantis. « Le brassage a été assuré par des personnes en situation de handicap. C’était essentiel pour rester cohérents avec notre démarche handi-gaspi », souligne la cofondatrice. Pensée comme une édition limitée, l’initiative pourrait être reconduite chaque saison si le succès est au rendez-vous.

Passage au modèle industriel pour amplifier l’impact

Mais l’enjeu stratégique majeur se joue désormais à une autre échelle pour la biscuiterie qui fait rimer gourmand et militant. Sollicitée par de grands groupes agroalimentaires pour valoriser leurs volumes de casse, Kignon se heurtait jusqu’ici à ses propres limites industrielles. Le déclic survient avec une commande exceptionnelle de 140 000 paquets de biscuits, impossible à honorer dans son atelier de Savenay. L’entreprise se tourne alors vers Tipiak, basé à Malville et Pontchâteau. « En un jour chez Tipiak, on a produit l’équivalent d’un mois de production chez nous », constate Katia Tardy.

De cette expérience est né un modèle inédit : déployer le handi-gaspi directement au cœur des usines, avec les industriels. Tipiak devient le premier pilote d’un projet appelé à s’élargir. « L’idée, c’est de hacker le système de l’intérieur, là où se jouent les volumes. » Une nouvelle preuve que, chez Kignon, innovation, inclusion et performance économique peuvent désormais fermenter ensemble.

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